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Fédération ivoirienne de football : l’imbroglio Didier Drogba

Didier Drogba, ici, au circuit de Monza en septembre 2019, à l'occasion du Grand Prix de Formule 1 en Italie. (AP Photo/Luca Bruno)

La campagne pour la présidence de la Fédération ivoirienne de football de Didier Drogba, l’ancien capitaine emblématique des Eléphants, n’a pas connu le succès escompté. Pourtant, l’aura du personnage reste intacte au pays. Le candidat paierait-il des erreurs commises au cours d’une campagne considérée comme trop timide ?

Les élections cristallisent décidément l’attention en Côte d’Ivoire cet été. Outre la désignation des candidats au futur scrutin présidentiel, c’est la nomination du futur patron de la Fédération ivoirienne de football (FIF) qui anime le débat public.

En lice, trois candidats, parmi lesquels Didier Drogba, légende des Eléphants et ancien avant-centre mythique des Blues de Chelsea. C’est justement autour de sa personne qu’est né l’imbroglio qui déstabilise l’instance footballistique du pays.

Face à lui, d’un côté, Sory Diabaté, postulant aux deux casquettes, occupant conjointement les postes de vice-président de la FIF chargé de la commission technique et du développement de l’institution et de président de la Ligue Professionnelle de Football (LFP). De l’autre, Idriss Diallo, vice-président de « la maison de verre » (surnom de la FIF) chargé du marketing et de la promotion.

Didier Drogba lâché par les siens

Pour pouvoir prétendre à la succession d’Augustin Sidy Diallo, dont le nom du vainqueur sera promulgué le 5 septembre prochain, chacun des aspirants doit impérativement récolter le soutien d’au moins un des cinq groupes d’intérêt distribuant les parrainages, à savoir, l’Association des footballeurs ivoiriens (AFI), celle des entraîneurs, des anciens joueurs, l’Amicale des arbitres et l’Association des médecins du football.

Et c’est là que le bât blesse pour Didier Drogba. Aucun n’a porté son choix sur l’ancien Marseillais. Pas même l’AFI dont il est membre et cofondateur aux côtés de Cyril Domoraud, actuel dirigeant, qui a également porté les couleurs de l’OM à la fin des années 90.

Celui-ci s’en était d’ailleurs défendu au micro de Life TV, une nouvelle chaîne privée lancée fin juin en Côte d’Ivoire. « Il y a trois ans, je suis allé voir Didier Drogba avant le combat du GX (groupe d’opposition à l’ancienne direction de la FIF et soutien du candidat Idriss Diallo). Je lui ai dit que nous footballeurs et certains clubs souhaitions qu’il soit notre candidat à l’élection de la présidence de la FIF. Didier m’a dit non. Alors, nous avons continué notre démarche. Et à quelques semaines de l’annonce de Sidi Diallo de se retirer de la course, j’ai à nouveau rencontré Drogba. Il me dit qu’il est candidat. C’était trop tard »

S’en suit un flot de critiques et d’insultes adressées par les pro-Drogba sur les réseaux sociaux à l’encontre de Cyril Domoraud, accusé de "lèse-Drogba" au lendemain de la décision de l’AFI.

Ingérence mal perçue

Le 23 juillet dernier, premier coup de théâtre. La Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels (FIFpro) suspend les prérogatives de l’AFI, au motif que sa « décision inique marque une rupture flagrante du contrat moral, qui lie tous les membres de la FIFpro à leurs associations faîtières […] »

Bien qu’il ne faille pas forcément y voir une influence directe de Didier Drogba, son nom y est désormais mêlé. « Cette forme d’ingérence de la FIFpro a choqué au pays », confirme Fernand Dedeh, journaliste ivoirien, ancien chef des sports à la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI).

Puis, au cours des jours suivants, un groupe de dissidents au sein de l’Amicale des arbitres annonce son soutien à  Didier Drogba, en contradiction avec le vote officiel du bureau exécutif accordé à Sory Diabaté. Un second avis finalement non pris en compte par la FIF.

« Le principal adversaire de Didier, c’est Drogba »

Comment expliquer cette désillusion tant il représente une icône pour les siens ? D’aucuns avancent l’argument d’une campagne jugée trop molle durant laquelle, celui qui s’est retiré des terrains fin 2018, aurait peut-être, présomptueusement, un peu trop tablé sur son aura.

Fernand Dedeh est de ceux-là. « Ce n’est pas le suffrage universel. Didier Drogba devait convaincre ses anciens coéquipiers. Le non-soutien de l’AFI a été un gros coup dur pour lui, confirme ce fin connaisseur du football ivoirien, qui pointe avant tout une stratégie cahoteuse. L’annonce de sa candidature dans la presse occidentale avant d’en aviser la presse locale a été très mal perçue. Le fait qu’il n’ait pas su juguler la foire d’insultes de ses partisans sur les réseaux sociaux, à chaque fois qu’est apparue une voix discordante, lui a aussi causé du tort. Le principal adversaire de Didier, c’est Drogba. »

Ses récentes tentatives d’apaisement sont intervenues trop tardivement. « Le mal était déjà fait, selon l’observateur, qui balaie par la même la théorie d’une quelconque implication politique. Auquel cas, Didier Drogba serait avantagé. »

Une pression visible ou invisible pèsera sur le prochain président de la FIF. Quel qu’il soit, l’ombre de Didier Drogba planera autour de lui. Pour moi, il a déjà gagné le pari sur l’avenir.

Fernand Dedeh, journaliste ivoirien

En outre, certains lui reprochent une présence trop rare au pays pour légitimer une intronisation à de telles responsabilités, le prétendant n’ayant été que très peu aperçu au bord des terrains de Ligue 1 ivoirienne.

Enfin, le cas de l’Africa Sports, grand club à deux têtes dirigeantes, où le choix du candidat a là aussi créé des dissensions, vient encore noircir le tableau.

La population toujours sous le charme

De quoi sonner le glas des velléités du néophyte ? Pas nécessairement, tant le personnage demeure prophète en son pays. « Les gens continuent de beaucoup l’apprécier et souhaitent lui renvoyer l’ascenseur concernant la joie qu’il a procurée en tant que joueur, corrobore M. Dedeh. Il est aussi le premier grand footballeur à vouloir s’impliquer de la sorte. »

L’admiration que la population lui voue pourrait une nouvelle fois l’emmener au sommet. « Une pression visible ou invisible pèsera sur le prochain président de la FIF. Quel qu’il soit, l’ombre de Didier Drogba planera autour de lui. Pour moi, il a déjà gagné le pari sur l’avenir. »

Du reste, à la lecture des événements et en attendant le dépôt des candidatures le 31 juillet, auquel Didier Drogba n’a pas officiellement renoncé, « Sory Diabaté part légèrement favori, talonné de près par Idriss Diallo », avance prudemment Fernand Dedeh.

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