Algérie : Jean-Yves Le Drian à Alger pour "relancer une relation" abîmée par les questions mémorielles

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Algérie : Jean-Yves Le Drian à Alger pour "relancer la relation" franco-algérienne (1)
Le ministre français des affaires étrangères à Alger ce 19 novembre à Athènes. Le chef de la diplomatie française doit rencontrer les autorités algériennes ce mercredi 8 décembre à Alger.
AP
Mis à jour le
15 décembre 2021 à 13:33
par Pierre Desorgues
Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian s'est rendu à Alger ce mercredi 8 décembre. Il a été reçu par le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Paris veut "relancer la relation franco-algérienne" complexe et tendue. Le président français Emmanuel Macron avait évoqué « la rente mémorielle » de l’Algérie et questionné la « nation algérienne avant la colonisation française ». Ces propos avaient choqué Alger. Emmanuel Macron avait regretté "les polémiques et les malentendus engendrés par les propos rapportés".

Le chef de la diplomatie française a été reçu ce mercredi 8 décembre par le président algérien lors d'une visite à Alger visant à relancer la relation bilatérale après plus de deux mois d'une crise d'une rare gravité entre le pays nord africain et l'ancienne puissance coloniale.
 

Nous souhaitons que le dialogue que nous relançons aujourd'hui puisse conduire à une reprise des échanges politiques entre nos deux gouvernements en 2022 au-delà des blessures du passé que nous devons regarder en face.
Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères à la sortie de son entretien avec le président Tebboune.

"Je souhaite que nos deux pays reprennent ensemble la voie d'une relation apaisée et puissent regarder vers l'avenir", a déclaré Jean-Yves Le Drian à la presse après avoir rencontré le président Abdelmadjid Tebboune.

"Nous souhaitons que le dialogue que nous relançons aujourd'hui puisse conduire à une reprise des échanges politiques entre nos deux gouvernements en 2022 au-delà des blessures du passé que nous devons regarder en face au regard des malentendus qu'il nous revient" a tenu à affirmer le chef de la diplomatie française.

La teneur exacte des échanges entre le président Tebboune et Jean-Yves Le Drian reste encore inconnue. Est-ce la fin de la brouille entre Alger et Paris ? 

Le président Tebboune n'a pas réagi. Le secrétaire général du FLN, le parti au pouvoir depuis l'indépendance de 1962 (le Front de libération nationale)  Abou El Fadl Baadji entend clore la crise diplomatique entre les deux pays.
 

L’Algérie a une grande communauté en France, et il est normal que les deux pays commencent à se concerter pour trouver des solutions à cette crise diplomatique. Abou El Fadl Baadji, secrétaire général du FLN au micro de TV5MONDE

"L’Algérie a une grande communauté en France, et il est normal que les deux pays commencent à se concerter pour trouver des solutions à cette crise diplomatique. Notre pays veut des relations de partenariats gagnant - gagnant que ça soit avec la France ou avec d’autres pays", estime Abou El Fadl Baadji au micro de notre correspondant Kamel Zait.

"L’Algérie est libre de ses décisions. Notre pays est souverain dans sa politique, et du côté français il faut oublier l’idée que le marché algérien est une chasse gardée pour la France", ajoute le membre du parti au pouvoir.

Relations tendues après les propos rapportés d'Emmanuel Macron sur la nation algérienne

Cette visite intervient au moment où les relations entre Alger et Paris se sont tendues à la suite des propos du président français Emmanuel Macron, début octobre, sur le régime Algérien et la question du passé colonial de la France en Algérie.

Emmanuel Macron avait déclenché la colère du pouvoir algérien après la publication de propos rapportés dans un article du quotidien français Le Monde daté du 2 octobre. Dans le cadre d'une rencontre avec dix-huit jeunes issus de familles qui ont vécu la guerre d'indépendance algérienne le président français avait accusé l'exécutif algérien d'entretenir une "rente mémorielle".  
 


La construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ?
Propos rapportés d'Emmanuel Macron par Le Monde, le 2 octobre.

Le pouvoir algérien servirait au peuple une "histoire officielle qui ne s'appuie pas sur des vérités" selon Emmanuel Macron. Le président français avait également, toujours selon des propos rapportés par le quotidien français, questionné l'origine de la nation algérienne. "La construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? Ça, c’est la question", aurait affirmé le président français. Le président français qualifiait le pouvoir algérien, issu du FLN, de "système politico-militaire".
 

Rappel de l'ambassadeur d'Algérie à Paris


L’Algérie avait alors rappelé son ambassadeur à Paris et interdit le survol de son territoire aux avions militaires français ralliant le Sahel.
 

Emmanuel Marcon a blessé la dignité des Algériens. Nous n'étions pas des sous-hommes. Nous n'étions pas des tribus nomades avant que les Français viennent en Algérie. Abdelmadjid Tebboune, dans un entretien donné au Spiegel

Dans un entretien donné à l'hebdomadaire allemand, Der Spiegel, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, avait jugé "très graves" les propos rapportés d'Emmanuel Macron. "Emmanuel Marcon a blessé la dignité des Algériens. Nous n'étions pas des sous-hommes. Nous n'étions pas des tribus nomades avant que les Français viennent en Algérie", avait jugé le president algérien dans son entretien avec l'hedomadaire allemand. Abdelmadjid Tebboune avait ajouté que l'Algérie ne ferait "pas le premier pas".


Voir : Algérie : le président Tebboune met les choses au point avec Macron
 

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Regrets d'Emmanuel Macron


Le président français a depuis fait part de ses « regrets » devant la polémique engendrée et s’est dit « fortement attaché au développement » de la relation bilatérale.

Crise des visas


Paris et Alger s’étaient aussi opposés après l’annonce par la France début octobre de la réduction du nombre de visas accordés à ses ressortissants. Paris entendait mettre la pression sur le gouvernement algérien, jugé peu coopératif sur la réadmission des Algériens expulsés de France.

Le gouvernement algérien avait alors déploré une décision intervenue « sans consultation préalable » avant de convoquer l’ambassadeur de France en Algérie.

Mi-novembre, le chef de la diplomatie française avait appelé à une relation "confiante" et à un "partenariat ambitieux" avec l'Algérie, au-delà des "blessures" mémorielles qui peuvent "parfois" resurgir.