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L'Asie, nouveau marché et nouveaux dangers pour les joueurs africains

Avec les lucratifs marchés chinois, qatari et saoudien, l'Asie s'est imposée comme une destination incontournable sur le marché des transferts. Qu'ils soient en fin de carrière ou dans la force de l'âge, les footballeurs africains sont de plus en plus nombreux à y poser leurs valises. Mais cette lucrative vitrine cache des bas-fonds moins reluisants, et nombreux sont ceux qui se bercent d'illusions sur ce nouvel eldorado, qui n'en est pas vraiment un

A quelques jours de la clôture du marché hivernal, les mouvements de joueurs vers la lucrative "Chinese Super League" (CSL) se poursuivent. Si l'attaquant sénégalais Demba Ba a quitté le Shanghai Shenhua pour Basaksehir (Turquie), le Nigérian Odion Ighalo l'a aussitôt remplacé au sein du club chinois. En échec à Toulouse, Stéphane Mbia est retourné en CSL. Lui aussi peu utilisé à Saint-Etienne, Cheikh Mbengue y a posé ses valises. Mais le plus important transfert africain de l'hiver vers la Chine ne concerne pas un joueur en fin de carrière comme les précédents nommés : le jeune attaquant ghanéen Emmanuel Boateng (22 ans) a quitté Levante, en Liga espagnole, pour le Dalian Yifang, contre un chèque de 11 millions d'euros. Parallèlement, les championnats du Golfe persique ont poursuivi leurs emplettes. Mehdi Benatia a quitté la Juventus Turin pour Al-Duhail (Qatar) moyennant 8 millions d'euros. Deux internationaux ivoiriens ont suivi le même chemin : l'attaquant Wilfried Bony, parti retrouver des sensations au Qatar, et le milieu de terrain Sekou Sanogo, passé des Young Boys Berne à Al-Ittihad (Arabie Saoudite) pour un montant de 7 millions d'euros.

L'Arabie Saoudite dépasse la Chine


Jusqu'alors éclipsée par ses voisins du Qatar et des Emirats arabes unis, l'Arabie Saoudite s'affirme comme le grand marché émergent du continent asiatique. L'instauration par Pékin d'une taxe sur les transferts de joueurs étrangers, comme l'effondrement de la livre turque ont produit un effet de vases communicants. Après son excellent Mondial 2018, l'attaquant nigérian Ahmed Musa est passé pour 16,5 millions d’euros de Leicester City à Al-Nasr Riyad, qui s'est également attaché les services d'un autre joueur à son avantage en Russie : le Marocain Nordin Amrabat. Le transfuge de Leganés n'est pas le seul Lion de l'Atlas à avoir répondu positivement à l'appel des pétrodollars : Karim El Ahmadi et Manuel Da Costa ont fait de même et portent aujourd'hui les couleurs de l'Ittihad Djeddah. Nombreux sont aujourd'hui les joueurs maghrébins qui, internationaux ou non, viennent enrichir les effectifs des clubs de première et de deuxième division saoudienne. Les chiffres publiés par la FIFA illustrent ce qui constitue désormais une tendance lourde : en 2018, l'Arabie Saoudite est devenue le 7eme pays le plus dépensier du monde sur le marché des transferts.

"Un nouvel eldorado... qui n'en est pas un"


Si les footballeurs africains profitent donc de cette manne nouvelle, le marché asiatique ne saurait se réduire à cette filière lucrative. Cette vitrine clinquante dissimule des arrière-cours moins reluisantes. A côté des 149 joueurs africains comptabilisés comme professionnels en Asie et en Océanie, nombreux sont ceux qui tentent leur chance sans succès et vivent des situations parfois extrêmement traumatisantes. "L'Asie est aujourd'hui le nouvel eldorado... qui n'en est pas un, malheureusement, explique Stéphane Saint-Raymond, directeur de la communication de la division Afrique de la FIFPro (Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels). Les joueurs très jeunes comme leurs aînés, plus confirmés, se retrouvent confrontés au même problème, avec des agents qui viennent leur promettre monts et merveilles et prennent beaucoup d'argent au passage, endettant les familles pendant plusieurs années, parfois des dizaines d'années, et qui, à l'arrivée, n'ont rien à donner à ces joueurs."

Faux agents et vrais escrocs


Marchands de rêves sans scrupules, ces faux agents et vrais escrocs n'ont pas attendu le développement du marché asiatique pour déployer leurs réseaux. "Ces jeunes sont souvent laissés totalement à l'abandon quand ils arrivent en Asie, poursuit Stéphane Saint-Raymond. On leur a fait miroiter un essai dans un club, et lorsqu'ils se présentent, ce sont 40 ou 50 personnes qui sont sur les rangs. On leur promet des contrats qui n'existent pas, ou sont rédigés dans une langue incompréhensible pour eux. On revient à ces agissements totalement insensés d'agents qui profitent de la naïveté des parents et des joueurs, sur le modèle de ce qui se faisait vers l'Europe." Et sans doute pire, car ces aspirants footballeurs ne peuvent même pas se tourner vers leurs compatriotes de la diaspora, ces dernières étant bien moins importantes en Asie, quand elles ne sont pas tout simplement inexistantes. Face à ces situations d'extrême détresse humaine, la FIFPro ne relâche pas l'effort de sensibilisation. Des messages de mise en garde seront délivrés à l'occasion des tournois de jeunes (U17 à U20) en Afrique, même si le problème ne saurait être durablement réglé sans la prise de conscience conjointe des Fédérations et des ambassades.

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