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50 ans après le premier pas sur la Lune, les ambitions spatiales de l'Afrique

Carnarvon en Afrique du sud abrite l'un des deux sites du Square Kilometre Array, le plus grand radiotélescope au monde, destiné à observer la voie lactée et au-delà...
  © AP Photo/Schalk van Zuydam

Il y a cinquante ans, les Américains se posaient sur la Lune. A l'occasion de cet anniversaire, gros plan sur l'état de la recherche spatiale sur le continent africain. Alors que quelques pays ont déjà beaucoup avancé sur le sujet, l'Afrique met aujourd'hui sur pied son agence spatiale continentale. Entretien avec Sékou Ouédraogo, président de l'African Aeronautics & Space Organisation (AASO).

TV5MONDE : En quoi la conquête spatiale est-elle un enjeu pour le continent africain ? 

Sékou Ouédraogo : Il existe une recherche scientifique inhérente à ce genre de discipline mais je ne sais pas si l’on peut parler de conquête spatiale en tant que telle. Sur le continent, nous avons des ressources spatiales, il y a des gens qui font des choses, mais la vraie question est de savoir comment nous devons utiliser les outils satellitaires pour le développement du continent. C’est mon combat. Expliquer comment est né l’univers, envoyer un homme sur la Lune, je ne pense pas que ce soit le sujet du continent africain à l’heure actuelle. Une agence spatiale africaine a récemment été créée. Parmi ses objectifs, il y a un volet astronomie et sciences spatiales, mais la plus grosse partie concerne la gestion de l’environnement et les systèmes de communication.

Nous ne sommes plus dans de la fiction mais bien dans la réalité.

La recherche spatiale coûte cher. Comment convaincre les gens de son utilité ?

Des projets ! Il faut faire des projets même petits pour montrer aux populations l’intérêt de ces outils ! Des projets sur la gestion de l’eau, par exemple. Un dirigeant qui arriverait en déclarant simplement qu’il va investir des milliards de dollars, comme cela a été fait au Maroc, ça ne peut pas passer. Il faut penser à l’utile, ne serait-ce qu’en louant des morceaux de satellites comme le proposent certaines agences étrangères ! 

L'Afrique et l'espace, déjà une longue histoire

Que se sont-ils dit ? L'Histoire ne l'a pas retenu. Mais, d'un point de vue technologique, le coup de téléphone d'août 1963 entre le président américain John Fitzgerald Kennedy et le Premier ministre du Nigeria Abubakar Tafawa Balewa revêt un aspect historique. Il s'agit de la première conversation par satellite de l'Histoire. Aux côtés de l'Egypte et de l'Afrique du Sud, le Nigeria est aujourd'hui l'un des poids lourds africains en matière d'études spatiales.
En 2013, l'Afrique du Sud victime d'inondations, met son savoir à contribution pour gérer la crise. La South African National Space Agency fournit aux autorités des données importantes. Au Kenya, les satellites sont utilisés pour repérer de l'eau lors des grandes sécheresses de 2013.
Au Nigeria, c'est dans le cadre de la lutte contre le terrorisme que les images satellitaires sont exploitées pour traquer les djihadistes de Boko Haram. En 2017, le Ghana a, à son tour, lancé un satellite destiné à surveiller les côtes. Un deuxième projet serait en cours, destiné à contrôler l’exploitation illégale des minerais ou la déforestation dans le pays.

A quoi doit ressembler, selon vous, une agence spatiale africaine ?

Déjà, nous ne sommes plus dans de la fiction mais bien dans la réalité. Cette agence existe. Les financements ont été trouvés, les pays africains ont ratifié le texte, elle sera installée en Egypte. Pour ce qui est de son organisation, je pense que le modèle dont il faut s’inspirer, c’est l’Agence spatiale européenne, à savoir un regroupement de Nations qui ne sont pas toutes au même niveau d’un point de vue technologique. Il y a des leaders incontestables comme l’Afrique du Sud ou le Nigeria.

Concernant le financement, il y a eu des tentatives par le passé. Je pense notamment à RASCOM initiée par la Libye de Kadhafi et la Côte d’Ivoire. Associés à 45 pays africains, ils ont envoyé deux satellites mais je ne sais pas trop où en est le projet aujourd’hui. Il y a eu aussi le projet ARMC qui consistait à mettre en commun les satellites algériens, nigérians et sudafricains.

Sékou Ouédraogo préside l'African Aeronautics & Space Organisation (AASO). Il est l'auteur de "<em>l'Agence spatiale africaine, vecteur de développement</em>" (L'Harmattan, 2015)
Sékou Ouédraogo préside l'African Aeronautics & Space Organisation (AASO). Il est l'auteur de "l'Agence spatiale africaine, vecteur de développement" (L'Harmattan, 2015)
© TV5MONDE

Le Kenya, sans satellite mais avec des compétences faisait aussi partie du programme. L’idée était alors de faire profiter de données notamment environnementales l’ensemble du continent. Dans mon souvenir, il n’en est pas sorti grand-chose de concret. Aujourd’hui, la différence c’est que tous les pays africains sont impliqués. Depuis 1998, 35 satellites ont été lancés dont presque la moitié rien qu’au cours des 4 dernières années. Il existe un véritable élan. Cette fois c’est la bonne ! On va vraiment voir de quoi est capable l’Agence spatiale africaine. 

La conquête spatiale est un enjeu politique. Est-ce que les Etats qui ont beaucoup avancé sur le sujet sont prêts à lâcher une part de leur souveraineté pour un projet panafricain ?  

Je ne pense pas. On touche ici au régalien. Le spatial est un outil de puissance. En Afrique, le cercle des pays qui ont envoyé des satellites est très restreint. Les pays vont devoir apprendre à partager sur l’aspect civil, c’est à dire environnement, santé ou éducation mais, sur l’aspect militaire, il est évident que chacun va vouloir conserver sa souveraineté. 

La Chine, les Etats Unis, l’Europe ou l’Inde, l’espace est très convoité. L’Afrique a-t-elle sa place au sein de cette concurrence mondiale ?

Sept milliards de dollars par an, une dizaine d’ici 2024 : soyons lucide, le budget aujourd’hui est très modeste. Hormis l’Afrique du Sud, nous sommes jeunes dans le domaine. Mais il y a des chercheurs. 8500 travaillent dans ce domaine en Afrique, ce n’est pas rien. Je pense donc qu’on a une place à jouer.

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