Algérie : le militant Karim Tabbou en garde vue, la répression s'intensifie

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Karim Tabbou (en bleu), entouré de ses soutiens, faisant le signe de la victoire à sa sortie de prison de Kolea, le 2 juillet 2020. 
Anis Belghoul (AP)
Mis à jour le
29 avril 2021 à 19:02
par Nadia Bouchenni Avec AFP
Personnalité centrale du Hirak, le militant Karim Tabbou a été placé en garde à vue, mercredi soir à Alger. Il devrait comparaître devant un juge jeudi 29 avril.  À l'approche des élections législatives de juin, la répression contre toutes les formes d'opposition grandit. 

Figure du Hirak, Karim Tabbou, a été placé en garde à vue ce mercredi 28 avril au soir, à Alger. Il avait dû se présenter devant la police après une plainte déposée à son encontre par le président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Bouzid Lazhari.

Au moment des funérailles de l’avocat et vétéran du combat pour les droits humains, Ali Yahi Abdennour, lundi, M. Lazahri avait essuyé les critiques de M. Tabbou. Ce dernier devrait être déféré devant la justice jeudi 29 avril.

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Publiée par Comité National pour la Libération des Détenus - CNLD sur Mercredi 28 avril 2021

"Mettre Karim Tabbou en prison pour avoir interpelé le président du (CNDH), est une décision excessive. Priver quelqu'un de sa liberté au nom des droits de l'Homme, c'est surprenant", a déclaré Saïd Salhi, le vice-président de la Ligue algérienne des Droits de l'Homme (LADDH), joint par téléphone par TV5MONDE. "Le CNDH a pris une décision qui va dans le sens inverse de son mandat", a-t-il poursuivi.

Ce n’est pas la première fois que l’opposant se retrouve face à la justice. Il a déjà été condamné pour « atteinte à l’unité nationale » et emprisonné entre septembre 2019 et juillet 2020.

Le militant de 47 ans, figure très populaire depuis le début des manifestations il y a deux ans, se savait avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, dans un contexte de répression accrue contre tous les opposants au régime. Un climat répressif encore plus soutenu alors que se profilent, en juin, des élections législatives très critiquées.

Pour Saïd Salhi, "Karim Tabbou était, depuis, le plus visible". Il reproche d'ailleurs au CNDH d'avoir "brillé par son absence", au moment se son arrestation précédente. "Plus que cela, le CNDH avait rejeté la qualité de prisonnier d'opinion à Karim Tabbou et aux prisonniers du Hirak", a-t-il ajouté. 

Les principaux partis de l’opposition laïque ont d’ores et déjà annoncé faire l’impasse sur un scrutin qu’ils qualifient de « une mascarade électorale. » Le parti Union démocratique et sociale (UDS), dont le chef est M. Tabbou, s’est joint au boycott du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), du Front des forces socialistes (FFS), du Parti des travailleurs (PT), de l’Union pour le changement et le progrès (UCP). « Cette élection ne nous concerne pas », expliquait-il dans un entretien accordé à l’AFP il y a quelques jours.

(Re)voir : Algérie : « Après 60 ans, les Algériens revendiquent encore l’indépendance »

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Perquisitions et « arrestations arbitraires »

Mardi 27 avril, les forces de l’ordre ont empêché les manifestations hebdomadaires d’étudiants dans la capitale, une première depuis la reprise des marches du Hirak fin février.

Elle a, en outre, procédé à des dizaines d’interpellations et à des perquisitions, d’après le Comité national de libération des détenus (CNLD). La quasi-totalité des interpellés a été relâchée par la suite.
  Kaddour Chouicha, responsable de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH) à Oran, et son épouse, Djamila Loukil, journaliste et militante, ont également été arrêtés mercredi soir. Ils sortaient du tribunal d’où venait d’être reporté leur procès dans une affaire datant de 2020. Libérés dans la soirée, ils devront toutefois se présenter au commissariat d’Oran, jeudi 29 avril, selon le CNLD. Leur domicile a été perquisitionné, des ordinateurs et des téléphones ont été saisis, a précisé leur entourage.

Le domicile de Hicham Khiyat, co-fondateur de Nida-22, a également été perquisitionné à Blida. Son ordinateur a été « confisqué », toujours selon le CNLD.

Des arrestations qui mettent les militants, journalistes mais aussi la société civile dans une situation d'inquiétude, selon le vice-président de la LADDH, Saïd Salhi. "L’arrestation de Karim Tabbou arrive dans un contexte de répression generalisée. Tout le monde, en Algérie se sent en situation de liberté provisoire. On peut tous être arrêté à n'importe quel moment, sous n’importe quel motif", déplore-t-il. 

Selon le site spécialisé Algerian Detainees, 70 détenus d’opinions sont actuellement incarcérés pour diverses accusations, notamment pour leur lien avec le Hirak.