Aller au contenu principal
  1. Accueil
  2. Information
  3. Coronavirus, chute des prix du pétrole : l'Algérie dans une situation de "vulnérabilité économique"

Coronavirus, chute des prix du pétrole : l'Algérie dans une situation de "vulnérabilité économique"

La place du monument des martyrs à Alger, déserte ce 8 avril. AP/Toufik Doudou

L'Algérie est rentrée dans une situation de grande"vulnérabilité économique", reconnait le président Tebboune. La crise sanitaire mondiale liée au coronavius a fait chuter les prix du pétrole dont l'économie algérienne est si dépendante.

S'il est un pays vulnérable à la volatilité du marché des hydrocarbures, c'est l'Algérie, hyper dépendante de la rente pétrolière, déjà confrontée à un ébranlement politique doublé d'une urgence sanitaire, et qui voit s'approcher une grave crise économique. Plus de 95% des exportations du pays proviennent des hydrocarbures.

Les pays du G20 ont échoué ce vendredi 10 avril à se mettre d'accord sur une baisse de la production pétrolière après de longues tractations. 

L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), présidée par Alger, avait auparavant annoncé une entente préalable sur une diminution de l'offre mondiale de 10 millions de barils de brut par jour, en mai et juin, afin de freiner la dégringolade des cours.

Mais même en cas d'accord, l'Algérie aurait été loin d'être tirée d'affaire car cette mesure n'aurait eu qu'"un impact de courte durée sur les prix de l’or noir" à cause de la pandémie de Covid-19, prédit Nazim Zouioueche, un expert pétrolier, dans une interview à l'agence locale APS.

Le pays "est au bord du gouffre financier", assure Luis Martinez, spécialiste du Maghreb au CERI-Sciences Po de Paris.

Tour de vis budgétaire

De fait, la loi de finances 2020 tablait sur un baril à 50 dollars pour une croissance d'environ 1,8%. On en est loin tres loin. Le prix du baril de pétrole avoisine les 30 dollars. 

Le président Abdelmadjid Tebboune a reconnu "la vulnérabilité" de l'économie algérienne "en raison de notre négligence pendant des décennies à la libérer de la rente pétrolière".

Au bord du gouffre financier

Le président Tebboune juge "impératif de mettre un terme aux mauvaises pratiques inculquées pendant la période de l’aisance financière, à l’exemple du gaspillage et de l’esprit de fainéantise et de surconsommation".

L'économiste Ahmed Dahmani énumère les dangers: assèchement rapide des réserves de change; aggravation du déficit budgétaire et de la balance des paiements; forte dévaluation du dinar et poussée inflationniste. Au bout du compte, la récession économique et son corollaire: le chômage de masse.

Les réserves de change sont tombées sous les 60 milliards de dollars (55 mds EUR) fin mars, contre 79,88 mds USD (73 mds EUR) fin 2018 et 97,22 mds USD (88,8 mds EUR) fin 2017. 

Selon certains économistes, ces réserves pourraient s'épuiser à très court terme.

"Le gouvernement n’a d’autre choix que d’élargir l’assiette fiscale, de recourir à l’endettement public et de négocier des prêts. Avec le reste des réserves de change, cela devrait lui permettre de tenir jusqu’en 2021. Mais après?", s'interroge Luis. Martinez, spécialiste de l'Algérie contemporaine. 

Réduction de 30% du budget de fonctionnement de l'Etat

Pour faire face à cette situation alarmante, le gouvernement a annoncé une baisse de 30% du budget de fonctionnement de l'Etat (sans toucher aux salaires des fonctionnaires) ainsi qu’une réduction de l'énorme facture des importations de 41 à 31 mds USD (38 à 28 mds EUR).

L'Algérie n'aura plus recours aux cabinets d'expertise étrangers pour ses grands projets afin d'économiser 7 mds USD (6,5 mds EUR) par an.

Et le géant public des hydrocarbures Sonatrach va réduire son budget 2020 de 50%, soit l’équivalent de 7 mds USD (6,5 mds EUR).

La suspension des importations de services "ne concerne surtout que les études de faisabilité de projets non entamés ou de projets non essentiels pouvant être reportés sans frais supplémentaires", nuance Abdelmadjid Attar, ex-PDG de Sonatrach.

Comment réduire la dépendance au pétrole ? 

"Quant à la réduction des dépenses d’exploitation et d'investissement de la Sonatrach, elle ne devrait pas en principe réduire la production d'hydrocarbures", ajoute-t-il.

Les solutions sont connues: diversifier l’économie, réduire la part du pétrole dans le PIB et développer l’attractivité de l'Algérie. Mais le régime en-est-il capable ? 

Mais nombreux sont les sceptiques qui, comme le professeur d'économie Aderrahmane Mebtoul, doutent de la capacité de l’Algérie à attirer les investissements directs étrangers (IDE) en raison de "la bureaucratie, d'un système financier sclérosé et de la corruption". Aderrahmane  Mebtoul ne croit pas davantage à la possibilité de récupérer les capitaux qui ont fui le pays.

Au coronavirus s'ajoute la crise politique inédite que traverse l’Algérie depuis le déclenchement du mouvement ("Hirak") de protestation populaire le 22 février 2019.

"Le plus difficile sera de maintenir les dépenses publiques et reconstruire un nouveau système politique", abonde Luis Martinez.

"Ce n’est pas l’année 2020 qui est en procès mais les 20 années de clientélisme, népotisme et corruption du règne de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika", tranche-t-il

Publicité