Égypte - Libye : des technologies françaises au service de la répression ?

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Accusée d'avoir vendu du matériel de cybersurveillance au régime du président Al-Sissi en Egypte qui lui aurait permis de traquer des opposants, la société française Nexa Technologies a été mise en examen à Paris en octobre pour "complicité d'actes de torture et de disparitions forcées".
John MacDougall/AP
Mis à jour le
28 novembre 2021 à 17:31
par TV5MONDE afp
La société française Nexa Technologies a été mise en examen à Paris en octobre pour "complicité d'actes de torture et de disparitions forcées". Elle est accusée d'avoir vendu du matériel de cybersurveillance au régime du président Al-Sissi en Egypte qui lui aurait permis de traquer des opposants. Une affaire qui s'inscrit dans un contexte plus large de contrats conclus ou de coopération en Egypte et en Libye avec des partenaires peu soucieux du respect des droits humains.

Environ quatre mois après, les mises en examen de quatre dirigeants et cadres de la société de cybersurveillance Nexa Technologies, celle de cette PME française en tant que personne morale a été prononcée le 12 octobre, a appris dimanche l'AFP de source proche du dossier, confirmée par une source judiciaire.

Contacté, l'avocat de Nexa Technologies, Me François Zimeray, n'a pas souhaité faire de commentaires. Une information judiciaire avait été ouverte en 2017 à la suite d'une plainte de la FIDH et de la LDH déposée avec le soutien du Cairo Institute for Human Rights Studies. 

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Accusée d'avoir vendu du matériel de cybersurveillance au régime du président Al-Sissi en Egypte qui lui aurait permis de traquer des opposants, la société française Nexa Technologies a été mise en examen à Paris en octobre pour "complicité d'actes de torture et de disparitions forcées".

Celle-ci s'appuyait sur une enquête du magazine Télérama révélant la vente en 2014 d'"un système d'écoute à 10 millions d'euros pour lutter – officiellement – contre les Frères musulmans", l'opposition islamiste en Égypte.

Appelé "Cerebro", ce programme permet de traquer en temps réel les communications électroniques d'une cible, à partir d'une adresse mail ou d'un numéro de téléphone par exemple.

Les ONG accusaient ce logiciel d'avoir servi la vague répressive contre les opposants d'Abdel Fatah al-Sissi. L'enquête menée par le "pôle crimes contre l'humanité" du tribunal judiciaire de Paris doit ainsi notamment déterminer si un lien entre l'utilisation de la surveillance et la répression peut être démontré.

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Soupçons sur la Libye

Nexa est dirigée par d'anciens responsables d'Amesys, visée par une autre information judiciaire depuis 2013 pour avoir vendu au régime de Mouammar Kadhafi entre 2007 et 2011 un logiciel appelé à l'époque "Eagle" - ancêtre de "Cerebro" - et qui aurait servi à arrêter des opposants libyens.

Dans cette enquête, Amesys et celui qui en fut le président jusqu'en 2010 ont aussi été mis en examen en juin.

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Par ailleurs, selon une source proche du dossier confirmant une information de Libération, les enquêteurs de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité (OCLCH) soupçonnent Nexa d'avoir voulu vendre un système tactique d'interception cellulaire baptisé "Alpha Max" au maréchal Haftar, homme fort de l'Est de la Libye.

Cybersurveillance en Libye : 4 dirigeants français mis en examen

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Dans un rapport de synthèse dont l'AFP a eu connaissance, les enquêteurs indiquent qu'un des dirigeants mis en examen dans le volet égyptien avait reconnu en audition "cette vente entre Nexa et l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar". 

Des documents contractuels entre Advanced Middle East System, autre entité de droit émirati créée en parallèle de Nexa Technologies en 2012, et le ministère libyen des communications et de l'information technologique de Benghazi ont été saisis en perquisition.

La Libye est depuis 2011 sous le coup d'un embargo de l'ONU sur les armes et matériels assimilés, et l'Armée nationale libyenne n'est pas reconnue par la communauté internationale.

Pour les enquêteurs, ces faits pourraient relever de l'"association de malfaiteurs en vue de commettre des tortures ou des actes de barbarie".

Mais pour l'instant, selon une source proche du dossier, le parquet national antiterroriste (Pnat), compétent en matière de crimes contre l'humanité, n'a pas élargi l'information judiciaire à ces faits. Il a expliqué à l'AFP qu'il se positionnerait "par rapport à ces infractions au regard des investigations qui sont en cours".

Nexa Technologies dément un contrat avec la Libye

Dans un communiqué, Nexa Technologies a démenti avoir "contracté, de quelque façon que ce soit, avec la Libye"

Elle a expliqué que c'était Advanced Systems, "société sœur de Nexa Technologies de droit émirati", qui avait signé en septembre 2020 "un contrat d’intermédiation avec plusieurs fabricants européens – sous condition suspensive de l’obtention de toutes les autorisations d’exportation (européennes, américaines et émiraties) –  et avec une autre société émiratie pour le ministère des télécommunications et de l’information de l’Est de la Libye". 

Un contrat dont la "finalité était +l’antiterrorisme et la lutte contre la criminalité organisée+, dans le strict respect des droits de l'Homme", a-t-elle précisé.

Mais "les autorisations d'exportation n’ayant pas été délivrées, ce contrat n'a pas pris effet" et l'acompte a été retourné au client, a indiqué Nexa, assurant que "l'ensemble des documents confirmant ces éléments" seraient communiqués à la justice.
 

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La France a-t-elle joué un double jeu avec l'Égypte ?  

L'affaire de Nexa Technologies en rappelle une autre. En partenariat avec le média d’investigation Disclose, "Complément d’enquête" a dévoilé le 23 novembre dernier le contenu de centaines de documents révélant comment l’Etat français aurait fourni au régime égyptien des informations utilisées pour commettre des crimes, au nom de l'intérêt commercial de la vente d'armes.

Dans ces documents classés "confidentiel défense", une mission secrète est dévoilée. Menée depuis 2016 par la France en Egypte, l'Hexagone avait pour mission de faire du renseignement à bord d’un avion équipé "d’un système d’interception de communication et d’une caméra au profit de l’armée égyptienne pour lutter contre le terrorisme", officiellement. En réalité, les militaires égyptiens utiliseraient les informations fournies par les Français pour exécuter des civils comme des petits trafiquants de cigarettes, de drogue, sans autre forme de procès.

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Reste que le ministère français des Armées a lui porté plainte mercredi 24 novembre pour "violation du secret de la défense nationale" après des révélations sur une opération antiterroriste française en Egypte qui servirait à des fins de répression interne.