Covid-19 : la troisième dose de la discorde

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De plus en plus de pays envisagent de proposer aux personnes fragiles une troisième dose de vaccin contre le Covid-19, pour renforcer l'immunité notamment face aux variants. Mais au même moment, d'autres pays, pauvres, peinent à vacciner leur population fragile. 
David Goldman / AP
Mis à jour le
7 août 2021 à 17:29
par Margot Hutton

Pour faire face à la pandémie de Covid-19, certains pays occidentaux envisagent de proposer une troisième dose de vaccin, d’autres songent à vacciner les enfants. Au même moment, d’autres pays, d’Afrique majoritairement, peinent à avoir les doses nécessaires pour vacciner leur population. Tour d’horizon.

La propagation rapide et la virulence du variant Delta inquiètent. De ce fait, de nombreux pays s’interrogent sur la nécessité d’une troisième injection, notamment pour les personnes les plus fragiles. Cela permettrait d’avoir une meilleure protection immunitaire face aux nombreux variants.

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En France, les personnes immuno-déprimées peuvent déjà bénéficier de ce rappel, et jeudi 5 aout, Emmanuel Macron a confirmé que les personnes fragiles auront la possibilité de recevoir une troisième injection à partir de la rentrée. D’autres pays ont déjà commencer à administrer cette dose de “boost immunitaire”.

Quels pays envisagent la troisième dose ?

L’Allemagne suit un calendrier assez similaire à celui de la France, puisque Angela Merkel a annoncé que les personnes fragiles et celles n’ayant pas reçu de vaccin à ARN messager auront la possibilité de recevoir une troisième injection à partir de septembre.

Israël a déjà commencé à proposer le rappel aux personnes de plus de soixante ans. C’est aussi le cas en Turquie, où cette troisième dose s’adresse aux plus de 50 ans et au personnel médical également. Depuis début août, les personnes dont la seconde injection date d’il y a 4 mois ou plus peuvent aussi bénéficier du rappel.

La Suède n’as pas encore pris de décision concernant la troisième dose, mais table sur un rappel en 2022 pour une grande partie de la population. Aux États-Unis, aucune décision sur la possibilité d’une troisième injection n’a été prise, mais les autorités évaluent la possibilité pour les personnes immuno-déprimées.

En Afrique, la vaccination au ralenti

Tous les pays n’en sont pas à ce stade-ci. C’est le cas notamment sur le continent africain, où de nombreux pays ont du mal à se procurer des vaccins. Cela est lié au fait que le dispositif COVAX de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), censé fournir des vaccins à moindre prix pour les pays en ayant besoin, est lent à se déployer. Mais les entreprises qui fournissent les vaccins font également grimper leurs prix sur le continent africain, où une majorité de pays ont une couverture vaccinale inférieure à 2%. Seul le Maroc, où 39,5% de la population était vaccinée, tient la corde.

Mercredi 4 août, l’OMS a réclamé un moratoire sur la troisième dose du vaccin, afin d’éviter que le fossé vaccinal entre les pays riches et les pays pauvres ne se creuse trop. Mais les États-Unis ont refusé de s’y soumettre, en affirmant qu’il était possible de vacciner les pays les plus en difficultés et de proposer une troisième injection dans leur pays.

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La troisième dose est-elle nécessaire ?

Ce qui fait débat avec cette troisième injection, c’est le manque de données concernant la durée de l’efficacité immunitaire du vaccin. Le 13 juillet, le patron de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus avait dénoncé la “cupidité” des pays qui envisageaient la troisième dose. Selon lui, "il n’y a pas de preuve scientifique qui suggère qu’on a besoin d’injection de rappel” et la priorité devait être mise sur la vaccination des populations vulnérables des pays où les vaccins manquent.

Hormis les cas particuliers qu’on a évoqués, on peut attendre de vacciner le reste de la planète avant de faire un rappel chez tout le monde.

- Philippe Amouyel

Philippe Amouyel, épidémiologiste et professeur de Santé publique au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Lille, avait expliqué fin juillet que cette troisième dose était en “phase d’essai 3”, “pour savoir combien de temps est conservée l’immunité et s’il faut faire un rappel”. Il avait précisé qu’il fallait attendre les résultats de ces essais pour connaître l’efficacité et voir la nécessité de ce rappel pour le grand public. “Hormis les cas particuliers qu’on a évoqués, on peut attendre de vacciner le reste de la planète avant de faire un rappel chez tout le monde”, avait-il estimé. 

Le débat relancé en Belgique 

Vendredi 6 août, sept résidents d'une maison de repos à Zaventem en Belgique sont morts des suites du Covid-19. Ils avaient été contaminés par une souche apparue en Colombie pour la première fois. Pourtant, les sept personnes étaient vaccinées. L'événement tragique relance donc dans le pays le débat sur la nécessité d'une troisième dose pour les personnes les plus fragiles, pour faire face aux variants, plus pathogènes que la souche originale du virus.