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60 ans de l'indépendance du Congo : Patrice Lumumba, icône de l'anticolonialisme

Patrice Lumumba devant le Sénat à Léopoldville, le 10 septembre 1960.
AP Photo/H.Babout

Le 30 juin 1960, le Congo accèdait à l'indépendance dans un climat tendu. Avec Joseph Kasa-Vubu à la présidence et Patrice Lumumba comme Premier ministre. Soixante plus tard, alors que la République démocratique du Congo s'apprête à célébrer ce mardi 30 juin ce moment historique, Patrice Lumumba reste un symbole fort, l'un des héros de l'indépendance du Congo.

Le 30 juin 1960, lors de la cérémonie officielle marquant la naissance du Congo, Patrice Emery Lumumba entre dans l'histoire. Il prononce un discours contre le racisme des colons qui restera gravé dans les mémoires, en présence du roi des Belges Baudouin.

Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des Nègres. Patrice Emery Lumumba, le 30 juin 1960

Patrice Emery Lumumba répondait au monarque qui venait de saluer l'oeuvre colonisatrice de son ancêtre, Léopold II, un "civilisateur" et non un "conquérant" selon lui.

Ce mardi 30 juin en Belgique, la ville de Gand s'apprête à déboulonner une statue de Léopold II pour marquer les 60 ans de l'indépendance de l'ancienne colonie. 

Des effigies de Baudouin et Léopold II, accusé par le collectif "Réparons l'histoire" d'avoir tué plus de 10 millions de Congolais, ont été vandalisées début juin à Anvers et Bruxelles, en lien avec le mouvement "Black lives matter".

A l'inverse, un tout petit square Patrice Lumumba a été inauguré en plein centre de Bruxelles en 2018, aux portes du quartier africain de Matonge.

C'est extrêmement important pour que la Belgique puisse assumer son passé colonial, et pour la fierté des Afro-descendants.Kalvin Soiresse, député au Parlement bruxellois d'origine togolaise

Une brève carrière politique 

Le parcours fulgurant de Patrice Lumumba sera de courte durée. Il s'achève six mois et demi après son discours retentissant, le 17 janvier 1961.

Déchu, humilié, torturé, le martyr de l'indépendance est exécuté en pleine brousse à 50 km d'Elisabethville (actuelle Lubumbashi) par des séparatistes katangais et leurs hommes de main belges. Il avait 35 ans.

Etre lumumbiste aujourd'hui

"Lumumba devint en un rien de temps un martyr de la décolonisation, un héros pour tous les opprimés de la Terre, un saint du communisme sans dieu", résume David Van Reybrouck, auteur de "Congo, une histoire". "Ce statut, il le devait plus à l'horrible fin de sa vie qu'à ses succès politiques", avec seulement deux mois et demi au pouvoir, nuance l'auteur belge de référence sur l'histoire du Congo.

La Belgique a reconnu sa "responsabilité morale" dans l'assassinat de Lumumba, dès 2001 au terme d'une commission d'enquête parlementaire. Le Parlement belge envisage dès la rentrée une nouvelle commission sur la colonisation du Congo, du Rwanda et du Burundi.

Mardi 30 juin, l'icône Lumumba sera célébrée sobrement dans son propre pays, où aucune cérémonie n'est prévue en raison du coronavirus. Les autorités ont annoncé une journée de "méditations".

A Kinshasa, sa statue - main droite levée vers le ciel, semble haranguer les automobilistes au milieu de l'immense boulevard qui porte son nom entre l'aéroport et le centre-ville.

Elle n'a été érigée qu'au début des années 2000, à l'époque des régimes Kabila père et fils.

Voir aussi : RDC : 60 ans après l'indépendance, quel héritage de Patrice Lumumba ?

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Dans le paysage politique subsiste un petit Parti lumumbiste unifié (Palu) dont le patriarche, Antoine Gizenga, vice-Premier ministre en 1960, est décédé en 2019, à 93 ans. Son fils, Lugi, qui lui a succédé à la tête du Palu, est mort début juin.

Hors ce parti, des personnalités perpétuent l'héritage nationaliste de Lumumba, comme l'ex-porte-parole du président Joseph Kabila (2001-2019), Lambert Mende.

"Etre lumumbiste aujourd'hui c'est mener le combat pour que le Congo soit libre de choisir ses partenaires économiques en fonction de ses propres intérêts", affirme M. Mende, toujours prompt à dénoncer le "néocolonialisme" des "partenaires occidentaux" de la RDC.

Et que reste-t-il de Lumumba chez les moins de 20 ans (50% des plus de 80 millions de Congolais) ? Au lycée, son histoire est enseignée de "façon lapidaire" reconnaît un professeur, Egide Mawaso.

Le sujet peut être délicat. Dans sa chute, Lumumba a été trahi par d'autres pères de l'indépendance, à commencer par son modeste chef d'état-major, Joseph Mobutu, le futur maréchal-dictateur (1965-1997). 

Enfin, le mythe d'un Lumumba communiste a été entretenu par l'URSS elle-même, qui a donné son nom à une université accueillant à Moscou des étudiants africains venus de "pays frères".

"Communiste, il ne l'était pas. Il a répété plusieurs fois qu'il était nationaliste et non communiste", assure l'universitaire Jean Omasombo.

Cet auteur d'un livre sur Lumumba dénonce la "propagande coloniale" qui le présentait comme un agent soviétique. Le débat continue.
 

TV5MONDE diffuse ce lundi 29 juin une édition spéciale dans le journal de l'Afrique consacré aux 60 ans de l'indépendance du Congo, à 22h30 heure de Paris, 20h30 TU sur TV5MONDE Afrique.

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