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Génocide au Rwanda : Hubert Védrine répond aux révélations de médias français

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De nouveaux documents révélés par nos confrères de Mediapart et de Radio France jettent une nouvelle lumière sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 et mettent à mal les thèses françaises sur les responsables de l'attentat contre l'avion du président rwandais Habyarimana. L'ancien secrétaire général de l'Elysée, Hubert Védrine, répond sur TV5MONDE

Vingt-cinq ans après le génocide rwandais qui a entraîné la mort de près d'un million de personnes entre les mois d'avril et juillet 1994, des médias français révèlent de nouveaux documents. 

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Des révélations qui apporte une nouvelle lumière sur l'attentat par missiles contre l'avion du président rwandais d'alors : Juvénal Habyarimana, événement déclencheur du génocide. L'enquête française sur cet attentat contre le Falcon du président rwandais s'est soldée en décembre 2018 par un non-lieu. 

Jusqu'à ces révélations, deux thèses s'affrontaient quant à l'identité des responsables de l'attentat : pour Paris, il s'agirait du Front patriotique rwandais (FPR), les rebelles tutsis menés par l'actuel président rwandais Paul Kagamé, mais pour Kigali, il s'agit sans l'ombre d'un doute des extémistes hutus, alliés du président feu Habyarimana.  Les nouvelles révélations tranchent en faveur de Kigali.

Un mensonge français ? 

Du côté de la France, certains responsables politiques comme Hubert Védrine assurent que Paris ne "savait rien" en 1995. L'ancien secrétaire général de l'Elysée renouvelle dans une interview à l'hebdomadaire Le 1 en 2017 "ma conviction s'est renforcée que c'est probablement Kagamé". 

Hubert Védrine répond à TV5MONDE, ce mardi 12 février 2019, à propos de l'enquête de nos confrères :

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> Guillaume Ancel, ancien officier français dénonce ce qu'il appelle "des mensonges de certains officiels français" : 

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Or dans les documents des services extérieurs de renseignement français encore jamais dévoilés et auxquels ont eu accès nos confrères de Mediapart et de Radio France, il apparaît que la DGSE "a multiplié les notes destinées au sommet de l'État jugeant la piste des extrémistes hutus comme "la plus plausible"."

Sur le site de France culture on lit ainsi : "Cette note estampillée "Confidentiel Défense" et datée du 22 septembre 1994 a été déclassifiée par le ministre de la Défense, le 17 septembre 2015, dans le cadre de l’enquête des juges Marc Trévidic et Nathalie Poux sur l’attentat contre le président Habyarimana. Ce document du renseignement français désigne deux extrémistes du régime, "les colonels [Théoneste] Bagosora, ancien directeur de cabinet du ministre de la Défense, et [Laurent] Serubuga, ancien chef d’état-major des Forces armées rwandaises (FAR), comme les principaux commanditaires de l’attentat du 6 avril 1994"."

Selon les documents obtenus par nos confrères, il apparaît que ces deux hommes sont natifs de Karago, comme le président défunt Habyarimana, qu'ils se sont considérés comme les héritiers du régime rwandais, que c'est le président lui-même qui les a pourtant mis à la retraite en 1992. 

Nos confrères rapportent également que selon le renseignement français, "cette opération [l’attentat contre l’avion du président Habyarimana] aurait été préméditée de longue date par les extrémistes hutus". "L’assassinat de ministres de l’opposition modérée et de Tutsis, moins d’une demi-heure après l’explosion du Falcon présidentiel, confirmerait le haut degré de préparation de cette opération", précise la note de la DGSE.

Le 11 avril 1994, "les espions français écartent donc, a priori, la responsabilité du FPR dans l’attentat", notent les journalistes de Médiapart et de Radio France. 

>> Trois questions à Fabrice Arfi, journaliste de Mediapart qui a co-auteur de l'enquête.

TV5MONDE : Quel est ce document inédit que vous révélez ? 
Fabrice Arfi : On révèle une note oubliée des services secrets français, en l'occurence la DGSE, qui dès septembre 1994, quelques mois seulement après l'attentat contre l'avion de Juvénal Habyrarimana qui est considéré comme l'étincelle des massacres de populations civiles tutsies par les Hutus, les services secrets français avaient établi que l'hypothèse la plus probable quant aux responsabilités derrière l'attentat c'était précisément les extrêmistes hutus, ceux qui vont commettre le génocide, qui ont abattu l'avion du président, certes hutu du Rwanda, Habyraimana mais qui revenait de Tanzanie où il avait signé des accords politiques qui donnaient plus de place, plus de champ politique y compris dans l'armée aux Tutsis. La frange la plus radicale du hutu power, d'après la DGSE, est à l'origine de l'attentat et les services secrets français pointent même la responsabilité d'un homme Théoneste Bagosora qui a été condamné quelques années plus tard pour crimes contre l'humanité et des faits de génocidequi lui sont reprochés. Il a été condamné à 35 ans de prison.

Cette note a une valeur capitale car au moment où d'un côté les services secrets français qui sont réputés être les mieux renseignés sur les affaires extérieures émettent comme hypothèse la plus probable, cette thèse du régime hutu derrière l'attentat qui va déclencher le génocide. Alors qu'au même moment à l'Elysée sous la présidence de François Mitterrand, on défend la thèse inverse qui est une thèse d'un cynisme épouvantable qui consiste à dire que ce sont en réalité les rebelles tustsis représentés par le Front patriotique rwandais (FPR) auquel appartient Paul Kagame qui aurait abattu l'avion du président en sachant que cela allait déclenché des massacres, une guerre civile de laquelle ils allaient sortir vainqueur pour prendre le pouvoir. 

Pourquoi acharnement français à ne défendre qu'une thèse ? 
Ce qui est à minima l'aveuglement français sur ce qui s'est passé au Rwanda. Il faut rappeler que c'est le dernier génocide du XXe et que l'on aurait pu peut-être éviter qui a tué plus 800 000 personnes en 100 jours. Au moins d'après l'ONU. Face à cela les compromissions françaises sont multiples. Pourquoi ? La France a toujours soutenu la régime hutu dans une région dans laquelle elle voulait avoir une sorte d'hégémonie, une puissance quasi néo-coloniale dans les Grands lacs. Et les Tutsis étaient vus comme l'espèce de bras armé de la puissance anglo-saxonne. Donc si les Tutsis venaient à prendre le pouvoir, c'était un risque pour la France de perdre son influence dans la région des Grands Lacs où l'on faisait des affaires, de la politique, de la diplomatie, de la géopolitique. La France s'est accrochée à une thèse qui servait ses intérêts géopolitiques et pour certains idéologiques. 

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