Burkina Faso : le Conseil d'État français valide l'extradition de François Compaoré

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François Compaoré à Paris, en octobre 2017 © TV5 MONDE
Mis à jour le
30 juillet 2021 à 19:24
par TV5MONDE AFP
Le Conseil d'État français a donné son feu vert ce 30 juillet à l'extradition de François Compaoré vers le Burkina Faso. Le frère du président déchu Blaise Compaoré est mis en cause dans l'enquête sur l'assassinat en 1998 du journaliste Norbert Zongo.

Dans une décision rendue ce vendredi, le Conseil d'État, plus haute juridiction administrative française, a rejeté le recours formé par François Compaoré contre le décret d'extradition signé en mars 2020 par le Premier ministre français de l'époque, Edouard Philippe.

"La requête de M. Compaoré est rejetée", indique la décision du Conseil d'État.

François Compaoré est le frère cadet de Blaise Compaoré, chassé par la rue en octobre 2014 après 27 ans à la tête du Burkina Faso. Mis en cause dans la disparition de Norbert Zongo, il réside en France depuis 2014.

Journaliste d'investigation reconnu et directeur de l'hebdomadaire L'Indépendant, Norbert Zongo a été assassiné le 13 décembre 1998, alors qu'il enquêtait sur le meurtre du chauffeur de François Compaoré, David Ouédraogo. 

Norbert Zongo, un journaliste "incorruptible"

Le journaliste, âgé de 49 ans, a été tué avec trois de ses compagnons. Les quatre dépouilles ont été retrouvées calcinées dans sa voiture incendiée à Sapouy, à une centaine de kilomètres au sud de Ouagadougou. 

Aucune condamnation n'a été prononcée, malgré le scandale que l'affaire avait provoqué.

Journaliste qualifié d'"incorruptible", célèbre pour ses positions critiques vis-à-vis du pouvoir, M. Zongo était l'auteur de plusieurs enquêtes retentissantes démontrant la mauvaise gouvernance sous le régime du président Compaoré (1987-2014). 

Son assassinat avait engendré une crise socio-politique qui avait fait vaciller le régime, en raison d'importantes manifestations - organisées par le collectif contre l’impunité -, obligeant le président Compaoré à entreprendre des réformes, dont la limitation des mandats présidentiels.

Une enquête avortée

Conseiller spécial du président Blaise Compaoré et personnage très influent du régime déchu, François a été un temps inculpé de "meurtre et recel de cadavre" dans le cadre de la mort de son chauffeur, David Ouédraogo. Mais il n’avait jamais été inquiété dans le dossier Zongo, jusqu’à l’insurrection populaire d’octobre 2014 qui a chassé Blaise Compaoré. 

Après la fuite de François Compaoré, des centaines de documents ont été retrouvés durant les pillages commis dans son ancienne villa, désormais en ruines. Ils sont en attente d'authentification.

"On y a trouvé le dossier d’instruction, des reçus de paiement, des lettres manuscrites. Tout cela montre à quel point il était informé", selon Abdoulaye Diallo, le gestionnaire du centre de presse Norbert-Zongo. 

En 1999, plus de cent personnes avaient été auditionnées dans l'affaire Zongo et six "suspects sérieux" avaient été identifiés par une commission d'enquête indépendante. Mais seul l'adjudant Marcel Kafando, ex-chef de la garde rapprochée du président Compaoré, avait été inculpé d'assassinat, avant de bénéficier d'un non-lieu en juillet 2006, confirmé en appel.

Dans un arrêt daté du 28 mars 2014, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, dont le siège est à Arusha (Tanzanie), a mis en évidence les carences de l’instruction. L'affaire a été rouverte par la justice burkinabè, qui a lancé un mandat d'arrêt international, en mai 2017, contre François Compaoré. 

La lente procédure d'extradition

En juin 2019, la Cour de cassation française avait rejeté le pourvoi de M. Compaoré contre son extradition vers Ouagadougou, où le dossier de l'assassinat du journaliste, classé en 2006 après un "non-lieu" en faveur du seul inculpé, a été rouvert à la faveur de la chute de Blaise Compaoré.

(RE)voir : Burkina-Faso : la France autorise l'extradition de François Compaoré

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François Compaoré avait été arrêté à l'aéroport parisien de Roissy en octobre 2017, en exécution d'un mandat d'arrêt émis par les autorités de Ouagadougou.

(RE)lire : La France ouvre la voie à une extradition de François Compaoré vers le Burkina Faso

Mais à ce jour, il n'est pas inculpé dans son pays, à la différence de trois ex-soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), l'ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré.

François Compaoré "prêt à faire face"

Dans un communiqué transmis à l'AFP, les avocats de M. Compaoré, Maîtres François-Henri Briard et Pierre-Olivier Sur, indiquent vendredi que leur client "prend acte" de la décision. François Compaoré "est prêt à faire face, dans la dignité, dans l'honneur et avec responsabilité, à la justice burkinabè", ajoutent les avocats.

M. Compaoré regrette "toutefois que la décision du Conseil d'État ne s'inscrive pas dans la ligne des précédents jurisprudentiels qui excluent toute mesure d'extradition à caractère politique ou qui expose la personne concernée à des risques de torture, de traitements inhumains et dégradants et de violations du droit à un procès équitable", selon le texte.

M. Compaoré est "assurément exposé à de tels risques s'il était remis au Burkina Faso", pays en proie "à une grave déstabilisation et qui ne présente aucune garantie suffisante, ni pour lui, ni pour ses avocats appelés à le défendre", affirment ses conseils.  

Les avocats annoncent dans ce communiqué que M. Compaoré a saisi la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) "afin qu'elle fasse échec à l'extradition envisagée et sanctionne les manquements de la France à le protéger".