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Espérance-Wydad, questions sur un fiasco

La finale retour de la Ligue des Champions entre l'Espérance de Tunis et le Wydad Casablanca s'est achevée dans une confusion inimaginable vendredi (ou plutôt samedi matin) à Radès. Arrêtée après une heure de jeu, la partie n'a pu aller à son terme : les joueurs marocains n'ont pas voulu reprendre suite au dysfonctionnement du VAR. La victoire de l'Espérance paraît bien anecdotique, en attendant une réunion d'urgence du comité exécutif de la Confédération africaine, mardi. Le point sur le dossier.

Comment en est-on arrivé là ?


61 minutes. C'est le temps qu'aura duré la manche retour de la finale de la Ligue des Champions entre l'Espérance de Tunis et le Wydad Casablanca, vendredi soir (et samedi matin) à Radès. La suite, on la connaît. Furieux de ne pas voir l'arbitre de la rencontre, le Gambien Bakary Gassama, consulter le VAR après avoir refusé un but qui paraissait valable, les joueurs du Wydad refusent de reprendre la partie. 90 minutes de confusion plus tard, l'arbitre fait revenir les 22 acteurs de la rencontre sur le terrain et siffle la fin de la partie. L'Espérance se voit ensuite remettre le trophée, que les Sang et Or avaient déjà remporté fin 2018. Cette édition de transition, disputée en hiver et au printemps dans un souci d'alignement sur le calendrier européen, s'achève donc dans le chaos. Mais le ver était dans le fruit dès la manche aller, achevée la semaine précédente sur un score nul (1-1). Cette nuit-là, Gehad Grisha refuse un but puis un penalty aux Marocains après consultation du VAR. Le premier pour une main qui a, selon lui, avantagé le Wydad dans la surface adverse, le second parce qu'au contraire les images vidéo ne permettaient pas, en son âme et conscience, d'avoir la certitude d'une main espérantiste. Dans les heures suivant la rencontre, la Fédération marocaine de football avait saisi la CAF. Celle-ci avait donné une suite rapide à cette requête en suspendant pour une durée de six mois l'arbitre égyptien, au motif d'une "mauvaise performance". Cette décision, expéditive et mal étayée, va peser lourd dans le pourrissement de l'entre-deux-matchs, les deux équipes et leurs supporters se renvoyant des accusations à la figure, l'Espérance laissant par exemple filtrer un courrier envoyé au moment de la désignation des arbitres de la manche retour afin d'obtenir leur récusation par la CAF.

Que dit le règlement en cas de dysfonctionnement du VAR ?


En vain. Bakary Gassama, assisté notamment du controversé Zambien Janny Sikazwe, est bien au sifflet quand débute à Radès la demi-finale retour, vendredi en toute fin de soirée. Sur les réseaux sociaux, ce qui n'est encore qu'un bruit commence à courir : le VAR, le système d'assistance vidéo à l'arbitrage, serait défectueux. Les deux équipes en ont-elles été avisées ? Les avis divergent à ce sujet, la réponse est oui pour les Tunisiens et non pour les Marocains. Une chose est certaine : la Confédération africaine de football n'a publié aucun communiqué avant le coup d'envoi pour en aviser le public et les parties concernées. Est-ce à dire que, jusqu'au dernier moment, les organisateurs ont espéré trouver une solution ? Il semble que ce soit le cas. Dans un courrier envoyé le jour du match, les dirigeants de la société Hawk-Eye, prestataire chargé du VAR, expliquent qu'une série de contre-temps et d'erreurs ont empêché la livraison du "kit" complet en temps et en heure, mais disent travailler sur un plan B de dernière minute. Le temps a visiblement manqué. Si le VAR n'était pas fonctionnel au moment du coup d'envoi, la partie devait-elle débuter ? Le règlement ne prévoit en tout cas pas de report. Dans le manuel du VAR, publié par l'International Board qui régit les lois du jeu, il est bien stipulé qu’un match ne peut être invalidé à cause d’un mauvais fonctionnement de la technologie du VAR (comme pour la goal line technology), d’une mauvaise décision découlant du VAR, d’une décision de ne pas revoir un fait de jeu, ou enfin d’un visionnage d’une situation qui n’aurait pas dû être revue.

Que peut faire la CAF maintenant ?


Sans prendre le temps de la réflexion, la Confédération africaine de football a annoncé dans un bref communiqué la tenue pour mardi d'un "comité exécutif d’urgence" afin de "débattre des issues réglementaires à réserver à cette rencontre". Que va-t-il se décider au cours de cette réunion, qui se tiendra en marge de celle déjà prévue à la même date, à Paris, dans la cadre de la préparation au 69eme congrès de la FIFA ? De quelles "issues réglementaires" peut-il s'agir ? Bien malin est celui qui pourra le dire. La remise du trophée à l'Espérance de Tunis paraît devoir empêcher la possibilité de rejouer le match, que la Fédération marocaine compte demander. Une telle décision enverrait un mauvais signal en créant un précédent. Le WAC Casablanca doit-il s'attendre à des sanctions pour avoir refusé de reprendre la partie, alors qu'il restait près de trente minutes à jouer ? La société prestataire du kit d'assistance vidéo va-t-elle être remerciée ? Enfin, la CAF elle-même peut-elle faire l'économie d'un examen lucide de sa manière d'organiser une compétition qui se présente comme son vaisseau amiral et a tourné cette année au fiasco ? En attendant de connaître éventuellement les réponses à toutes ces questions, le Wydad Casablanca, soutenu par la Fédération marocaine de football, a fait part de son intention de porter l'affaire devant le Tribunal arbitral du sport, déjà saisi par les Comores de la non-disqualification du Cameroun. Deux ans et deux mois après l'élection à sa présidence du Malgache Ahmad, la Confédération africaine de football multiplie les mauvais coups de pub. Jusqu'à quand ?

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