Aller au contenu principal
  1. Accueil
  2. Information
  3. Ghana : de la production de cacao à l'aventure du chocolat

Ghana : de la production de cacao à l'aventure du chocolat

Chargement du lecteur...
TV5MONDE / A. Galindo / A. Renevier / L. Bellon

La Côte d'Ivoire et le Ghana représentent à eux seuls 60 % de la production mondiale de cacao. Pendant longtemps, les deux pays n'avaient jamais vraiment développé leur propre chocolat.  Après la Côte d'Ivoire, le Ghana se lance désormais dans la transformation de ses fèves. 

 

Une odeur de chocolat flotte, chez Kimberly Addison et sa soeur, dans ce quartier résidentiel d'Accra. Derrière les murs de la maison familiale se cache l'une des quelques chocolateries artisanales d'Accra, "57 Chocolate".  Ici, les fèves de cacao, l'or brun du Ghana, sont séchées, transformées, et emballées de manière artisanale par les sept employés. 

« Pour nous, le cacao est le premier ingrédient. On ne veut pas donner à nos clients leur dose de sucre, mais bien leur faire ressentir le goût du cacao ghanéen », explique Kimberly, la confondatrice de l'entreprise. 

Il n'existe à Accra qu'une demi-douzaine de chocolatiers, tous se sont lancés récemment sur le marché. Un paradoxe, pour ce pays, pourtant le second plus gros exportateur de cacao au monde. C'est en 2014, au retour d'une expatriation en Suisse, l'un des pays les plus réputés pour son chocolat, que l'idée est venue aux deux sœurs.

« C'était surprenant pour nous de constater que le Ghana produisait du cacao, l'ingrédient principal du chocolat, et n'était pourtant pas un producteur de chocolat. Donc on a voulu rentrer et changer ça. Au lieu d'exporter une matière première, pour ensuite réimporter le produit fini, il est impératif, pour notre économie, de transformer nos propres ressources. Puis de les consommer au Ghana, et les exporter », poursuit Kimberly

Et l'argument marketing 100% ghanéen convainct la clientèle plutôt haut de gamme pour le moment. Car son prix,  qui varie de 34 à 44 cédi les 100 grammes (environ 6 à 8 euros) en fait un produit de luxe. 

« Nous sommes l'un des plus grands producteurs de cacao dans le monde. Donc quand on voit quelque chose qui est local, qui est de chez nous, ça  nous donne envie de soutenir. Comme ça, on soutient les entreprises locales et les fermiers qui font pousser le cacao», témoigne Georgina, avocate et cliente de "57 Chocolate". 

Du chocolat 100% ghanéen

Autre entreprise pionnière sur ce marché : "Niche", dont l'usine se trouve à l'est d'Accra. Lancée en 2011, elle est détenue par un entrepreneur local et emploie 350 personnes. Elle est la première entreprise ghanéenne privée à transformer du cacao sur place. Elle exporte principalement des produits semi finis (liqueur de cacao, poudre de cacao et beurre de cacao). Depuis peu, elle s'est aussi lancée dans la production de tablettes de chocolat pour le marché local, convaincue qu'il y a une place à prendre. 

« Le marché du chocolat évolue. On le voit clairement, par les retours qu'on a sur le marché local", explique Francis Kangah, directeur du contrôle qualité de Niche.

Aujourd'hui, ces produits destinés au marché local ne représentent que 5% de la production totale de Niche. Le reste est exporté à l'international, principalement vers l'Europe, et plus récemment, vers la Chine, un marché émergent.

Doper la transformation du cacao

Face à ce nouveau marché, en 2017, le gouvernement ghanéen change de cap, et promet, sans donner de date, que bientôt, 50% du cacao produit ici sera transformé sur place. 

"Pour que le rêve de transformer 50% de notre production de cacao sur place se réalise, on attend du gouvernement qu'il s'engage aussi à des incitations financières, notamment sur le prix des fèves. Parce que les multinationales, en raison du prix des fèves ghanéennes, mixent le cacao avec des fèves d'autres origines. S'ils doivent s'installer et transformer uniquement le cacao ghanéen, il leur faudra une incitation financière sur le prix de la matière première,» poursuit Francis Kangah. 

Au Ghana, c'est le Cocobod, une agence gouvernementale, qui joue le rôle de centrale d'achat.  Elle définit et contrôle la qualité du cacao acheté  aux fermiers via des entreprises mandatées. C'est aussi Cocobod qui fixe les prix de cette matière première. Le mois dernier, un protocole d'accord a été signé avec la "China National Complete Engineering Corp". A la clé, des prêts à hauteur de 1,5 milliards de dollars, pour doper la production et la transformation du cacao au Ghana.

Par ailleurs, le gouvernement a lancé  des campagnes de marketing et de sensibilisation au grand public, afin de développer le marché local. Dans le pays, le jour de la Saint-Valentin est désormais décrété  journée nationale du chocolat.

Publicité