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Marocains bloqués à l'étranger : "C'est une atteinte grave à leur dignité"

32 000 Marocains sont bloqués à l’étranger, depuis la suspension des liaisons aériennes vers le royaume.  ©Source internet

Fermeture des frontières, suspensions des vols internationaux, depuis le 14 mars,  le Maroc a mis en place des mesures strictes pour contenir la pandémie de coronavirus. Mesures dont pâtissent de nombreux Marocains. Malgré leurs appels à l’aide, ils sont aujourd’hui près de 32 000 à être bloqués loin de chez eux (31 819 selon le ministère des Affaires étrangères marocain). Le gouvernement promet leur rapatriement mais reste vague sur une potentielle date. Souad Chaouih, présidente de l’Association des Marocains en France (AMF), nous explique l’urgence de la situation. 

 

TV5MONDE : 32 000 Marocains sont aujourd’hui bloqués à l’étranger. Le gouvernement promet d’assurer leur rapatriement mais n’avance aucune date. Quelle est la situation aujourd’hui pour ces Marocains ?
 

Souad Chaouih : L’AMF a été interpellée à plusieurs reprises par des Marocains, qu’ils soient migrants ou binationaux, bloqués hors du Maroc ou au Maroc, comme c’est le cas pour les binationaux français. Ce qui remonte le plus dans leurs témoignages, c’est une véritable détresse psychologique, physique et morale. Deux mois ce n’est pas rien, sachant que jusqu’à aujourd’hui, ces personnes n’ont pas eu d’interlocuteurs que ce soit de la part des autorités marocaines ou des autorités françaises. C’est une véritable tragédie humaine qui touche ces 32 000 personnes.
 
Cette situation a été brutale et a surpris beaucoup de Marocains.Souad Chaouih, présidente de l’Association des Marocains en France (AMF)

Le cas des Marocains bloqués à l’étranger est un cas unique. A ma connaissance, tous les autres pays ont rapatrié leurs citoyens quand cela était possible et nécessaire. En ce qui concerne le Maroc en revanche, il n’y a eu aucune information ni aucune communication en amont concernant la fermeture des frontières.

De plus, le chef du gouvernement marocain Saad-Eddine El Othmani n’a jamais réussi à apporter une réponse claire depuis le début de la pandémie. Chaque fois qu’il a pris la parole, ses réponses ont été évasives et aucune solution n’a été présentée.

Mais je pense que si le Maroc n’a pas été capable de répondre à cette crise sanitaire, c'est parce qu'il existe aujourd'hui de réels manquements, en matière d'infrastructures sanitaires notamment. Pour cette raison, le pays a opté pour la fermeture rapide des frontières mais n’a pas pris en compte les personnes bloquées à l’extérieur. Cette situation a été brutale et a surpris beaucoup de Marocains.  

Lorsque l’AMF a interpelé les autorités françaises, dans l’espoir d’apporter des réponses et des solutions ne serait-ce que pour les binationaux, elles nous ont bien confirmé que les autorités marocaines refusaient de collaborer sur ces questions. 

 

  • (Re)voir aussi : Coronavirus : la colère des Marocains bloqués à l'étranger
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En Avril, l’AMF  a réclamé, dans une lettre ouverte adressée au gouvernement marocain, "le rapatriement urgent " de ces personnes bloquées loin de chez elles. Le bureau de l'Association marocaine des droits humains (AMDH) à Paris, lui, a alerté sur la "situation de grande vulnérabilité" de certaines personnes. Le temps presse ? 

Le temps presse énormément. Et c’est un problème d’autant plus urgent que parmi ces Marocains se trouvent des personnes âgées ou encore des personnes malades qui   ne sont pas prises en charge et ne reçoivent aucune aide. 
 
Autre exemple. En France, certains Marocains sont venus en tant que touristes avec juste de quoi partir une semaine ou maximum dix jours. Là, ils se retrouvent bloqués pendant deux mois sans argent supplémentaire. Eh bien ces personnes, quand elles n'ont pas pu être accueillies par des proches ou de la famille, se sont retrouvées dans la rue. C’est une vraie tragédie humaine.

Des cellules d’accompagnement ont par ailleurs été mises en place par le gouvernement pour les personnes vulnérables, mais concrètement, est-ce suffisant ? 

Le consulat marocain en France a effectivement mis en place des cellules d’accompagnement. Il s’agit d’une aide de sept euros par jour ou de cinquante euros par semaine. Qui peut vivre avec une telle somme quand on n’a ni logement ni de quoi se nourrir ? De plus, il y a eu tellement peu d’information sur ces aides et sur la façon dont on pouvait en bénéficier que beaucoup de personnes n’y ont pas eu le droit.  

Au début du confinement, il y a également eu des réservations faites dans des hôtels pour certaines personnes, mais encore une fois elles ont été attribuées  au compte-gouttes. En plus de cela, ces aides n’ont pas duré longtemps car très vite le consulat a été à court de moyens. C’est pour cela que la plupart des personnes se sont tournées vers la société civile qui, en termes de distributions de repas, d’hébergements d’urgence ou d’accompagnement psychologique, a été beaucoup plus efficace. 

Face à ce que d'aucuns qualifient d'"inaction" du gouvernement, les associations semblent être le dernier recours pour ces Marocains bloqués à l’étranger. Votre association a d'ailleurs organisée une conférence sur les réseaux sociaux pour mettre en place de nombreuses mesures. Qu’en est-il ressorti ?  

Cette conférence a été organisée sur les réseaux sociaux, avec la participation de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), pour montrer à quel point cette situation a un impact sur la dignité de Marocains et sur leurs droits humains.

L’article 22 de la Constitution marocaine est pourtant claire. Elle stipule que l’État a le devoir de protéger ses citoyens qu’ils soient ou non sur le sol marocain. Il est donc évident que nous vivons en ce moment une violation des droits humains des Marocains. 
 

Il y a eu une telle détresse psychologique, physique et morale que même après le rapatriement les séquelles seront lourdes.

Souad Chaouih, présidente de l’Association des Marocains en France (AMF)

A l’issue de cette conférence, nous avons donc décidé de nous tourner vers la Fédération internationale des Droits Humains (FIDH) pour faire pression sur le gouvernement marocain mais aussi sur les autres gouvernements, notamment européens, pour qu’ils agissent en faveur des binationaux. 

  • Voir aussi : la conférence numérique organisée par l'Association des Marocains en France 

 

Le Premier ministre Saad-Eddine El Othmani a récemment assuré que les "scénarios" de rapatriement étaient "fin prêts". Il espère les annoncer "prochainement". Etes-vous convaincue ?

Encore une fois le Premier Ministre a fait une déclaration pour ne rien dire. Ce qu’il a annoncé c’est que dès qu’une décision sera prise concernant l’ouverture des frontières, les personnes bloquées pourront sortir mais quand et comment, la réponse reste en suspens.
 

CONCITOYENS BLOQUÉS. M. Abdallah Bidoud met en exergue les mesures prises par le Consulat Général du Royaume du #Maroc à #Barcelone.https://t.co/muuvqTuUvn pic.twitter.com/QKP2o0XVQD

— Maroc Diplomatie (@MarocDiplomatie) May 10, 2020

En réalité, au Maroc, il n’y a ni gouvernement, ni parlement. Les décisions viennent de plus haut et c’est d’ailleurs pour cela que beaucoup de Marocains ont adressé des lettres directement au roi Mohamed VI. C’est au Palais de prendre une décision rapide. Mais il y a eu une telle détresse psychologique, physique et morale que même après le rapatriement les séquelles seront lourdes.

A une autre échelle, la plupart de ces personnes n’ont pas pu célébrer le ramadan avec leur famille. Les musulmans ont fêté l’Aïd, la fête de la rupture du jeûne. Un moment qui risque d'être particulièrement difficile pour les Marocains loin de chez eux.

Pour tous les musulmans, il est évident que le ramadan est un moment de partage, de prières, c’est très important pour les familles et la fête de l’Aïd l’est peut-être encore plus. 
 

  • (Re)voir aussi : Ramadan et coronavirus : le jeûne et la gêne [L'œil de Slimane]
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L’enfermement lié au confinement a déjà été une étape difficile pour certains musulmans. Mais pour les personnes bloquées loin de chez elles, c’est une double peine. D’autant qu’elles ne savent pas quand elles vont pouvoir rentrer donc le temps paraît d’autant plus long. 
 

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