Maroc : une blogueuse condamnée à deux ans de prison pour offense à l'islam

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Un Coran calligraphié sur parchemin du 9ème siècle, dans la bibliothèque Quaraouiyine de Fez. La tradition raconte que cette bibliothèque a été fondée par la fille d'un riche marchand tunisien établi à Fez, Fatima Al Fihrya, au 9ème siècle. La Quaraouiyine est considérée comme une des plus anciennes universités au monde encore en exercice par l'UNESCO.
© AP Photo/Samia Errazouki
Mis à jour le
17 août 2022 à 16:12
par TV5MONDE AFP
Une blogueuse marocaine a été condamnée le 15 août à deux ans de prison ferme pour "atteinte à la religion musulmane". Elle aurait commenté sur un ton satirique, en langue arabe sur sa page Facebook, des versets du Coran et des hadiths du prophète Mahomet. Son frère, Bouazza Karim, dénonce un "verdict très sévère."
Fatema Karim, 39 ans, avait été interrogée par la police le 15 juillet et était en détention depuis, précise son frère Bouazza Karim.

Elle a été jugée pour avoir commenté sur un ton satirique, en langue arabe sur sa page Facebook, des versets du Coran et des hadiths du prophète Mahomet, considérés comme sacrés dans la tradition musulmane.

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La blogueuse et militante des droits de l'homme, qui a l'intention d'interjeter appel, a excipé (invoque un fait pour en tirer une exception) de son droit à la liberté d'expression, garanti par la Constitution marocaine, devant le juge, ajoute son frère. 

Elle a également présenté publiquement des excuses à "quiconque s'est senti offensé" par ses publications, assurant n'avoir jamais eu l'intention de porter atteinte à l'islam, religion d'État au Maroc.

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La peine de prison ferme a été prononcée lundi 15 août par le tribunal de première instance d'Oued Zem, à 150 km de Casablanca. "Ce verdict est très sévère. Il nous renvoie des années en arrière", regrette son frère Bouazza Karim.

Sur sa page Facebook que sa sœur "s’accroche à son roi et à son pays jusqu’à la folie, respecte la constitution du royaume et fait confiance aux institutions et agences de l’État, et s’est déjà présentée aux élections régionales de 2015", ajoutant qu’elle "a choisi une autre croyance religieuse après avoir été la plus ardente défenseure de la religion islamique" pendant 34 ans.

Les poursuites ont été déclenchées par le parquet.

L'article 267-5 du Code pénal marocain, aux termes duquel Fatima Karim a été condamnée, punit de six mois à deux ans de prison ferme "quiconque porte atteinte à la religion musulmane".

La peine est susceptible d'être portée à cinq ans d'emprisonnement si l'infraction est commise en public - "y compris par voie électronique". Le même article 267 punit sévèrement toute "atteinte au régime monarchique" et toute "incitation à porter atteinte à l'intégrité territoriale" du royaume.

Les défenseurs des droits humains dénoncent ce texte de loi qui entrave la liberté d'expression et dont la formulation "ne spécifie pas concrètement les faits qui pourraient constituer une atteinte".

En juin 2021, une Italo-Marocaine avait été condamnée à trois ans et demi de prison ferme par la justice marocaine pour "atteinte à la religion musulmane" après avoir publié sur Facebook des phrases satiriques imitant des versets du Coran.

La jeune femme avait été libérée peu après, sa peine ayant été réduite en appel à deux mois de prison avec sursis, à la suite d'une campagne de protestation de défenseurs des droits humains.