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En Guinée, le FNDC annonce la reprise des manifestations : "Nous n'avons besoin de la permission d'aucune autorité"

Le Président guinéen Alpha Conde après une réunion avec le Secrétaire d'État Mike Pompeo, à Washungton, en septembre 2019.
  (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

À un mois de l’élection présidentielle en Guinée, le Front national de défense de la Constitution (FNDC) annonce la reprise des manifestations contre la candidature d’Alpha Condé, et ce malgré l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes. Lundi 14 septembre, Cellou Dalein Diallo, président de l'UFDG a annoncé sa candidature, créant ainsi une scission au sein de la coalition d’opposition. 

“Nous avons mis fin à la trêve, nous avons appelé tous les militants, sympathisants du pays afin qu’ils se mobilisent massivement dans les rues de Conakry, à partir du 29 septembre 2020 pour exiger le départ de M. Alpha Condé pour haute trahison”. Les mots sont de Sekou Koundouno, responsable de la stratégie du collectif FNDC, qui mobilise des milliers de Guinéens, depuis octobre 2019, contre un éventuel troisième mandat de M. Condé, 82 ans, élu en 2010 puis réélu en 2015. La contestation a donné lieu à des heurts et a été plusieurs fois sévèrement réprimée. Des dizaines de civils ont été tués.

Une reprise des manifestations malgré l'interdiction

Quelques heures avant l'annonce des nouvelles marches du FNDC, le président a prolongé d'un mois l'état d'urgence sanitaire en raison du Covid-19 pour lequel la Guinée a déclaré officiellement 10.111 cas de contamination et 63 décès.

L'état d'urgence a été ordonné le 26 mars et reconduit depuis. Il s'est traduit par des dispositions comme la fermeture des frontières et des écoles, qui ont depuis été levées ou allégées, mais aussi par des restrictions à la vie publique et aux rassemblements.

Il permet donc au chef de l'Etat guinéen de maintenir des mesures exceptionnelles dont l'interdiction des rassemblements, limités à 100 personnes. Les manifestations annoncées mercredi 16 septembre risquent donc d'être déclarées illégales, ce qui n’empêche pas la mobilisation du FNDC.

“Nous n’avons besoin de la permission ou de l’autorisation d’aucune autorité. M. Alpha Condé et son clan mafieux ont mobilisé des foules à longueur de journée, à Conakry et en province, pour ses meetings”, affirme Sekou Koundouno. “Malgré la pandémie de Covid-19,  ils sont en train de mobiliser des milliers de Guinéens. Nous allons battre le pavé et nous n’avons besoin de la permission de quiconque dans ce pays”.

Les défenseurs des droits humains et l'opposition ont accusé les autorités de se servir de la pandémie du coronavirus comme prétexte pour réprimer la contestation dans une année électorale chargée, culminant avec cette présidentielle.

Le principal parti d'opposition, l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a également organisé sans encombre le 7 septembre la convention d'investiture de son candidat, l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo. La candidature de M. Diallo a provoqué des fissures dans les rangs du FNDC, qui se sont traduites par la mise à l'écart de M. Diallo. 

La candidature qui fâche

Questionné sur cette exclusion, Sekou Koundouno, refuse de commenter mais tient à rappeler les règles de fonctionnement du collectif : “Le FNDC a décidé de mettre de côté tous ceux qui prennent part à cette mascarade qu’est ce coup d’état constitutionnel. [...] Il y a des principes au FNDC. On ne peut pas vouloir la démocratie et ne pas respecter nous-mêmes nos engagements. La règle s’applique à quiconque faillit au principe général”.

Exclusion ou retrait, c'est en tout cas un évènement susceptible de changer la donne avant une élection jugée à risques, tant la contestation a été vive depuis un an. Il survient à l'approche de l'ultime ligne droite, le jour même où la Cour constitutionnelle a validé 12 des 13 candidatures déposées, dont celle de M. Condé et de M. Diallo, qui passe pour son principal challenger.

Pour Sekou Koundouno, la lutte du FNDC porte uniquement sur la candidature du président sortant, Alpha Condé. “Ce qui est certain c’est que nous userons de tous les moyens pour se débarrasser de M. Alpha Condé avant le 18 octobre. À défaut, le combat continuera tant qu’il ne rendra pas le pouvoir au peuple guinéen”, détaille-t-il.
Porté par une crainte de voir un régime non démocratique s’installer en Guinée, empêchant le pays selon lui de “trouver une vraie stabilité politique”, Sekou Koundouno est prêt à tout : “On ne peut pas permettre de voir une monarchie s’installer en Guinée. On ne veut pas se laisser entraîner dans un régime de pouvoir à vie par une bande de gangsters”.

En déclarant se lancer dans la course présidentielle, l'ancien Premier ministre (2004-2006), dimanche 13 septembre, Cellou Dalein Diallo a mis à mal la cohésion de la contestation. Comme le FNDC, M. Diallo avait boycotté en mars les législatives et le référendum constitutionnel qui a préparé le terrain à la candidature de M. Condé. Il y a perdu son siège de député et le statut de chef de l'opposition parlementaire.

Mais, arrivé en tête du premier tour de la présidentielle de 2010 et battu au second par M. Condé, il s'annonce comme le futur finaliste du scrutin face au chef de l'Etat sortant. M. Diallo a dit dimanche 13 septembre avoir dû trancher un "dilemme" entre boycotter ou participer, malgré une "Constitution falsifiée (...) un fichier électoral tronqué et taillé sur mesure, une commission électorale et une Cour constitutionnelle totalement inféodées à Alpha Condé". Mais "pour accéder au pouvoir, il faut participer à des élections", a-t-il expliqué.

Pour Sekou Koundouno, le FNDC "n’a aucun problème avec la tenue du scrutin". Il estime également que la Guinée a "toutes les richesses qu’il faut pour être un pays émergent mais nous sommes entourés de dirigeants véreux, qui n’ont aucun respect pour les principes démocratiques".

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