Maroc : 8 mois de prison ferme, la descente aux enfers de l'humoriste français Brahim Bouhlel

Image
Maroc : 8 mois de prison ferme, la descente aux enfers de l'humoriste français Brahim Bouhlel (1)
Capture d'écran de la page Facebook de Brahim Bouhlel
Mis à jour le
25 avril 2021 à 17:08
par Tanguy K. Toussaint
Le verdict est tombé. Après la diffusion d'une vidéo sur les réseaux sociaux jugée insultante, la justice marocaine a condamné, mercredi 21 avril, le comédien français Brahim Bouhlel à 8 mois de prison ferme. Ses avocats ont fait appel.

Huit mois de prison ferme pour un humoriste qui se défend d'avoir simplement fait de l'humour. La condamnation peut paraître excessive, mais qu'en est-il vraiment ?
Les chefs d'accusation qui ont été retenus, eux, n'ont rien de drôle. Brahim Bouhlel a été condamné pour détournement de mineur et pour la capture, diffusion et enregistrement de vidéo d'une personne sans son consentement.

Son avocat, maître Charles Morel, a confirmé sur le plateau de l'émission Touche Pas à Mon Poste qu'ils avaient fait appel de la décision le jeudi 22 avril pour un jugement dans trois semaines à un mois. Il voudrait obtenir "le plus rapidement possible la libération" des condamnés. En ce sens, une demande de mise en liberté sous caution est examinée lundi 26 avril.

La limite entre l'humour et l'injure publique a été largement dépasséeMaître Mourad Elajouti, avocat et président du Club des Avocats au Maroc

Maître Mourad Elajouti, avocat et président du Club des Avocats au Maroc, a fermement condamné "les propos haineux, abjects et racistes proférés à l'encontre des enfants marocains par des pseudo-humoristes/influenceurs". Selon lui, "la limite entre l'humour et l'injure publique a été largement dépassée":

Chargement du lecteur...

De la publication de la vidéo à la condamnation en justice, retour sur le rapide déclin de l'humoriste.

Il n'a fallu que quelques heures, après la sortie d'une vidéo tournée le weekend du 4 avril par Brahim Bouhlel, pour que la polémique explose sur les réseaux sociaux. On y voit l'humoriste, accompagné de l'influenceur marocain "Zbarbooking" et de l'acteur français Hedi Bouchenafa, dans un restaurant, au Maroc, tenir des propos dégradants vis-à-vis des femmes marocaines et filmer des enfants -qui ne semblent pas comprendre ce qu'ils font là- tout en les humiliant.

Chargement du lecteur...

Les réactions ne se sont pas fait attendre sur les réseaux sociaux :

La vidéo, jugée très humiliante pour les Marocains, est rapidement devenue virale. Face à la vague d'indignation, les trois hommes présentent des messages d'excuse sur leurs réseaux sociaux respectifs. Ils se défendent d'avoir fait ça pour rigoler et estiment que "si [la] vidéo a été maladroite et a blessé le peuple marocain, [ils expriment] ici toutes leurs excuses."

Message d'excuse de Brahim Bouhlel sur Instagram : 

Le mal était déjà fait, et le message d'excuse (qui sera suivi le lendemain d'une vidéo d'excuse) ne passe pas.

Parallèlement, le Club des Avocats au Maroc, par la voix de son président, Mourad Elajouti, porte plainte devant le Procureur du Roi pour diffamation, injures publiques et discrimination. "Ces propos abominables ont porté atteinte à la dignité des enfants marocains."

Brahim Bouhlel est connu pour son rôle dans la série à succès "Validé" sur la Canal Plus. Si la chaîne française n'a pas encore réagi au moment de la rédaction de cet article, la marque Adidas déclare "s'opposer fermement à toute forme d'intolérance, de discrimination et de sexisme" et "s'engage à reconsidérer sa collaboration avec lui". Par ailleurs, l'acteur était programmé dans une émission de la chaîne 2M TV Maroc, elle a finalement été annulée.

Deux condamnations et un mandat d'arrêt international

Quelques jours seulement après la vidéo, le 6 avril, Brahim Bouhlel et "Zbarbooking" sont convoqués par la police marocaine.  La garde à vue se transforme en détention provisoire jusqu'au jugement, prévu initialement le 14 avril. Le procès a été reporté au mercredi 21 avril et la sentence est tombée : 8 mois ferme pour Brahim Bouhlel et un an pour "Zbarbooking". L'acteur Hedi Bouchenafa était retourné en France avant la polémique, il n'a pas pu être apréhendé par la police marocaine, mais un mandat d'arrêt international à été remis à son encontre.