Éthiopie : des crimes de guerre et contre l'humanité probablement commis au Tigré

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Des femmes se disputent des pois cassés distribués par une ONG en mai 2021, à Agula au Tigré (Ethiopie). déclare Kaari Betty Murungi, présidente de la Commission d'enquête pour le conseil des droits de l'homme de l'ONU.
 
© Ben Curtis / AP
Mis à jour le
19 septembre 2022 à 22:18
par TV5MONDE AFP

Un rapport destiné au Conseil des droits de l’homme de l’ONU montre que des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité ont probablement été commis durant le conflit qui déchire l'Éthiopie depuis fin 2020.

La Commission de trois experts qui a rédigé le rapport "a des motifs raisonnables de penser que, dans plusieurs cas, les violations (contre les droits fondamentaux, ndlr) correspondent à des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité".

"La Commission est profondément troublée par ce qu'elle a découvert parce que cela reflète une profonde polarisation et haine entre ethnies en Éthiopie", conclut le rapport. "Cela a créé un cycle inquiétant de violence extrême à laquelle répondent des représailles, ce qui augmente encore le risque imminent de nouvelles atrocités, encore plus graves", s'inquiètent les experts.

Crimes contre l’humanité au Tigré

Le conflit a éclaté début novembre 2020 quand le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed a lancé une offensive contre les rebelles tigréens du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) contrôlant cette région du nord de l'Éthiopie.

Voir : Éthiopie : un documentaire montre la réalité de la catastrophe humanitaire au Tigré

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Sollicités par l'AFP, ni le gouvernement fédéral ni le TPLF n'ont réagi dans l'immédiat.

La reprise des combats dans le nord du pays, le 24 août, a fait voler en éclats cinq mois de trêve.

Les experts soulignent la situation catastrophique au Tigré. Dans cette région, le gouvernement fédéral et ses alliés ont refusé à environ six millions de personnes l'accès aux services de base pendant plus d'un an. De sévères restrictions à l'accès humanitaire ont laissé 90% de la population avec un besoin urgent d'assistance.

Voir : Éthiopie : retour sur le conflit entre armée et rebelles du Tigré

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Le rapport indique qu'il existe "des motifs raisonnables de croire que le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux alliés (principalement l'Erythrée, ndlr) ont commis et continuent de commettre des crimes contre l'humanité pour des motifs ethniques et d'autres actes inhumains".

Ils "causent intentionnellement de grandes souffrances", en restreignant l'aide humanitaire au Tigré, selon le rapport.

La présidente de la Commission, Kaari Betty Murungi, a décrit la crise humanitaire au Tigré comme "choquante, tant dans ses dimensions que sa durée".

"Le refus et l'obstruction généralisés de l'accès aux services de base, à la nourriture, aux soins de santé et à l'aide humanitaire ont un impact dévastateur sur la population civile, et nous avons des motifs raisonnables de croire que cela équivaut à un crime contre l'humanité", déclare la présidente de la Commission.

"Nous avons également des motifs raisonnables de croire que le gouvernement fédéral utilise la famine comme méthode de guerre", ajoute-t-elle, appelant le gouvernement à "rétablir immédiatement les services de base et à garantir un accès humanitaire sans entraves".

Kaari Murungi a également appelé les forces tigréennes à "veiller à ce que les agences humanitaires puissent opérer sans entrave".

Des exactions dénoncées par les autorités du Tigré

Les autorités du Tigré "ont toujours assuré" que le gouvernement éthiopien était responsable de crimes contre l'humanité, a déclaré ce 19 septembre Getachew Reda, un porte-parole du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). 

Évoquant "une profonde polarisation et haine entre ethnies en Éthiopie", les experts estime que "cela a créé un cycle inquiétant de violence extrême à laquelle répondent des représailles, ce qui augmente encore le risque imminent de nouvelles atrocités, encore plus graves".

Le porte-parole du TPLF s'est dit d'accord avec "la plupart" des conclusions du rapport, sans plus de détails.

De son côté, la présidente de la Commission a appelé les forces tigréennes à "veiller à ce que les agences humanitaires puissent opérer sans entrave".
Que les auteurs des exactions soient jugés

La Commission - qui a aussi détaillé les nombreuses entraves qui ont limité son enquête sur place, de l'interdiction de quitter Addis Abeba au manque de moyens - a été établie pour un an le 17 décembre 2021, pour mener une enquête approfondie et indépendante sur les accusations de violations répétées des droits humains.

Dans toute une série de recommandations, elle demande au gouvernement fédéral mais aussi aux autorités érythréennes et tigréennes de faire en sorte que les auteurs des exactions soient jugés.

Elle exhorte les instances internationales et régionales à "prendre les mesures qui permettront de restaurer la paix, la stabilité et la sécurité et éviter de nouvelles violations" des droits humains.

Les auteurs du rapport demandent aussi au Haut Commissariat des droits de l'homme de l'ONU de surveiller constamment la situation et de continuer à appeler les parties au conflit à respecter le droit humanitaire international, les droits de l'homme et les droits des réfugiés.