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"Mettre les diasporas en avant, c’est reconnaître la part des nouvelles identités françaises"

Les présidents ghanéen et français le 11 juillet 2019 à l'Elysée à l'occasion de la rencontre des diasporas "Parler d'Afrique" © Pool

Le président français organisait, ce jeudi 11 juillet, aux côtés de son homologue ghanéen, un grand débat avec les diasporas africaines. S'il s'agit de redorer l’image des relations de la France avec l’Afrique, l'initiative est aussi un message aux Français, selon Marc Chebsun, directeur du site dailleursetdici.news.

TV5MONDE : Comment analyser la démarche du président Emmanuel Macron ?

Marc Chebsun : Je pense qu’il y a quelque chose de très positif dans cette initiative. Je dirais même que cette volonté d’impliquer les diasporas dans les relations avec le continent africain est quelque chose de très malin. Bien entendu, cela implique de travailler avec des personnes sur place, mais l’on attend depuis longtemps cette implication des diasporas. 

Pour la plupart, les diasporas ont un sentiment de multi-appartenance. Selon qu’elles soient d’origine africaine ou qu’elles soient immigrées, elles se sentent à la fois d’ici et de là-bas. La plupart gardent une relation sentimentale pour certaines, et pour d’autres, c’est très concret. On le voit avec des entrepreneurs qui essaient de créer des ponts entre l’Europe et l’Afrique, entre la France et certains pays d’Afrique. Ils ont ce désir d’implication, désir de participer au développement de leur pays d’origine même si c’est celui de leurs parents ou grands-parents.

Il y a donc une forme de reconnaissance de ce rôle particulier des diasporas...

Oui et c'est important à plusieurs titres. Tout d’abord, nous sommes dans un pays qui a encore du mal à reconnaître cette pluralité des identités. En France, on a un peu cette mythologie selon laquelle on est Français, un point c’est tout. Il est très difficile de pouvoir prendre en compte le fait qu’on n’ait pas à être dans le choix et que l’on soit dans les multi-appartenances, dans les identités plurielles. De ce point de vue, mettre les diasporas en avant est important car c’est reconnaître cette part des nouvelles identités françaises.

De manière très pragmatique ensuite, des passerelles se font et participent en France de l’activité économique, souvent dans des quartiers qui ont besoin d’un développement.

Dans le même temps, cela crée du développement dans une ville, un pays, voire plusieurs pays du continent. Il est donc intelligent de les écouter, les impliquer, entendre leurs analyses, ce qu’ils font, ce qui pourrait être développé.
 

Les diasporas font vraiment le pont. Elles sont donc parmi les mieux placées pour créer les passerelles dont on a aujourd’hui réellement besoin.

Ce travail autour des diasporas est inédit et est une reconnaissance de cette France plurielle qui, en partie, a de très forts liens avec le continent africain et qui peut donc participer à travailler à un développement réellement intelligent et sans condescendance.

C’est aussi important du point de vue du travail mémoriel. Beaucoup de choses sont à résoudre en priorité pour les pays africains victimes de spoliations ou qui vivent encore avec différents prolongements des politiques colonialistes. Il est important d’impliquer des citoyens français qui ont ce lien d’héritage fort et qui puissent travailler sur la question des réparations. 

Marc Chebsun est auteur et dirige le site "dailleursetdici.news"
Marc Chebsun est auteur et dirige le site "dailleursetdici.news"

A vous entendre, on comprend donc que l'initiative est adressée à l’Afrique mais aussi à la société française...

Oui car les diasporas font vraiment le pont. Elles sont donc parmi les mieux placées pour créer les passerelles dont on a aujourd’hui réellement besoin. 

Lors des débats entre les différents candidats aux élections européennes, on a entendu cette manière condescendante et archaïque de prétendre à vouloir absolument “aider l’Afrique”. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Parler d’Afrique alors que d’un pays à l’autre, les problématiques sont tout à fait diverses, cela montre l’absurdité de la chose.

Ensuite l’Afrique n’a pas besoin d’aide en tant que telle. Elle a surtout besoin d’une réelle autonomie. La question du franc CFA se pose aujourd’hui de manière cruciale. Comment avoir une indépendance économique vis à vis de l’Europe et encore plus de la Chine ? Si, parmi les candidats aux élections européennes, il y avait eu un candidat ayant un lien, un intérêt personnel avec le continent, on aurait peut-être entendu d’autres discours.

Le rôle des diasporas est donc important dans le rétablissement des choses dans des sujets encore victimes de stéréotypes, de condescendance, de paternalisme dont le continent n’a pas du tout besoin. 

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