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Burkina Faso : Roch Marc Christian Kaboré, un président au bilan mitigé

Le président Roch Marc Christian Kaboré à la tribune du Sommet du G20 à Berlin, en novembre 2019.  ©AP Photo / John MacDougall

Le président burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, doit être officiellement investi ce samedi 11 juillet candidat de son parti, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Elu en 2015, il brigue un nouveau mandat à l'élection présidentielle de novembre 2020. Mais son bilan reste mitigé, miné par la situation sécuritaire. 

Premier président élu en 2015 avec 53,49% des voix - après la période de transition post-Compaoré - la présidence de Roch Marc Christian Kaboré avait suscité de grands espoirs de développement et de changement. Mais cinq ans après, le Burkina Faso, pays autrefois prisé des touristes, est devenu une zone rouge où les attaques jihadistes sont quasi quotidiennes.
 

Un président soutenu par son parti

En juin dernier, selon un sondage du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), une des rares enquêtes d'opinion au Burkina, 63% de la population n'est pas satisfaite des actions du président Kaboré.

Et pourtant, le MPP est uni derrière son chef, unique candidat à l'investiture. S'il n'y aura pas de grand rassemblement en raison de l'épidémie de coronavirus ce samdi 11 juillet, 3 000 membres du MPP se réuniront tout de même au Palais des sports de Ouagadougou.

"Notre objectif, c‘est de le faire élire au premier tour et avec un score plus confortable qu’en 2015. Nous voulons faire au-delà de 60%", explique le Secrétaire exécutif du MPP, Lassané Savadogo, à l'AFP. Même si "les défis sécuritaires, la fronde sociale, la pandémie de Covid-19 et d’autres facteurs ont influencé négativement la mise en œuvre du programme", reconnaît-il.

Les autres candidats

Ancien proche de Blaise Compaoré, chassé après 27 ans de pouvoir par une insurrection populaire en octobre 2014, le Président Kaboré devrait être opposé à de nombreux anciens du régime :
- l'ex-Premier ministre Kadré Désiré Ouédraogo
- Gilbert Noël Ouédraogo, dirigeant d'un parti allié à Compaoré,
- Eddie Komboïgo, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’ex-parti de Compaoré, exclu de l'élection de 2015. 
- le chef de file de l'oppostion Zéphirin Diabré, deuxième de la présidentielle 2015,
- Tahirou Barry, un ministre démissionnaire du premier gouvernement de Kaboré
 - ou encore le juriste Abdoulaye Soma. 

(Re)voir en février 2016 : Burkina Faso : entretien exclusif avec le président Roch Marc Christian Kaboré

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Urgence humanitaire au Sahel

Avec 1 005 cas confirmés et 53 morts, selon le décompte de l'université John Hopkins ce 10 juillet, le Burkina Faso a été le premier pays subsaharien touché par la pandémie de Covid-19. Très tôt, les autorités burkinabées ont imposé un couvre-feu sur l’ensemble du territoire, l'état d’urgence sanitaire a été décrété, les rassemblements de plus de cinquante personnes interdits et les frontières fermées, tout comme les marchés, les écoles et les lieux de culte.

(Re)voir : Covid-19 au Burkina Faso : le marché de Ougadougou rouvre ses portes

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Mais la crise sanitaire exarcerbe une situation humanitaire déjà catastrophique, dans toute la bande sahélienne. En juin dernier, le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR) a lancé un appel de fonds de 186 millions de dollars pour financer ses opérations au Sahel, région gagnée par le changement climatique, la sécheresse, les violences terroristes et interethniques.

"L’urgence au Sahel est une crise humanitaire et de protection à grande échelle, où d’odieuses violences contre les populations vulnérables deviennent endémiques", a ainsi déclaré Filippo Grandi, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Le Sahel compte plus de 3 millions de réfugiés, déplacés internes, rapatriés et personnes à risque d’apatridie, selon les Nations Unies. 

(Re)voir : Burkina Faso : dans les camps de réfugiés, la peur de la faim plus que du coronavirus

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Selon le gouvernement burkinabé, aujourd'hui, plus de deux millions de personnes sont en insécurité alimentaire à travers le pays. Soit environ 500 000 personnes de plus qu'en 2019, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture. Alors, début juin, le conseil des ministres a adopté un plan de 25 milliards de FCFA (38 millions d'euros) de soutien aux populations vulnérables. 
 

Son plus grand défi : la sécurité

De retour d'une mission dans la région, début juillet, le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Mohammed Ibn Chambas, soulignait qu'au Burkina Faso, "plus de 921.000 personnes ont été contraintes de fuir leurs maisons, soit une augmentation de 92% par rapport à fin 2019".
 

Longtemps épargné par les groupes armés actifs au Sahel, le pays est confronté, depuis 2015, à la violence terroriste. Attaques et enlèvements sont fréquemment perpétrés, notamment dans le Nord, contre des représentants de l'Etat.

Le 15 janvier 2016, trente personnes, majoritairement des Occidentaux, sont tuées et 71 blessées lors d'un raid jihadiste contre l'hôtel Splendid et le restaurant Cappuccino, à Ouagadougou. L'attentat, le premier de ce type dans le pays, est revendiqué par le groupe jihadiste Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Depuis 2012, toute la région sahélienne a été entraînée dans la spirale terroriste, souvent entremêlée à des confits intercommunautaires. Un défi sécuritaire auquel est confronté le président Roch Marc Christian Kaboré depuis son élection et qu'il n'a pu relever.

Interrogé par l'AFP, Mahamoudou Savadogo, chercheur burkinabé spécialiste du jihadisme, explique qu'il y a eu "un mauvais diagnostic au départ. On a commencé par accuser l'ancien régime" de Blaise Compaoré, renversé en 2014 et soupçonné d'avoir conclu une sorte de pacte de non-agression avec les groupes jihadistes. Puis on a mis en cause "les Occidentaux". "On pointait un terrorisme exogène et non endogène", poursuit-il. Enfin "l'armée n'a jamais été équipée, et il n'y a jamais eu de stratégie adaptée", souligne-t-il. 
 

Les forces de sécurité n'arrivent pas à enrayer les violences malgré l'aide de forces étrangères, notamment de la France, présente au Sahel avec plus de 5 000 hommes, dans le cadre de l'opération Barkhane. Conséquence : l'armée va de défaite en défaite, malgré ses annonces de victoires spectaculaires. Pire, les attaques se sont même intensifiées depuis 2019 jusqu'à devenir quasi quotidiennes.

A ce sujet, l'analyse de Laurent Larcher : Lutte antiterroriste : "Le Burkina Faso a besoin du soutien de ses voisins, comme la Côte d'Ivoire"

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