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Cameroun : départs massifs de populations dans les deux régions anglophones du pays

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©TV5MONDE / Reportage : M. Amoko - Commentaire : S. Rodier - Montage : L. Bellon

Les autorités camerounaises ont interdit samedi 15 septembre 2018 "l'exode massif" des populations du Sud-Ouest, l'une des deux régions anglophones du Cameroun en crise. Des "centaines de familles" de ces régions avaient décidé de les fuir, à trois semaines de l'élection présidentielle. A l'approche du scrutin prévu le 7 octobre, les habitants redoutent une intensification des combats, déjà devenus quasi quotidiens entre l'armée et les séparatistes

Depuis quelques jours, des départs massifs de populations sont enregistrés dans les deux régions anglophones du Cameroun. Justine et son fils sont arrivés à Yaoundé par un bus comme celui-ci. Avant celà, ils avaient tous deux marché plusieurs heures de Weh, leur village jusqu'à Bamenda, puis la grande ville. Il n'avait plus d'autres choix que de fuir les régions anglophones. "Un jour on était au marché, j'ai entendu des coups de feu qui venaient de partout. Tout le monde au marché a commencé à fuir dans tous les sens. Puis finalement nous avons vu que c'était les gendarmes qui tiraient et on continuait à courir", confie Justine Cheghe.
 

Je n'étais pas prête à venir à Yaoundé. Chez moi, il y avait trop de fusillades, chaque matin, ça nous effrayait. Justine Cheghe, déplacée camerounaise

Ils sont accuillis depuis trois semaines dans leur famille, chez Godlove. Il accueille désormais 18 personnes chez lui,dont  11 réfugiés venus du village. Remplir les assiettes de tous, c'est une lutte de tous les jours.
 

Depuis qu'ils ont tout perdu, je me bats pour que ma famille puisse manger et avoir un toit. Voilà ou nous en sommes. C'est très difficile. Vous les voyez, ils ont besoin de soins médicaux, les enfants doivent aller à l'école mais la situation financière actuelle ne le permet pas.Godlove Beng Kum, habitant de Youndé

Près de 200.000 Camerounais auraient fui les combats dans les zones nord et sud ouest du pays. Certaines femmes sont partis sans leur mari, resté sur place pour protéger les biens, selon elles. Au coeur du danger et des fusillades... Plusieurs centaines de personnes auraient perdu la vie depuis le début des violences il y a deux ans.

Depuis début 2018, environ 400 civils ont été tués par les forces de sécurité ou par les séparatistes armés selon l'ONG qui a dénombré plus de 260 "incidents sécuritaires" (affrontements, enlèvements, homicides, destructions de maisons). La rentrée scolaire a été marquée par une augmentation des exactions comme l'enlèvement à Bafut (Nord-Ouest) le 3 septembre par des hommes armés de sept élèves et d'un chef d'établissement. Les otages ont été relâchés mais le directeur a été torturé et grièvement blessé en captivité. 

Amnesty, qui dénonce une escalade des violences, appelle les autorités camerounaises à enquêter de façon "urgente" et "indépendante" sur les crimes commis par les forces de l'ordre ou par les séparatistes en zone anglophone. L'ONG craint une recrudescence des violences lors des présidentielles prévues le 7 octobre au Cameroun.