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Belgique : le Rwandais Fabien Neretsé jugé à Bruxelles pour "crime de génocide"

Centre du Mémorial du génocide des Tutsis à Kigali, le 5/04/19. AP Photo/ Ben Curtis

Il s'agit du cinquième procès en Belgique lié au génocide des Tutsis au Rwanda depuis 2001. Mais chose inédite, c'est la première fois qu'une personne doit répondre de "crime de génocide".  Dans le box des accusés : Fabien Neretsé. Cet ancien haut fonctionnaire qui a été interpellé il y a huit ans en France, où il vivait depuis une dizaine d'années en Charente, comparait libre depuis le 7 novembre devant la cour d'assises de Bruxelles. Il se dit "innocent" mais encourt la prison à vie.

Son procès doit durer six semaines. Il  s'est ouvert en présence de proches de victimes qui attendent depuis 25 ans d'obtenir justice. Fabien Neretsé, 71 ans, est accusé par la justice belge d'avoir pris part au génocide dans son pays en 1994, ce qu'il nie catégoriquement. Lui se présente comme l'ami des Tutsis.

Devant la cour d'assises de Bruxelles, l'ancien haut fonctionnaire rwandais a balayé  les témoignages le présentant comme un extrémiste hutu, craint dans son quartier de Kigali. 
 

Tout ça n'est pas vrai, ça n'a jamais existé. Mes enfants n'ont jamais su à quelle ethnie ils appartenaient (...), il y avait toujours des Tutsis à la maison.

Fabien Neretsé, ancien haut fonctionnaire rwandais

M. Neretsé est accusé de "crimes de guerre", notamment des meurtres de treize civils commis entre avril et juillet 1994 au Rwanda. Il doit aussi répondre de "crime de génocide" pour s'être attaqué en particulier à la minorité tutsie.

Un "seigneur local"

D'après l'accusation, Fabien Neretsé était considéré comme "un seigneur local" dans sa région. Cet ingénieur agronome a fondé une école dans son nord natal, il a aussi dirigé entre 1989 et 1992 l'OCIR-Café, l'Office national de promotion de la caféiculture. Et en tant que figure du MRND, le parti fondé par le président Juvénal Habyarimana (dont l'assassinat le 6 avril 1994 a déclenché le génocide des Tutsis au Rwanda), il est soupçonné d'avoir animé des réunions appelant à s'en prendre aux Tutsis, à la fois dans le nord et à Kigali.

Mais selon Mr Neretsé, il n'a été qu'"un membre non actif" de l'ex-parti unique, et  n'est "plus allé à aucun meeting" après avoir été écarté en février 1992 de la direction de l'OCIR-Café. Il raconte aussi qu'il a été démis de ses fonctions de manière brutale au moment de l'émergence du multipartisme. "Je ne pouvais pas entrer dans une milice d'un parti qui m'avait écarté, ce n'est pas possible", a-t-il lancé à la cour.
 

Fait inédit en Belgique

En vertu d'une loi de 1993, les tribunaux belges bénéficient de la compétence universelle pour juger les crimes de guerre, de génocide et crimes contre l'humanité, quels que soient le lieu où ils ont été commis, la nationalité et lieu de résidence des victimes et de leurs accusés.

Chose inédite en Belgique, Fabien Neretsé doit répondre de "crime de génocide", une qualification non retenue lors des quatre procès de génocidaires rwandais qui se sont tenus à Bruxelles en 2001, 2005, 2007 et 2009. Des peines allant de 10 à 30 ans de prison avaient alors été prononcées.

Les avocats de Fabien Neretsé prédisent une âpre bataille d'arguments avec l'accusation, jugeant que le crime de génocide va être "extrêmement difficile à démontrer".

La fin d'un long combat

Sur le banc des parties civiles quelques proches de victimes sont appelés à témoigner. Parmi eux : Martine Beckers, une Belge de 70 ans dont la soeur Claire, a été assassinée avec son mari, un Tutsi, et leur fille de 20 ans, le 9 avril 1994 à Kigali. Pour elle, un quart de siècle après les faits, ce procès est "la fin d'un long combat". 

Fabien Neretsé était un de leurs voisins dans la capitale rwandaise. Selon l'accusation, il a fait intervenir des hommes armés pour les empêcher de se mettre à l'abri. Au total, onze voisins ont été tués ce jour-là.

 

Je ressens un épuisement mais je pense à ma famille, c'est important d'honorer la mémoire des victimes.

Martine Beckers, soeur de Claire Beckers

Dès l'été 1994, Martine Beckers dépose plainte auprès de la police fédérale belge. Avec l'aide de témoins rwandais et de militants des droits de l'homme, elle est parvenue à remonter le fil des responsabilités.

Après une quinzaine d'année d'instruction, ce procès "doit beaucoup à son acharnement", assure son avocat, Me Eric Gillet.
 

Le génocide au Rwanda a coûté la vie, entre avril et juillet 1994, à au moins 800.000 personnes, selon l'ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi, mais aussi parmi les Hutus modérés.

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