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Au Vatican, le président de la RDC Félix Tshisekedi "veut jouer la carte de l'apaisement"

Le pape François a reçu vendredi le président de la République démocratique congolaise Félix Tshisekedi. AP/Vincenzo Pinto

Félix Tshisekedi est en visite officielle au Vatican ce vendredi 17 janvier. L’Église catholique avait mis longtemps à accepter la victoire de Félix Tshisekedi à la présidentielle du 30 décembre 2018. Une visite sous forme de réconciliation ? Analyse de François Mabille, spécialiste de la diplomatie vaticane, professeur à l'Université catholique de Lille.

 

C'est une étape obligée pour tout nouveau président congolais. Comme ses quatre prédécesseurs, Félix Tshisekedi se rend en visite au Vatican. Les relations entre le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et le Vatican ont pâti dernièrement des positions de l'Église sur le déroulement du dernier scrutin présidentiel en 2018. Retour sur une relation tumultueuse.

TV5MONDE : Pourquoi cette rencontre entre Félix Tshisekedi et le pape François ?  S'agit-il de tourner la page ?

François Mabille : Le président Félix Tshisekedi veut jouer la carte de l'apaisement, tourner la page des mauvaises relations. Tout nouveau pouvoir en République démocratique du Congo doit composer avec l'Église catholique, qui a été notamment l'une des principales forces d'opposition sous les régimes de Mobutu et de Kabila, père et fils.

L'Église, depuis l'indépendance pays, réclame plus de transparence dans les processus électoraux. Elle a donc toujours joué un rôle majeur dans la vie politique du pays.

L'Église constitue un corps social important avec ses 35 millions de fidèles. Plus de 60% des écoles, deux universités et des hôpitaux sont gérés par l'Église. Les observateurs de la Cenco ( La Conférence épiscopale nationale du Congo s'est impliquée dans le "dialogue national" pour l'instauration d'une élection présidentielle, ndlr) étaient très dubitatifs sur les résultats des élections présidentielle de 2018. L'Église congolaise a fini par accepter le verdict donnant Félix Tshisekedi vainqueur.

Une partie de la communauté catholique dans le pays estime que l'Église aurait dû rester dans son rôle spirituel et ne pas s'engager autant sur la question de la transition politique.

Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya était la grande figure de l'opposition au régime de Kabila. Il vient de prendre sa retraite. L'Eglise est désormais incarnée par le cardinal Fridolin Ambongo. Joseph Kabila n'est plus président. De nouveaux acteurs, dans cette relation qui a été tumultueuse entre l'Église et le pouvoir, sont en place. Une nouvelle relation s'instaure.
 

Que représente la République démocratique du Congo pour le Vatican?

La République démocratique du Congo constitue peut-être le dernier grand bastion de l'Église catholique en Afrique. Celle-ci est notamment contrariée par la progression des Evangéliques sur le Continent. La papauté et l'église congolaise militent pour une Église libre face au pouvoir. Il faut se souvenir que sous la présidence de Mobutu Sese Seko (1965-1997) l'Église a subi les affres du pouvoir. Les universités ont été nationalisées et des écoles ont été fermées.
 
La question de la liberté de culte et d'enseignement constitue la principale préoccupation des églises locales et du Vatican. Même en pleine opposition avec le pouvoir en place, l'Église avait réussi à signer un accord-cadre avec le régime de Kabila en 2016, garantissant ces libertés.

Le Vatican milite enfin pour une Église libre dans un pays uni, pour assurer ses missions d'évangélisation. Cinq prêtres sont encore détenus comme otages dans l'est du pays, miné par les conflits. On peut ajouter que le pape a une relation particulière personnelle avec le pays. Les jésuites ont joué un rôle important dans l'évangélisation du Congo. Le pape est un jésuite.

Est-ce que le Vatican a joué un rôle direct dans le processus de transition politique ou laisse-t-il une grande autonomie aux églises locales ?

Le pape a essayé d'intervenir directement dans un conflit politique, au Venezuela, et cela a été un échec. Le pape François, qui est partisan d'une diplomatie mobile et pragmatique, a compris la leçon. En Colombie, mais aussi en Centrafrique et en République démocratique du Congo, le pape a décidé de s'appuyer sur les Églises locales.

Le Vatican soutient les églises locales qui veulent jouer un rôle dans la résolution de leurs conflits nationaux. Mais ce n'est pas le Vatican qui est à l'origine de leurs poids  politique. 

En outre les initiatives des communautés catholiques en République démocratique du Congo n'ont pas été seulement portées par la hiérarchie catholique, plus dépendante du Vatican, mais également par les simples fidèles qui sont devenus pour certains des observateurs, chargés de surveiller le bon déroulement du scrutin.

La gratuité de école, un sujet de discorde entre l'Église congolaise et le pouvoir.
C'était une promesse de campagne. Félix Tshisekedi vient d'instaurer la gratuité de l'école, le 1er septembre 2019. Or les frais d'inscriptions servaient à payer les enseignants. Pour l'instant, le financemment de cette réforme n'est pas assuré. En RDC, plus de 60% des écoles sont tenues par l'Église. Cette mesure présidentielle suscite donc l'inquiétude au sein de la hiérarchie catholique congolaise. Le pape ne devrait pas s'opposer à cette volonté du pouvoir. "On voit mal le pape François s'opposer à ce qui constitue une mesure sociale", estime le chercheur François Mabille.

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