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Election présidentielle en Algérie : 22 candidats pour un scrutin largement contesté

Un manifestant à Alger le vendredi 4 octobre 2019. © AP Photo/Toufik Doudou

22 personnalités ont déposé leur candidature à la présidentielle algérienne du 12 décembre 2019. Les dossiers doivent encore être validés. Si le FLN ne présente aucun candidat, une bonne partie d’entre eux est, ou a été lié, au parti au pouvoir depuis l’indépendance en 1962. L’opposition "réelle" boycotte quant à elle cette élection toujours rejetée par les Algériens qui manifestent depuis février 2019 pour demander un changement de système.

C’est un scrutin à marche forcée. L’opposition qui manifeste dans la rue depuis février 2019 ne veut pas d’une présidentielle organisée par un pouvoir qu’elle rejette en bloc. Faute de candidats, une première élection prévue en juillet dernier a été annulée. Auparavant, la présidentielle d’avril avait elle aussi été reportée. La candidature du sortant Abdelaziz Bouteflika avait alors déclenché la vague inédite et historique de manifestations.
Mais cette fois, l’armée ne semble pas vouloir reculer malgré les protestations du Hirak, le mouvement contestataire.

Ils sont donc 22 à vouloir se lancer dans la course. 22 hommes. Tous ne seront pas forcément candidat. Leur dossier déposé à l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) va être épluché au cours des prochains jours. Il s’agira notamment de voir s’ils ont recueilli les 50000 signatures exigées. Les dossiers rescapés seront ensuite transmis à la Cour constitutionnelle qui aura une semaine pour valider la liste définitive.

L'opposition absente

Alors qui trouve-t-on parmi ces candidats ? Des hommes donc. Uniquement des hommes. Aucun représentant d’une opposition réelle. Cette dernière a en effet décidé de boycotter le scrutin. Regroupée au sein de l’Alternative démocratique, l’opposition défend la mise en place d’un processus constituant, en clair, une remise à plat des institutions et du fonctionnement du pays. L’organisation dès à présent d’une élection présidentielle ne va pas dans le sens d’un “changement de système” défendu par l’opposition et la rue.

Des candidats en lice, il ne faut donc a priori pas attendre la révolution souhaitée par les tenants d’un grand ménage. D’autant que, comme le signale le quotidien d’opposition El Watan, “en dehors des personnalités sans ancrage politique et des inconnus, il s’agit beaucoup plus, pour les plus en vue d’entre eux, d’anciens ministres ou courtisans de l’ancien chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika”. Parmi eux, en effet, deux anciens Premiers ministres.

Abdeladjid Tebboune, 73 ans, ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle algérienne du 12 décembre 2019.
Abdeladjid Tebboune, 73 ans, ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle algérienne du 12 décembre 2019.
© AP Photo/Sidali Djarboub, File

Abdeladjid Tebboune tout d’abord. A 73 ans, il a été plusieurs fois ministres puis chef du gouvernement quelques mois en 2017. Si le FLN ne présente pas de candidat, c’est néanmoins à Tebboune que le parti au pouvoir depuis l’indépendance pourrait apporter son soutien. “Si on devait choisir un candidat, il n’y a pas de doute que ce sera Abdelmajid Tebboune”, dit aujourd’hui le responsable de la communication du FLN dans les colonnes du journal Le Soir Algérie. Tebboune a d’ailleurs toujours sa carte du parti… Ce n’est pas le cas d’un autre ancien Premier ministre également candidat, Ali Benflis, 75 ans, sous les couleurs du parti qu’il a créé en 2015, Talaie El Houriat. Aux commandes du gouvernement de 2000 à 2003, il s’est éloigné du président Bouteflika en se présentant contre lui en 2004, puis à nouveau en 2014. Deux élections auxquelles il est arrivé deuxième, mais loin derrière le président sortant et “triomphalement” réélu, au pouvoir pendant deux décennies. 

Des proches du pouvoir et des "lièvres"

D’autres anciens proches du pouvoir sont aussi dans la course. Azzedine Mihoubi a été ministre de la culture de 2015 à 2019 durant le 4e mandat de Bouteflika. Belkacem Sahli, pour sa part, préside l’Alliance nationale républicaine, parti fondé par un ancien ministre FLN, Redha Malek. Belkacem Sahli avait même défendu la candidature de Bouteflika pour un 5e mandat, le déclencheur de la protestation. Lors de l’annonce de sa candidature, en septembre, son parti l’ANR expliquait qu’il était “important d’aller vers les réformes et la stabilité” et que seules les élections le permettraient.

Ali Benflis en 2018. Aux présidentielles de 2004 et 2014, l'ancien Premier ministre est arrivé en seconde position derrière Abdelaziz Bouteflika.
Ali Benflis en 2018. Aux présidentielles de 2004 et 2014, l'ancien Premier ministre est arrivé en seconde position derrière Abdelaziz Bouteflika.
© AP Photo/Anis Belghoul, File

Si un ancien ministre du tourisme, Abdelkader Bengrina, a lui aussi présenté sa candidature, les autres sont quant à eux de parfaits inconnus, des candidats qualifiés de “lièvres” dans la presse algéroise, dont la candidature ne sert qu’à donner l’impression d’une élection pluraliste et pléthorique. 

Une certitude, aucun candidat n’incarne une véritable rupture avec le système contre lequel se mobilise la rue algérienne depuis plus de neuf mois. Comme l’écrit le site d’information TSA dans un éditorial désabusé : “Difficile de convaincre que l’élection à venir est celle qui consacrera la rupture avec la gouvernance de Bouteflika quand on voit les états de service de ceux qui prétendent à sa succession (...) Continuer à l’ignorer en misant le fait accompli et la résignation de tous, c’est prendre le risque de compliquer davantage la crise à défaut de la régler. Car si Bouteflika s’était permis de gouverner tout en étant mal élu, c’est principalement parce qu’il n’a pas fait face à des contestations post-électorales. Or, au lendemain du 12 décembre, le peuple ne risque pas de sortir dans la rue, il y est déjà…

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