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« La verticale du cri », le récit initiatique de l’écrivain camerounais Gaston-Paul Effa

L'écrivain camerounais Gaston-Paul Effa © Wikimedia commons

Comment être soi ? Quel rapport doit-on entretenir avec son corps ? Comment renouer avec des choses simples comme respirer, regarder, toucher ou manger ? Comment ne pas se laisser envahir par ses pensées ? Telles sont quelques-unes des nombreuses questions auxquelles tente de répondre l’écrivain d’origine camerounaise Gaston-Paul Effa dans son dernier roman, La verticale du cri, paru chez Gallimard. 

Tout part d’une injonction paternelle que le narrateur, professeur de philosophie dans un lycée, peine d’abord à comprendre : il doit aller consulter les Pygmées de la forêt camerounaise, son pays natal. Obéissant, il s’exécute, se disant alors que le conseil de son père tient à la nécessité pour lui de rattraper le passé.

Il souhaitait que devant la plus grande féticheuse pygmée mon regard s’ouvre.

Gaston-Paul Effa, extrait de "La verticale du cri"

Pour preuve, son père, justement, ne lui a rien transmis de leur tradition. Pourtant, précise-t-il : « Il souhaitait que devant la plus grande féticheuse pygmée mon regard s’ouvre, qu’il tende ses ressorts et se porte autant que possible au-delà de lui-même, se concentre sur une portion de moi-même, de la nature, avec la certitude que chaque fragment qui me sera donné me dévoilera la totalité. »
 

Un voyage initiatique

Après une véritable expédition au cours de laquelle son guide ne peut lui éviter les piqûres de ronces, d’épines ou encore de moustiques, le narrateur rencontre enfin Tala, qui signifie l’éveillée, celle qui a les yeux ouverts. Les premiers mots de cette femme le laissent sans réaction, pétrifié.

Contente-toi de vivre et tu vivras content.

Gaston-Paul Effa, , extrait de "La verticale du cri"

« Ta tête est coupée de ton corps, tu es comme une kora désaccordée, qui n’émet plus aucun son juste ! », croit-il avoir entendu. Le lendemain, peu après le réveil, il se souvient que Tala lui a répété : « Contente-toi de vivre et tu vivras content. » Souvenirs et pensées l’assaillent, il s’interroge : pour quelle raison son père lui avait-il conseillé ce voyage initiatique ?

Le temps d’un instant, il en veut à son père. Il s’en veut de lui avoir obéi. Il a le sentiment de devoir expier une faute. Et alors qu’il s’attendait à un accueil triomphal de la part de ses hôtes, il se retrouve désarçonné, vulnérable, comme jamais auparavant. Pis, les hôtes refusent les présents qu'il leur a apportés. « Nous ne voulons pas de vos cadeaux », lui ont-ils asséné.

Et lorsque Tala lui demande pourquoi son père l’a envoyé chez eux, il balbutie, avant de mettre en avant la recherche de la cause de la maladie de son père. « Ne t’occupe pas de la maladie de ton père, occupe-toi de la tienne… Retourne dans la case où tu étais enfermé et médite… Revoyons-nous demain », lui rétorque la féticheuse. 

Alors que son orgueil démesuré est mis à nu, le narrateur est remis en quarantaine, sans autre forme de procès. Et il n’est pas au bout de ses peines, puisque Tala va l’inviter à « quitter le monde des livres pour la vraie vie. »

Puis, elle lui demande de réfléchir à son nom de famille - Epha, car, ajoute-t-elle, « le nom de quelqu’un est une réalité infiniment mystérieuse. Elle est une œuvre de la nature elle-même qui place chacun dans le plateau de la balance des joies et des peines, du bien et du mal. Personne ne peut quoi que ce soit contre son nom ».

Dès lors, les enseignements proprement dits commencent ; le narrateur découvre alors les vertus de la patience, de la persévérance, du temps, de la durée…
 

Une transformation spectaculaire

Au fil des jours, le narrateur redécouvre les joies de la remise en question. Mais de temps en temps, son égo reprend le dessus et le mène alors par le bout du nez. Puis, c’est le retour en France. Il n’est plus tout à fait le même homme. Et c’est Etienne, l'un de ses élèves atteint de dysorthographie, qui est le plus sensible à sa transformation.

« Mais vous êtes devenu bon. Vous nous donnez moins de sales notes », déclare-t-il, devant toute la classe. L'encouragement l’incite alors à penser au prochain séjour dans la forêt équatoriale. Lui, le professeur de philosophie, qui aimait tant briller devant ses élèves, trouve tout à coup la vie occidentale mièvre.

Il fallait se confesser le vendredi lorsqu’on avait joué à touche-pipi.

Gaston-Paul Effa, extrait de "La verticale du cri"

Très vite, il repart donc dans le village de Tala, pour y poursuivre son initiation. Afin qu’il puisse avoir « une vision précise des choses et du monde », la féticheuse lui choisit comme nom de baptême, Obama, l’aigle. Petit à petit, il découvre que le processus initiatique est une expérience individuelle, qui se vit certes en collectivité, mais dont certains aspects sont ineffables.

Il réapprend par exemple, à respirer, ou encore à aimer son corps, à en prendre soin. Une découverte pour lui, qui, enfant, au couvent, entendait le père Michel leur rabâcher que le corps était sale, et « qu’il fallait se confesser le vendredi lorsqu’on avait joué à touche-pipi. » Mais surtout, il comprend, enfin, qu’il ne doit pas être obsédé par un but à atteindre, car l’essentiel, ici, c’est le chemin. 

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