El Shenawy, le dernier rempart d'Al-Ahly

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Mis à jour le
23 février 2021 à 07:02
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Après avoir tenté en vain d'y percer pendant sa jeunesse, Mohamed El Shenawy est revenu avec succès à Al-Ahly en 2016. Devenu incontournable avec les Diables Rouges comme avec les Pharaons, le gardien de but est au sommet de son art à l'âge de 32 ans. Coup de projecteur sur un talent encore méconnu.
Pour cause de Covid-19, la Confédération africaine de football n'a pas remis cette saison de trophées aux meilleurs joueurs africains. Mais si une telle cérémonie avait eu lieu, Mohamed El Shenawy aurait fait un sérieux prétendant pour le meilleur joueur interclubs de l'année. Grand artisan des titres décrochés par Al-Ahly, Ligue des Champions en tête, le gardien de but égyptien est au sommet de son art. Le récent Mondial des clubs, disputé au Qatar, en a apporté une nouvelle confirmation. Médaillés de bronze de l'épreuve, les Diables Rouges doivent une fière chandelle à leur dernier rempart, déterminant lors de la série de tirs au but décisive face aux Brésiliens de Palmeiras, en match de classement.

Al-Ahly lui rouvre la porte


Âgé de 32 ans, ce grand gabarit (1m91) n'a pourtant pas eu un parcours des plus rectilignes. Passé par Al-Ahly dans ses jeunes années, il quittera le club en 2008. Il n'a alors joué qu'un seul match officiel avec le géant cairote. Et encore était-ce une rencontre dépourvue de tout enjeu. Parti se relancer à El Gouna, El Shenawy s'y trouve en concurrence avec Sherif Ekramy, un autre futur international. De retour dans la capitale, le jeune portier s'engage à Tala'ea El Geish, avant d'être prêté successivement à El Entag El Harby, à Haras El Hodood, puis transféré au Petrojet FC. La chance de sa vie arrive en 2016 : attentifs aux bonnes performances d'El Shenawy, les dirigeants d'Al-Ahly font revenir le même joueur auquel ils avaient indiqué la porte huit ans plus tôt.

La chance a tourné pour Mohamed El Shenawy, qui va prendre une revanche sur son destin... et sur Sherif Ekramy. Celui qui lui avait barré la route à El Gouna garde alors les cages du Ahly. « MES » va prendre le dessus et le supplanter entre les perches du « club du siècle ». Depuis, la carrière du gardien de but est une réussite absolue, en club comme en équipe nationale, où il s'est imposé depuis 2018 et la Coupe du monde en Russie comme le numéro un incontournable. Pour Michel Iannacone, entraîneur des gardiens d'Al-Ahly, cette réussite ne doit rien au hasard. « Mohamed El Shenawy est non seulement un gardien de grand talent, mais aussi un très gros bosseur, qui cherche toujours à s’améliorer, salue le technicien belge. C’est quelqu’un qui travaille d’arrache-pied, avant et après les séances, qui fait très attention à lui, aux soins comme à la gym. Il recueille les fruits de ce sérieux. »

Un mental à toute épreuve


Sa réussite récente dans l'exercice des tirs au but en apporte une preuve. « Avant que j’arrive au Ahly, il arrêtait trop peu de penaltys. Depuis, il a changé sa façon de faire face au tireur, explique Michel Ianaccone. Il avait tendance à choisir trop vite son côté, à donner une indication trop tôt. Il retarde désormais ce moment au maximum. » Et de souligner le mental à toute épreuve du champion El Shenawy. « Beaucoup de gardiens de but sont très bons à l’entraînement mais ont du mal à réagir en match si quelque chose se passe mal. Cette capacité à se reconcentrer immédiatement dans cette situation, c’est pour moi ce qui fait la différence. Il dégage beaucoup de sérénité. Et il a un ascendant sur ses coéquipiers. Avant le match, à la mi-temps dans le vestiaire, il prend la parole et rassure ses partenaires. Il est assez calme mais sait faire passer un message. Il est à la hauteur de sa mission de capitaine. C’est vraiment quelqu’un qui sait parler quand il le faut. »

S'il n'est plus un perdreau de l'année, Mohamed El Shenawy a encore quelques belles saisons devant lui. Jusqu'où peut-il aller ? La réponse ne dépend que de lui, selon Michel Iannacone. « Nous en avons discuté tous les deux récemment, raconte le coach. Je lui ai dit qu’il avait mis la barre très haut, et qu’il fallait continuer à beaucoup travailler pour rester au sommet. Je lui ai dit qu’il pouvait devenir le Buffon ou le Neuer de l’Afrique. Et qu’est ce que ces deux géants ont toujours fait pour durer à un tel niveau ? Travailler, rester constamment exigeant avec eux-mêmes. Je crois qu’il a bien compris le message. Parce que sinon, si le joueur se dit qu’il a 'fait sa carrière', c’est le début des ennuis. » Visiblement, ils n'ont pas encore commencé pour Mohamed El Shenawy.