Algérie : ces médias en ligne cibles de blocages temporaires ou permanents

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Algérie : ces médias en ligne cibles de blocage temporaires ou permanents (1)
Une du site d'informations Casbah Tribune
Mis à jour le
13 janvier 2021 à 18:35
par TV5MONDE avec l'AFP

Certains sites d'information en ligne bloqués mercredi 2 décembre en Algérie sont à nouveau accessibles dès le lendemain soir, à l' exception de Casbah Tribune, fondé par le journaliste algérien emprisonné Khaled Drareni.

Au moins trois médias électroniques généralistes avaient été bloqués en Algérie en moins de 24 heures mercredi 2 décembre, sans aucune explication, par les autorités du pays : Casbah Tribune, Tariq News et Twala.info, selon Reporters sans frontières (RSF). Les deux derniers ont été débloqués jeudi 3 décembre, a pu vérifier l'AFP à Alger. 

En revanche, Casbah Tribune, un site d'actualités nationales fondé en 2017 par Khaled Drareni, condamné en septembre à deux ans de prison ferme, restait inaccessible en Algérie. Casbah Tribune "n’a jamais souffert de censure sur le site même, mais plutôt sur le réseau social Facebook, lequel a été bloqué à de multiples reprises par le passé" selon un communiqué en ligne de ce média. 

Le fait que Casbah Tribune soit encore bloqué est, selon Souhaieb Khayati, le directeur du Bureau RSF d'Afrique du Nord, une réponse à la résolution du Parlement européen qui condamne les autorités algériennes sur la détérioration des droits de l'Homme en Algérie. Plusieurs ONG (parmi lesquelles RSF) ont contribué à cette résolution qui réclame également la libération de 90 prisonniers d'opinion du Hirak, parmi lesquels Khaled Drareni, correspondant de TV5MONDE mais aussi de RSF. Il s'agirait pour le gouvernement algérien d'une sorte de riposte à cette condamnation. 

De nombreux sites d'information ont été censurés à volonté par les autorités en 2020, à l'instar de Radio M, Maghreb Emergent, Interlignes, L'Avant-Garde et TSA (Tout sur l'Algérie). Maghreb Emergent et Radio M étaient à nouveau débloqués jeudi.

Dans un communiqué, RSF a dénoncé jeudi les "dernières entraves à la liberté de la presse" en Algérie et exhorté les autorités à "respecter leurs engagements internationaux". "La répression des voix critiques ne cesse de s'intensifier, en ligne comme hors ligne. Nous appelons les autorités algériennes à respecter la Constitution et ses engagements internationaux, au risque de voir le pays se vider de ses journalistes", a déclaré le directeur du bureau Afrique du Nord de RSF.

L'Algérie figure à la 146e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF, un recul de cinq places par rapport à 2019 et de 27 places par rapport à 2015.

Dans une déclaration à l'agence de presse officielle APS lundi, le ministre algérien de la Communication, Ammar Belhimer, a estimé que RSF "n'a rien d'une ONG" mais est un "élément actif de la chaîne d'expression du soft power français à travers le monde". 

Contrôler Internet

Internet fait l'objet d'un contrôle croissant en Algérie, touchant à la fois les activités des médias en ligne et des internautes critiques à l'égard du pouvoir, et mobilisant tout un arsenal juridique. Ainsi, une réforme du Code pénal adoptée en avril 2020 visant à criminaliser la diffusion de fausses nouvelles a été dénoncée comme une grave menace à la liberté d'expression et de presse par plusieurs organisations de défense des droits humains. 

En octobre, le gouvernement a adopté un projet de décret destiné à mieux "encadrer les activités des médias en ligne". Il y est notamment prévu que les sites électroniques soient "exclusivement" hébergés en Algérie. Ce décret exécutif n'a toutefois pas encore été publié au Journal officiel. Selon le ministre de la Communication Ammar Belhimer, un ancien journaliste et docteur en droit, "le fait de contraindre les sites électroniques à la domiciliation sous le domaine (.dz) en tant que condition pour l'accès à la publicité est un facteur permettant de les protéger des piratages et des attaques étrangères". Mais ce tour de vis sur Internet s'inscrit dans un contexte de répression ciblant quotidiennement des militants des droits humains, des opposants, des journalistes et des blogueurs critiques à l'égard du régime.

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Souhaieb Khayati, directeur du bureau Afrique du Nord de RSF
© TV5MONDE

Près de 90 personnes sont actuellement emprisonnées en Algérie pour des faits liés aux libertés individuelles. Des charges basées pour beaucoup sur leurs publications sur Facebook, d'après le Comité national de libération des détenus. 

Le symbole qu'est devenu Khaled en tant que journaliste libre et indépendant [...] agace toujours le régime qui veut en finir avec la liberté d'expression et d'informationSouhaieb Khayati, directeur du bureau Afrique du Nord de RSF

Notre correspondant en Algérie Khaled Drareni est derrière les barreaux depuis le 29 mars 2020. Il couvrait le 7 mars 2020 à Alger une manifestation du Hirak, le mouvement populaire d'opposition au pouvoir. Il a été condamné alors qu'il n'a fait que son travail.