Covid-19 : l'Afrique face à une deuxième vague plus meurtrière

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Covid-19 : l'Afrique face à une deuxième vague plus meurtrière (1)
Le Cap, en Afrique du sud, le 29 décembre 2020. Près d'un centre de test Covid.
© AP Photo/Nardus Engelbrecht
Mis à jour le
23 janvier 2021 à 17:26
par TV5MONDE, AFP
Voilà un an, alors que la pandémie de Covid-19 se répandait à travers la planète, l'Afrique suscitait la curiosité. Pourquoi si peu de malades et, a fortiori, si peu de morts ? Aujourd'hui, changement de ton : la deuxième vague de l'épidémie tue davantage. Le taux de mortalité dépasse même désormais la moyenne mondiale, a annoncé cette semaine le Centre de contrôle et de prévention des maladies, une agence de l'Union africaine.

Le taux de mortalité du nouveau coronavirus en Afrique s'établit désormais à 2,5% des cas recensés, au-dessus de la moyenne mondiale de 2,2%. Le nombre de cas sur le continent a, quant à lui, augmenté de 14% par semaine lors du mois dernier. Telles sont les données fournies cette semaine par l'Africa CDC, le Centre de contrôle et de prévention des maladies.

Depuis le début de la pandémie, l'Afrique reste officiellement l'un des continents les moins touchés, avec 3,3 millions de cas de Covid-19 et presque 82.000 morts, selon l'organisme, mais selon son directeur John Nkengasong, l'augmentation du taux de mortalité marque une rupture avec la première vague, lors de laquelle il était resté en-dessous de la moyenne mondiale. "Nous sommes en train d'assister à un retournement", a-t-il ajouté. "C'est une des caractéristiques notables de la deuxième vague, que nous devons combattre âprement."

A l'heure actuelle, 21 pays africains enregistrent des taux de mortalité supérieurs à la moyenne mondiale de 2,2%.
Entre autres exemples donnés par le CDC, le Soudan enregistre un taux de mortalité de 6,2%, l'Egypte de 5,5%, le Liberia de 4,4% et la République arabe sahraouie démocratique (RASD) - un Etat membre de l'UA - de 11,8%.

Quelle prise en charge ?

Cette surmortalité est provoquée par l'accélération du nombre de cas, qui engorge les systèmes de santé sur le continent, selon M. Nkengasong.
La dynamique de l'épidémie "dépasse la capacité des infirmières et des médecins à prendre en charge les patients", a-t-il expliqué. "Les patients ne bénéficient pas de l'attention et des soins nécessaires car nous avons un nombre limité de lits et de fournitures." M. Nkengasong a notamment souligné les besoins en oxygène, utilisé pour soigner les formes graves de Covid-19, qui deviennent "critiques".
Au Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, les autorités sanitaires rapportent devoir "choisir quels patients prendre en charge et auxquels refuser les soins", a-t-il détaillé.

Les vaccins

L'UA a annoncé la semaine dernière avoir commandé 270 millions de vaccins pour le continent, en plus de ceux prévus via le dispositif Covax, une initiative de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de partenaires privés pour un accès équitable aux vaccins.
Des négociations sont "en cours" avec la Russie et la Chine pour commander des doses supplémentaires, mais "nous n'avons pas d'accord pour le moment".

En outre, l'Organisation mondiale de la santé et Pfizer-BioNTech ont annoncé vendredi un accord qui doit permettre de fournir 40 millions de doses du vaccin anti-Covid-19 du géant pharmaceutique aux pays défavorisés, à travers le système Covax.
Le système Covax estime donc pouvoir débuter la distribution de vaccins à ces pays d'ici la fin février.

Les doses du vaccin Pfizer-BioNTech -efficace à 95%- seront fournies "à prix coûtant" et devraient être livrées courant premier trimestre, a indiqué le patron de Pfizer, précisant qu'il s'agit là d'un "premier" lot.
Les parties doivent encore conclure un accord de livraison, ont-elles précisé dans un communiqué.

Covax a aussi exercé une option avec le fabricant indien de vaccins Serum Institute of India (SII) pour 100 millions de doses du vaccin développé par AstraZeneca/Oxford.
La majorité de ces doses doit être livrée au courant du premier trimestre. Mais auparavant l'OMS doit donner son homologation d'urgence à ce vaccin et ce fabricant, aux alentours de la mi-février, précise un communiqué commun de l'OMS et de l'Alliance pour les vaccins (Gavi).

Quelque 50 millions de doses supplémentaires du vaccin AstraZeneca/Oxford, qui avaient déjà fait l'objet d'un accord, devraient venir s'y ajouter également le mois prochain.
Mais là aussi sous condition que les autres laboratoires, où il sera aussi fabriqué, soient homologués par l'OMS.

Pour l'heure, seul le vaccin de Pfizer-BioNTech a obtenu l'homologation d'urgence de l'OMS, mais plusieurs autres sont en phase finale d'examen.

Le défi de la vaccination

Pour autant bien que l'arrivée de vaccins efficaces contre le Covid-19 qui a déjà fait plus de 2 millions de morts depuis son signalement en décembre 2019, en Chine, "soit une lumière au bout du tunnel", "ce ne sont pas les vaccins tout seuls qui vont nous aider à mettre fin à cette pandémie, c'est la vaccination", a souligné le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. "La distribution rapide et équitable des vaccins n'est pas seulement un impératif moral c'est aussi un impératif de sécurité sanitaire, stratégique et économique", a-t-il souligné.

Le système Covax, piloté par l'OMS, Gavi et aussi la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), vise à fournir d'ici fin 2021 des vaccins anti-Covid à au moins 20% de la population des pays participants, mais il comporte surtout un mécanisme de financement qui permet aux 92 pays défavorisés qui y participent d'avoir accès aux précieuses doses.

Si les campagnes de vaccination ont débuté à la fin de l'année dernière, elle se font à la très grande majorité dans les pays les plus riches.

Interrogé sur le nombre de doses que les fabricants de vaccins seront en mesure de fournir cette année, Seth Berkley, le directeur exécutif de Gavi, répond : "je pense que nous parlons de nombres dans une fourchette de 6 à 7 milliards".
L'OMS a aussi annoncé qu'elle allait lancer encore en janvier un guichet où les pays défavorisés pourront déposer leur plan de vaccination détaillé (qui va recevoir les vaccins en priorité, comment et où ils seront administrés, etc).
"C'est une étape vitale avant que toute allocation puisse être faite, pour s'assurer que les doses livrées seront efficacement déployées et détecter où apporter plus de soutien, si nécessaire", précise le communiqué.