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De l'espoir et de l'amertume : le bilan mitigé de l'Afrique à la Coupe du monde féminine

La Coupe du Monde féminine se dispute en France jusqu'au 7 juillet. Trois équipes africaines y ont pris part. Et pour la première fois, deux d'entre elles, le Cameroun et le Nigeria, y ont franchi le premier tour, avant d'être éliminées en huitièmes de finale. Que cachent ces chiffres bruts, et quelles leçons tirer de ces parcours ? Eléments de réponse.

Deux équipes, le Cameroun et le Nigeria, au second tour sur les trois engagées, éliminées toutes deux dès les huitièmes de finale. Tel est, en résumé, le bilan des sélections africaines lors de la Coupe du Monde féminine 2019, qui se déroule jusqu'au 7 juillet en France. Comparé à la précédente édition, jouée en 2015, la tendance est à la hausse. Une seule équipe, le Cameroun déjà, avait alors passé le cap du premier tour. Faut-il pour autant y voir un net progrès du football féminin africain ? Pas sûr. Alors que les Lionnes Indomptables avaient réussi une entrée remarquée dans le gotha mondial il y a quatre ans en gagnant deux de leurs matchs de poule, les coéquipières de Gaëlle Onguéné, certes versées dans un groupe plus relevé cette année, ont dû attendre les ultimes secondes de la troisième et dernière journée pour décrocher leur place de huitième de finaliste aux dépens de la Nouvelle-Zélande (2-1), grâce à un doublé plein de classe et de sang froid d'Ajara Nchout. Ce fut encore plus serré pour le Nigeria : les Super Falcons, troisièmes de leur poule (elle aussi difficile avec la France, la Norvège) grâce à leur succès sur la Corée du Sud (2-0), n'ont dû leur qualification qu'à un penalty raté par la Chilienne Lara dans les ultimes minutes du match contre la Thaïlande. Généreuse pour les quatre meilleurs troisièmes, cette formule à 24 équipes n'a toutefois rien pu faire pour l'Afrique du Sud. Après une entame prometteuse face à l'Espagne, concrétisée par une jolie frappe lobée de Thembi Kgatlana, les Banyana Banyana ont fini par subir la loi de la Roja, auteure de trois buts dans les vingt dernières minutes (3-1), avant d'être battues par la Chine (0-1) puis logiquement surclassées par l'Allemagne (0-4).

Deux équipes dans le Top 16


Opposées respectivement aux Anglaises et aux Allemandes qu'allaient bien pouvoir faire les Nigérianes et les Camerounaises en huitièmes de finale ? Si l'on s'en tient aux résultats bruts (des défaites 3-0 dans les deux cas), la réponse serait sans appel. Les équipes africaines rescapées ont subi la loi d'adversaires mieux organisées et supérieures dans l'efficacité. Restent que ces défaites ont un goût amer. Celui du VAR, qui brouilla grandement les verdicts des deux rencontres. Cette vidéosurveillance a d'abord contribué à la défaite des Nigérianes, à Grenoble. Un premier but, signé Alexandra Popp (20eme), validé après examen des images malgré la position suspecte d'une autre joueuse allemande. A peine le temps de souffler (ou de siffler) : après une frappe manquée, la semelle de la milieu de terrain Evelyn Nwabuoku heurte involontairement le genou d’une Allemande en pleine surface. Seconde VAR : l’arbitre siffle finalement un penalty, que transforme Sara Däbritz (22eme). Auteures d'une entame courageuse, les Super Falcons étaient déjà hors-course. Le troisième but, signé Lea Schüller (82eme), ne changera rien. S'il reconnaissait la supériorité allemande, le sélectionneur suédois du Nigeria, Thomas Dennerby ne se gênait pas pour pointer du doigt l'usage tatillon du VAR : "Cela peut donner quelques situations étranges où personne ne sait ce qu’il se passe. Les joueuses se regardaient les unes les autres. Chaque match de football a un rythme et, si vous cassez ce rythme, ce n’est pas bon." Le staff du Nigeria l'avait d'autant plus mauvaise que l'équipe avait déjà subi pareil arbitrage cinq jours plus tôt, lors de sa défaite en match de poules contre la France (1-0), avec l'épisode du penalty manqué et donné à retirer à Wendy Renard, pour une position jugée illicite de la gardienne au moment de la frappe...

Un verdict aVARié...


Pire encore fut la déception des Camerounaises, battues sur le même score par l'Angleterre (3-0). Et pourtant les joueuses d'Alain Djeumfa sont longtemps restées dans le match malgré le break concédé avant la pause. Menées (2-0) à la pause, elles n'étaient pas été loin de réduire le score en début de seconde période (50eme), mais l’arbitre finissait par refuser ce but pour une position de hors-jeu. Une décision qui va provoquer la colère XXL des Lionnes Indomptables. Ulcérées, les joueuses refusaient plusieurs minutes durant de reprendre la partie. Ajara Nchout est même en pleurs. Il faudra quatre minutes pour voir la buteuse et ses partenaires reprendre la partie. Mais le cœur et la concentration n'y son plus vraiment. Et dans la touffeur de Valenciennes, Alex Greenwood enfonce le clou pour les Anglaises (58eme). La dernière demi-heure sembla longue, très longues à des Camerounaises démoralisées, dont l'attitude n'a pas plu en haut lieu. "Bien que je sois fière de nos équipes africaines qui ont participé à la Coupe du monde féminine, le match d'hier entre l'Angleterre et le Cameroun a renvoyé une très mauvaise image, pas seulement pour le football féminin africain, mais pour le football africain tout entier", a ainsi déclaré la Sierra-Léonaise Isha Johansen, patronne du foot féminin au sein de la Confédération africaine de football (CAF). On retiendra plutôt la belle combativité de ces Lionnes, malgré l'écart de niveau qui subsiste entre les nations phares du football féminin et les représentantes africaines. De quoi encourager, espérons le, les instances sportives des pays concernés à accroître l'effort de structuration du football féminin en Afrique. Des initiatives personnelles existent déjà. On citera les programmes mis en place par la capitaine des Banyana Banyana Janine Van Wyk, avec le lancement d'un centre de formation et d'un club de football, ou bien la création en janvier dernier d’une académie de football féminin par la meilleure joueuse africaine 2015 Gaëlle Enganamouit, la Rails Football Academy. La Fédération sud-africaine envisage de lancer la saison prochaine un championnat professionnel de football féminin. Le développement du football féminin en Afrique passe par un tel effort.

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