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La CAN 2021 en hiver, les dessous d'une volte-face

Les autorités camerounaises et la Confédération africaine de football ont annoncé cette semaine un accord sur la programmation de la CAN 2021 en période hivernale, un semestre plus tôt que prévu. L'épreuve aura lieu au Cameroun du 9 janvier au 6 février, officiellement pour des raisons d'ordre météorologique. Que cache en réalité ce revirement ? Décryptage.

Dans l’air du temps ces dernières semaines, l’information est devenue officielle ce mercredi, à l'occasion d'une visite au Cameroun d'Ahmad Ahmad, le président de la Confédération africaine de football (CAF) : la CAN 2021 sera bien avancée. Initialement programmée en juin-juillet, la compétition continentale va finalement se dérouler du 9 janvier au 6 février 2021. Un accord a été trouvé entre les autorités camerounaises et la CAF. Officiellement, cette nouvelle programmation répond à des impératifs d'ordre météorologique et serait à l'initiative du pays organisateur. « Face aux conditions climatiques défavorables pendant la période initialement fixée, le Cocan en a souhaité le réexamen, a expliqué la CAF. Après avoir entendu les différents arguments exprimés, notamment ceux des responsables de la météorologie du Cameroun, et des représentants d’entraîneurs et joueurs, la commission d’organisation de la CAN qui a reçu mandat du comité exécutif de la CAF pour décider, a accédé favorablement à cette demande. » Si la décision doit encore être entérinée lors du prochain comité exécutif de l'instance panafricaine, le 6 février prochain, elle peut être considérée comme acquise.

L'agenda de la FIFA


Le ministre camerounais des Sports avait préparé le terrain. « Nous voulons d’emblée dire, ici, haut et fort, au Cameroun, que sur toute l’étendue du territoire, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, que la période de juin à septembre (…) correspond à la grande saison des pluies », avait déclaré Narcisse Mouelle Kombi. Cette réalité météorologique, nul ne saurait la contester. Mais pourquoi cette pluviométrie abondante est-elle subitement devenue un obstacle à l'organisation de la CAN, dont la programmation en juin-juillet n'avait jamais été remise en cause depuis que la CAF avait décidé, en 2017, d'aligner le calendrier de son épreuve reine sur ceux de l'Euro ou de la Copa América ? Dans un contexte de mise sous tutelle de l'instance panafricaine, la véritable raison de ce revirement est à chercher dans l'agenda de la FIFA. L'été 2021 verra l'instance mondiale lancer la nouvelle formule de sa Coupe du monde des clubs. Cette dernière réunira désormais 24 équipes et aura lieu tous les quatre ans, en remplacement de la défunte Coupe des Confédérations. Organiser la CAN à la même période aurait fait de l'ombre à cette nouvelle compétition, et suscité des dilemmes pour certains joueurs (Sadio Mané aurait par exemple dû choisir entre Liverpool et le Sénégal).

Un mauvais coup porté aux joueurs


Disputer la CAN en été faisait pourtant sens du point de vue des joueurs. Une fois terminées les compétitions en clubs, il est moins dommageable pour sa carrière de se rendre disponible pour son équipe nationale. Ancien international malien et actuel adjoint du sélectionneur des Aigles, Fousseni Diawara regrette ce retour de la CAN en hiver, lorsque la saison bat son plein. « Quand on prend ce genre de décision, on ne pense pas aux joueurs, estime-t-il, avec en mémoire les difficultés rencontrées avec les clubs pendant sa carrière de défenseur. Ils me demandaient si j’allais participer à la CAN. C’était une sorte de menace, de chantage. Tu vas à la CAN ? Bon, on ne peut pas te faire signer. Donc il y a plein de joueurs qui refusent d’aller en sélection pour signer dans un club. » Pour Fousseni Diawara, la CAF a eu tort de tergiverser de la sorte : « La CAN au mois de juin, c’était beaucoup mieux. Le climat, c’est une fausse excuse. Il va pleuvoir au Cameroun ? Et bien on fait le forcing pour qu’il y ait de belles pelouses. Quand on fait un pas en avant, il ne faut pas faire deux pas en arrière. »

Quelle crédibilité pour la CAF ?


Si la question de la météo estivale est sans doute davantage qu'un prétexte (une bonne partie du continent vit en été des conditions climatiques extrêmes, peu compatibles avec la pratique du football de haut niveau), le retour de la CAN en période hivernale n'en pose pas moins divers problèmes. A fortiori depuis que le nombre de participants est passé de 16 à 24, et que l'épreuve ne dure plus trois mais quatre semaines : problèmes de pressions sur les joueurs, que les clubs renâclaient déjà parfois à libérer avant l'élargissement du plateau ; problèmes de crédibilité de la Confédération africaine de football, qui semble naviguer à vue quand il s'agit de programmer ses compétitions (le CHAN 2020 a été programmé en avril, moment de dénouement de bien des championnats nationaux, à tel point que la Tunisie a décidé d'y renoncer) ; et problèmes de capacité à relever le défi et de respect des délais pour les pays organisateurs. Déjà pas en avance pour accueillir l'événement à l'été 2021, le Cameroun sera-t-il en mesure d'y faire face avec six précieux mois de préparation en moins ?

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