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En République centrafricaine, les errements de l'ONU sur les accusations de viols

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Le quotidien français Le Monde révèle ce mardi 19 novembre 2019 un rapport confidentiel des Nations unies sur les viols commis par des Casques bleus sur des Centrafricaines. Le document accablant révèle les errements et le bâclage de l'enquête menée à Dékoa dans le centre de la République centrafricaine.

C’est une enquête sur l’enquête. “Un travail d’autocritique extrêmement sévère”, considère le quotidien français Le Monde qui en dévoile le contenu. Comment les Nations unies ont-elles traité les accusations de viols de civils portées contre des Casques bleus gabonais et burundais ?

Pour comprendre, il convient de prendre le dossier de manière chronologique. A chaque étape, son dysfonctionnement.
Tout commence en décembre 2015. Une ONG américaine, International Rescue Committee (IRC) présente à Dékoa, dans le centre de la République centrafricaine, signale avoir reçu des témoignages mettant en cause des Casques bleus burundais et des soldats français de l’opération Sangaris accusés de violences sexuelles contre des femmes et des mineurs. 

L’ONG alerte l’UNICEF, la branche de l’ONU en charge de l’enfance, qui envoie une équipe sur place pour y mener des entretiens. Premier dysfonctionnement pointé dans le rapport confidentiel et souligné par les journalistes du Monde, ce n’est pas à l’UNICEF d’enquêter sur de telles accusations. Il faudra trois mois à la Minusca pour être informée de l’enquête en cours. Et ce qu’elle découvre constitue un deuxième dysfonctionnement. Selon le rapport, l’enquête de l’UNICEF est non seulement incomplète mais aussi fausse sur certains points.
L’OIOS, le Bureau onusien des services de contrôle interne, hérite uniquement “de notes manuscrites et d’un tableau Excel mentionnant, pour 98 victimes, des informations parcellaires”. L’OIOS reprend le dossier en main (437 auditions en un peu plus de quatre mois), mais, à son tour multiplie les bourdes. Travail mal préparé, voire pas du tout, mais aussi des propos plus que maladroits tenus lors d’entretiens avec des victimes présumées. Le Monde rapporte ainsi, qu’au cours d’un entretien, il a été demandé à une témoin relatant des “rapports sexuels avec des chiens” imposés à des femmes par des soldats français, “si elles l’avaient fait volontairement”. A une autre décrivant comme un soldat l’avait violée, un enquêteur a demandé : “est-ce que vous l’aimiez ?”. “Inapproprié”, “non pertinent” et “humiliant”, ainsi sont qualifiés les entretiens menés par l’OIOS dans le rapport confidentiel.

La qualité des témoignages recueillis est également mise en cause. Outre les failles de communication entre l’OIOS et les pays d’origine des Casques bleus mis en cause, il sembe que les enquêteurs n’aient pas tenu compte de certains biais comme la corruption de témoins.

Le rapport confidentiel pointe enfin un dysfonctionnement lié aux échantillons ADN prélevés sur les victimes présumées. Stockés en pleine chaleur, “la plupart étaient déjà pourris” lorsqu’ils ont été envoyés à Nairobi au Kenya pour analyse.

Cette enquête pour le moins douteuse conclura à l’identification de 137 victimes, 49 adultes et 78 enfants. Les cas impliquant des soldats gabonais sont toujours en attente. Toujours selon Le Monde, les cas burundais ont été requalifiés en “fraternisation”, en clair relations sexuelles avec des civils, interdites aux soldats engagés dans des mission de maintien de la paix.

Pour expliquer ces manquements, l’ONU, interrogée par le quotidien français, affirme seulement “renforcer sa réponse à l’exploitation et aux abus sexuels en République centrafricaine”, mais se refuse à commenter l’audit de l’enquête menée à Dékoa.

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