Présidentielle au Bénin : les taxi-motos, alliés des candidats

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Présidentielle au Bénin : les taxi-motos, alliés des candidats (1)
Scène de rue devant la mosquée Zogo à Cotonou, au Bénin, le 17 février 2017. 
(Photo AP / Salako Valentin)
Mis à jour le
10 avril 2021 à 12:41
par TV5MONDE avec AFP
Les zemidjan, "emmène-moi vite" en langue locale, sont les taxi-motos, circulant par dizaines de milliers dans les rues de Cotonou, la capitale économique béninoise. Mais pendant les campagnes électorales, ils se muent en fervents militants que les candidats veulent rallier à tout prix.

A quelques jours de la présidentielle, avec leur célèbre chemise jaune sur le dos, plusieurs dizaines de ces militants sur deux roues défilent bruyamment en klaxonnant dans un quartier populaire de la ville.

Loin des tensions qui ont éclaté jeudi 8 avril dans le centre et le nord du pays, et ont fait deux morts et cinq blessés par balles, Cotonou bat campagne. Ou en tout cas, fait tout comme.

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Assis fièrement sur leur moto, les zemidjan escortent joyeusement une caravane électorale dont les enceintes crachent musique et slogan en faveur de Patrice Talon, le chef de l’Etat candidat à sa réélection.

Aux meetings des deux autres candidats, les anciens députés Alassane Soumanou et Corentin Kohoué, quasiment inconnus des Béninois, ils remplissent les quelques dizaines de chaises dans le public.
 

Fêtards et "colporteurs d'infos" 

"Les zemidjan sont ceux qui donnent le côté festif aux campagnes, ils constituent les caravanes électorales, distribuent les tracts, portent le nom des candidats et les logos de leur parti sur leurs chemises", explique le politologue béninois Expédit Ologou

Et surtout, pendant les courses, les plus bavards "font tout pour convaincre leur passagers d'aller voter pour leur favori", souligne-t-il. "Par leur métier de transporteurs, les taxi-motos sont des colporteurs d’information et un incroyable vecteur de transmission".

Chaque matin, les plus politisés d'entre eux se retrouvent autour d'un célèbre kiosque à journaux situé derrière le centre hospitalier universitaire de Cotonou.

De là, les zemidjan lisent attentivement les unes des journaux placardées sur une cahutte en bois et se rassemblent autour d’un petit poste-radio pour écouter la très populaire revue de presse du journaliste Dah Houawé, en langue locale.

S’ensuit alors des débats animés, parfois houleux, où chacun, exprime avec virulence et humour sa position dans la pure tradition démocratique du Bénin, qui fut le premier pays ouest-africain à avoir renoué avec le multipartisme en 1990.

Camp sur chaque trottoir 

"De ce côté du trottoir, il y a la droite, ceux qui soutiennent le président Patrice Talon", explique l'un d'eux, Edah Modeste. Lui, fait campagne pour le chef de l’Etat "qui a refait les routes et arrêté la corruption des policiers".

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"Là-bas, vous avez la gauche, l’opposition", poursuit le chauffeur en montrant du doigt le trottoir d'en face où une vingtaine de zemidjan sont stationnés.

Ceux-là dénoncent "la fin de la démocratie sous Talon" et "une vie toujours plus difficile pour les pauvres", disent-ils.

Plusieurs portent sur leurs chemises jaunes les noms de Thomas Boni Yayi, l'ancien chef de l'Etat rival du président Talon, et de Lionel Zinsou, ancien Premier ministre arrivé deuxième à la présidentielle de 2016, qui vivent tout deux actuellement en exil.

Entre les deux camps, on s’invective, on se vanne joyeusement, chacun accusant le trottoir d’en face "d’être des illettrés" et "de prendre l’argent des candidats pour faire campagne".

Car pour s’assurer de leur soutien, les politiques n’hésitent pas à sortir les Francs CFA. "Durant les campagnes, tous les partis ont un budget pour les taxi-motos, on paye pour qu’ils escortent les caravanes, remplissent les meetings et fassent la publicité de notre candidat", affirme un ancien responsable de campagne sous le couvert de l'anonymat.

"Pas une campagne, une ballade" 

Mais cette année, une partie des zemidjan fait la moue. A l'approche du scrutin "ce n’est pas une campagne politique auquel nous assistons, mais une ballade", peste Emmanuel un moto-taxi de 28 ans, qui ne souhaite pas donner son nom de famille.

"Avant, on avait une trentaine de candidats, et c’était la fête", explique le chauffeur qui, entre deux courses, fait une pause à l’ombre d’un manguier.

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"Mais là ils ne sont que trois candidats et en plus Patrice Talon sait déjà qu’il va gagner", explique-t-il, déçu de n’avoir pu récupérer quelques billets pour ce scrutin.

Les zemidjan "sont perdants dans cette élection", explique M. Ologou. "Il n’y pas de concurrence, et donc pas beaucoup d’opportunités financières pour eux".

En "véritables politiciens", ils n'hésitaient pas à prendre l’argent dans tous les camps, confie Emmanuel le chauffeur. Mais à la fin, assure-t-il, "c'était bien pour notre candidat de cœur que l'on faisait vraiment campagne".

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