G5 Sahel : Emmanuel Macron veut faire tomber les groupes liés à Al-Qaïda et maintient les effectifs de Barkhane

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G5 Sahel : Emmanuel Macron veut faire tomber les groupes liés à Al-Qaïda et maintient les effectifs de Barkhane (1)
Le président français Emmanuel Macron prononce son discours à l'issue d'une réunion par vidéoconférence avec les dirigeants du G5 Sahel mardi 16 février 2021 à Paris.
© AP / Francois Mori, Pool
Mis à jour le
16 février 2021 à 19:48
par TV5MONDE avec AFP
Lors du sommet consacré au G5 Sahel à N'Djamena au Tchad, le président français Emmanuel Macron a appelé mardi à "décapiter" les groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda qui constituent toujours une menace au Sahel. Il a aussi assuré que la France ne comptait pas réduire "dans l'immédiat" les effectifs de son opération antidjihadiste Barkhane.

"Des évolutions sans doute significatives seront apportées à notre dispositif militaire au Sahel en temps voulu mais elles n'interviendront pas dans l'immédiat", a déclaré Emmanuel Macron.

"Un retrait français, retirer massivement les hommes, qui est un schéma que j'ai étudié, serait une erreur", a-t-il ajouté. M. Macron participait, en visioconférence depuis Paris, à un sommet sur le G5 Sahel réunissant lundi et mardi à N'Djamena cinq pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie et Tchad). Le but de ce sommet est de dresser un bilan des actions menées depuis le sommet de Pau il y a un an.

Paris envisageait il y a encore quelques semaines d'amorcer un retrait dès ce début d'année en rappelant les 600 soldats envoyés en renfort au Sahel il y a un an. L'opération antidjihadiste française Barkhane mobilise actuellement 5.100 soldats.

Emmanuel Macron a estimé qu'"il serait paradoxal d'affaiblir notre dispositif au moment où nous disposons d'un alignement politique et militaire favorable à la réalisation de nos objectifs" lors d'une conférence de presse après le sommet, dont l'intégralité est disponible sur le compte Twitter du locataire de l'Élysée.

Le président français a cependant ouvert la voie à une baisse progressive de la présence militaire française. "Dans la durée et au-delà de l'été, je souhaite qu'on travaille avec nos partenaires pour une évolution de notre présence", ininterrompue depuis huit ans au Sahel, a-t-il insisté.

En dépit des succès tactiques revendiqués, le tableau demeure très sombre au Sahel. Plus de huit ans après le début, dans le nord du Mali, d'une crise sécuritaire qui continue à étendre ses métastases à la sous-région, quasiment pas un jour ne passe au Mali, au Burkina Faso et au Niger sans une attaque. La barre des deux millions de déplacés a été franchie en janvier.

Depuis le sommet de Pau, où Paris avait désigné l'organisation Etat islamique au grand Sahara (EIGS) "ennemi numéro 1" dans la région, "nous avons réussi à obtenir de véritables résultats dans la zone des trois frontières", entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, et l'EIGS "a perdu son emprise et subit de nombreuses pertes", a fait valoir le président français.

Un sommet "avant l'été"

Mais les organisations affiliées à Al-Qaïda regroupées au sein du GSIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) continuent de revendiquer de multiples attaques, a souligné M. Macron, en promettant "une action renforcée" pour "essayer d'aller décapiter ces organisations", "dont la plus haute hiérarchie continue à nourrir un agenda djihadiste".

Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa, cibles prioritaires pour Paris

 

En 2017, plusieurs groupes se sont unis sous la même bannière du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM ou Jnim selon son acronyme arabe): Ansar Dine (créé en 2012 par Iyad Ag Ghaly), la katiba Macina (créée par Amadou Koufa en 2015, et Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi, dirigé par l'Algérien Droukdal jusqu'à sa mort en juin 2020 sous le feu de l'armée française et dont l'actuel chef est une figure du djihad algérien, Abou Oubaïda Youssef al-Annabi).

"Iyad Ag Ghaly incarne la stratégie d'Al-Qaïda au Sahel. Ce n'est pas un homme qui pense le terrorisme, c'est un homme qui le pratique au quotidien. [...] Il n'hésite pas à prendre lui-même les armes", a souligné le 1er février Bernard Emié, le patron du renseignement extérieur français, dans une rare intervention publique.

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Le prédicateur peul Amadou Koufa est certes "subordonné" à Ag Ghaly, mais il n'a cessé de prendre de l'importance depuis la création de sa katiba Macina en 2015. Il capitalise sur les anciens antagonismes liés à la terre pour embrigader à tour de bras dans le centre du Mali ces dernières années.

Koufa avait été donné pour mort fin 2018 par Paris et Bamako après une opération militaire française, avant qu'Aqmi ne démente sa mort et qu'il réapparaisse dans une vidéo quelques mois plus tard.

De son côté, le Mali s'était dit prêt courant 2020 à ouvrir des canaux de discussion avec ces groupes affiliés à Al-Qaïda, dont la katiba Macina. Des émissaires ont été envoyés vers Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa, deux figures du GSIM, nébuleuse djihadiste liée à Al-Qaïda responsable de nombreuses attaques.

Très peu d'informations ont filtré sur ces contacts jusqu'au renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020. Les militaires, qui ont depuis lors mis en place une transition censée rendre le pouvoir aux civils dans un délai de 18 mois, ont affiché leur volonté de donner un nouveau départ au pays.

En octobre 2020, lors d'une visite à Bamako du chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, qui avait exclu toute discussion avec les djihadistes, le Premier ministre malien de transition, Moctar Ouane, avait souligné que le "dialogue national inclusif", vaste concertation nationale tenue fin 2019, avait "très clairement indiqué la nécessité d'une offre de dialogue avec les groupes armés" djihadistes.

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M. Macron a salué mardi la décision annoncée la veille par le président tchadien Idriss Déby Itno d'envoyer 1.200 soldats dans cette zone des "trois frontières". C'est "une décision forte et courageuse qui viendra conforter la force du G5 Sahel", a-t-il commenté. Le chef de l'Etat a également remercié les pays européens participant au nouveau groupement de forces spéciales Takuba, "qui acceptent ainsi de mutualiser le risque du sacrifice ultime que prennent nos soldats".

Au-delà du volet militaire, le président français a insisté sur la nécessité de "donner une perspective aux populations du Sahel", en appelant à un "deuxième sursaut : celui du retour de la sécurité et des services aux populations" et en réclamant "une impulsion au plus niveau de l'Etat" pour réinvestir les territoires délaissés de la région.

Une nouvelle réunion des chefs d'Etat du G5 Sahel devrait avoir lieu au printemps et un sommet "avant l'été", a précisé M. Macron.

"Il y a encore du travail à faire" avant d'enclencher des phases de réduction progressive, résume une source proche du dossier. La France est notamment soucieuse d'infliger des dommages profonds aux organisations affiliées à Al-Qaïda regroupées au sein du GSIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans), responsables de la mort de 5 soldats français entre fin décembre et début janvier et qui continuent de revendiquer de multiples attaques.

 

"Sahélisation" et "internationalisation"

En France, cet effort militaire de longue haleine au Sahel suscite des interrogations croissantes, alors que 50 soldats ont été tués au combat depuis 2013. Par ailleurs, l'attention des armées françaises est en train de se tourner vers le risque de conflits plus durs, de haute intensité sur la scène mondiale.

"Notre volonté est de sortir d'une logique d'opération extérieure pour nous concentrer sur la stricte lutte contre le terrorisme", a expliqué le président français. Une évolution qui pourrait signifier un recours accru aux forces spéciales et aux opérations aériennes menées notamment par les drones armés. 

Pour réduire son empreinte, Paris compte jouer sur deux axes: la "sahélisation", c'est-à-dire le passage du témoin aux armées nationales, et l'"internationalisation" de l'effort d'accompagnement au combat de ces forces sous-équipées et sous-entraînées.

La France mise tout particulièrement sur la montée en puissance du groupement de forces spéciales européennes Takuba, initié par Paris et qui rassemble aujourd'hui quelques centaines d'hommes dont des Français, des Estoniens (40 hommes), des Tchèques (60) et 150 Suédois. L'Italie a promis 200 soldats et plusieurs autres pays, dont la Grèce, la Hongrie ou encore la Serbie, ont exprimé leur intérêt. 

La mission de Takuba: accompagner de petites unités d'élite maliennes équipées de pick-ups et de motos, pour les aider à s'aguerrir et reconquérir des pans de territoire semi-désertiques délaissés depuis longtemps par l'Etat malien.

Notre objectif c'est d'arriver à 2000 hommes sur Takuba.Emmanuel Macron, président de la République française

"Notre objectif c'est d'arriver à 2.000 hommes sur Takuba, avec un pilier français autour de 500 hommes, dans la durée, et une coopération avec les armées de la région, avec plusieurs emprises (bases militaires, ndlr) mais à chaque fois en appui, avec des militaires qui seraient là dans la durée aux côtés des militaires sahéliens, ce qui est une logique différente de celle des opex" (opérations extérieures, ndlr), a développé le chef de l'Etat. 

"Nous ne le ferons pas tout de suite mais c'est ainsi que je me projette dans la durée", a-t-il affirmé.