CAF : Patrice Motsepe, un nouveau président sous haute surveillance

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Mis à jour le
15 March 2021 à 11:53
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Patrice Motsepe est devenu vendredi le président de la Confédération africaine de football. Seul candidat, le richissime homme d'affaires sud-africain a été élu par acclamation. Que peut-on attendre de son mandat ? Quelle sera la marge de manœuvre du successeur d'Ahmad ? Premiers éléments de réponse.
L’issue ne faisait plus aucun doute. Patrice Motsepe a été élu sans surprise président de la Confédération africaine de football, ce vendredi à Rabat à l’occasion de la 43e Assemblée générale de la CAF. Par acclamation, ainsi que le prévoient les statuts de la CAF en cas de candidature unique, le Sud-Africain a été porté à la tête de l’instance panafricaine. Le milliardaire succède au Malgache Ahmad, empêché de briguer sa propre succession après sa suspension pour plusieurs violations éthiques, dont la « distribution de cadeaux » et le « détournement de fonds », par la FIFA. Son président, Gianni Infantino, avait précédemment déployé toute sa diplomatie pour arriver, via un compromis trouvé à Rabat, au retrait des trois autres candidats, Augustin Senghor, Ahmed Yahya et Jacques Anouma.

Âgé de 59 ans, Motsepe a fait fortune dans l'industrie minière et la finance, au point d'être aujourd'hui considéré comme la dixième plus grosse fortune d'Afrique, avec un patrimoine estimé à environ 2,5 milliards d'euros par le magazine américain Forbes. Celui qui préside les Mamelodi Sundowns, le club de Pretoria vainqueur de la Ligue des Champions africaine en 2016, n'avait jamais exercé de responsabilités dans les instances du football. Alors, que peut-on attendre de son mandat ?

Un programme succinct et vague


Pour connaître les intentions de Patrice Motsepe, il ne faut compter ni sur son programme, composé de dix points aussi succincts que généraux, ni sur sa campagne électorale. Durant la période dédiée à cette dernière, le futur élu a brillé par son absence, se contentant d'une conférence de lancement de son projet, le 25 février. Le compromis de Rabat, intervenu le week-end suivant entre les quatre candidats, a ensuite coupé court à tout débat, au nom de l'unité africaine. « Vous avez tous la même vision, aujourd'hui c'est la célébration de cette unité », résumera Gianni Infantino.

Lors de sa première prise de parole, devant les délégués présents, Patrice Motsepe a levé un petit coin du voile sur ses intentions. En bon homme d’affaires, le Sud-Africain en appelle aux entreprises. « Nous allons rencontrer les représentants du secteur privé dans chaque pays du continent », a-t-il annoncé. « Nous dépensons trop d’argent en Afrique à regarder du football européen. Nous devons gagner davantage de la vente de nos droits TV », a-t-il ajouté, avant de conclure : « Le football africain ne sera plus jamais le même. » Jusqu’alors plutôt familier des cénacles économiques de type Davos, le successeur d'Ahmad promet de s’investir pleinement dans cette mission nouvelle pour lui, en rendant visite dans les douze prochains mois à l'ensemble des pays membres de la CAF. Avec en tête cette réalité incontournable : la CAF est financièrement exsangue, et son nouveau président sera avant tout jugé sur sa capacité à la sortir de ce marasme. Mais quelle sera la marge de manœuvre du nouvel homme fort ?

La FIFA place ses hommes


Pour diriger la Confédération, Patrice Motsepe sera secondé par cinq vice-présidents, contre trois jusqu'alors. Les statuts ont été modifiés dans ce sens, autant pour donner de la consistance à la nouvelle direction que pour faire de la place aux uns et aux autres. Augustin Senghor et Ahmed Yahya occupent comme prévu les postes de premier et deuxième vice-présidents. Le Djiboutien Suleiman Waberi, le Camerounais Seidou Mbombo Njoya et la Comorienne Kanizat Ibrahim, première femme à occuper un tel poste, en vertu d'une promesse (tenue donc) du nouveau président, complètent cette garde rapprochée. Aucune trace en revanche pour l'instant de Jacques Anouma, auquel un poste de conseiller spécial était supposé être réservé.

L'essentiel est peut-être ailleurs. Le poste clé de secrétaire général est désormais occupé par un homme parachuté par Gianni Infantino, Véron Mosengo Omba, jusqu'alors directeur de la division Associations membres à la FIFA et homme de confiance de l'Italo-Suisse en Afrique. Cheville ouvrière du compromis de Rabat, le Congolais s'est attiré les encouragements de Zurich. « La FIFA a hâte de travailler avec lui sur de futurs projets qui aideront à propulser le football africain au sommet du football mondial », pouvait-on lire dans un communiqué cosigné par Infantino et sa secrétaire générale Fatma Samoura. Si Patrice Motsepe a assuré que la CAN garderait pour l'instant sa périodicité bisannuelle, on prête par exemple à la FIFA l'intention de mettre en place une Ligue fermée réservée aux meilleurs clubs du continent. Qu'en sera-t-il réellement ? Les prochains mois permettront d'apporter un début de réponse.