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La triche sur l’âge, ce mal qui gangrène le football africain

Les éliminatoires de la CAN des moins de 17 ans ont fait rejaillir l’éternelle question de la triche sur l’âge des joueurs africains. Coup de zoom sur une pratique systémique.

En mai dernier, avant le début des éliminatoires de la CAN des moins de 17 ans, la Confédération africaine de football (CAF) avait prévenu. L’instance se montrerait intraitable en matière de fraude sur l’âge. « La Confédération Africaine de Football informe qu’il sera procédé à un test d’éligibilité d’âge pour tous les joueurs participant aux tournois de qualification de la CAN Total U17, Tanzanie 2019. Les tests d’IRM seront organisés avant le début des matchs dans le pays hôte du tournoi de qualification. Tout joueur qui échouera au test ne sera pas autorisé à prendre part à la compétition et il ne pourra pas être remplacé par un autre joueur », indiquait alors la CAF, qui a d'ailleurs modifié son code disciplinaire à cet effet, avec des suspensions allant jusqu'à quatre ans pour les officiels qui se montreraient complices de tels trafics.

Scandale au Bénin


Désormais organisées au niveau des unions régionales, ces éliminatoires ont apporté leur lot de tricheurs, recalés avant le début des épreuves. C'est au Bénin que le scandale a pris le plus d'ampleur. Les Ecureuils cadets, partis disputer le tournoi de l'UFOA "B", ont en effet été exclus par la CAF. Et pour cause : 10 des 18 joueurs convoqués pour la compétition ont été jugés non éligibles après les examens IRM. Réduit à 8, le Bénin n'avait d'autre choix que de se retirer. Les choses n'en sont pas restées là : une contre-expertise IRM effectuée à Niamey a permis de confirmer que les joueurs fautifs avaient tous largement dépassé les 17 ans (certains avaient 27 ans !). Dans la foulée, le procureur de la République du Bénin s'est saisi de l'affaire, et le ministre des Sports a déposé plainte. 18 personnes, dont l'ancien président de la Fédération béninoise de football, Anjorin Moucharafou, ont été placés en détention provisoire à la prison civile de Cotonou.

« La triche sur l’âge, une pratique systémique »


Tous seront jugés en correctionnelle le 23 octobre prochain. En attendant le verdict, se repose la question de l'âge des joueurs africains. Tous ne tombent pas dans les filets des instances. « La triche sur l’âge est de plus en plus combattue, des efforts sont faits, mais c'est une pratique tellement systémique que les choses changent peu », estime Christophe Gleizes, co-auteur (avec Barthélémy Gaillard) de Magique système (éditions Marabout). Pour le journaliste, qui a longuement enquêté sur le sujet en Afrique de l'Ouest et en RDC, cette démarche frauduleuse est aujourd'hui la norme chez les footballeurs du continent. « Quand je dis que 80 ou 90% des joueurs africains trichent sur leur âge, il faut savoir que beaucoup des très bons joueurs évoluant en Europe ne trichent pas. La triche sur l'âge concerne les autres, qui ne sont pas repérés jeunes, et n'ont pas la chance d'entrer vite dans une bonne Académie locale ou de partir jeune à l'étranger. »

Les clubs européens complices


Les responsabilités sont à rechercher aux deux bouts de la chaîne, au niveau local comme du côté des clubs européens. « Diminuer son âge augmente l'attrait et les chances d'être repéré, d'autant que les clubs européens sont de plus en plus friands de très jeunes joueurs. On retrouve là le stéréotype du joueur africain, qui serait un talent brut, mal dégrossi, un diamant à polir via la post-formation », poursuit Christophe Gleizes. La triche sur l'âge (ou sur l'identité) peut être encouragée par l'agent ou le club demandeur. C'est un moyen pour ce dernier de faire disparaître le joueur des fichiers de sa Fédération et ne pas avoir à payer d'indemnités de formation. Elle est également facilitée par la corruption endémique des administrations locales. « Ceux qui ne trichent pas restent sur le carreau, alors tout le monde triche, c'est un cercle vicieux », résume Christophe Gleizes. Paradoxalement, la fraude est tellement généralisée que cela précipiter la chute du système. « Tout le monde est obligé de tricher, il n'y a plus d'avantage comparatif, et les contrôles augmentent. On marche tellement sur la tête que les choses vont finir par changer », conclut notre interlocuteur.

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