Présidentielle au Bénin : un mort dans une manifestation dispersée par l'armée

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Présidentielle au Bénin : un mort dans une manifestation dispersée par l'armée (1)
Le président béninois, Patrice Talon, ici, reçu au Palais de l'Elysée en 2016, par François Hollande. Le chef de l'Etat brigue un second mandat lors de l'élection présidentielle du 11 avril 2021. Le pays est en proie à de nombreuses manifestations contre l'absence d'opposition les jours précédents le scrutin. 
Michel Euler (AP)
Mis à jour le
8 avril 2021 à 18:52
par TV5MONDE Avec AFP
Au moins une personne a trouvé la mort ce jeudi 8 avril alors qu'elle participait à une manifestation dissipée par l'armée à Savè. Au nord et au centre du pays, les mouvements de contestation se multiplient depuis le début de la semaine, alors que l'élection présidentielle se tiendra ce dimanche 11 avril. L'absence d'opposition au président Patrice Talon est décriée dans les rangs des protestataires. 
Une intervention de l'armée pour disperser des manifestants protestant contre l'absence de l'opposition à l'élection présidentielle de dimanche, a fait au moins un mort et six blessés, jeudi, au Bénin.  
 
"Nous avons reçu un cas de décès par balle et six personnes blessées par balles", a affirmé José Godjo, le directeur du dispensaire de Boni, un quartier de la ville de Savè, dans le centre du Bénin. 
 
Des soldats sont intervenus dans la matinée dans cette ville située à 250 km au nord de Cotonou, la capitale économique, pour déblayer les barrages montés, depuis lundi, par les protestataires sur la route principale. 

Selon des témoins, les militaires ont d'abord fait usage de grenades lacryogène. Ils ont ensuite "tiré en l'air" pour disperser les manifestants avant de dégager la chaussée.

"Les militaires sont arrivés le matin, a expliqué le maire de la ville, Denis Oba Chabi.
On m'a informé qu'ils ont tiré à balles réelles et qu'il y avait des blessés. Alors j'ai pris mon véhicule pour venir au dispensaire, et ce que j'ai vu est terrible. De mes yeux, j'ai vu trois blessés par ballles, et une personne qui a trépassé."

En début d'après-midi, la ville était totalement déserte. De nouveaux tirs ont été entendus vers 13h45 locales.

"Personne ne fait aucun bilan actuellement. L'armée s'occupe de rétablir la quiétude dans les localités où il y a menace à la paix et sur les édifices publics", a commenté un haut gradé de l'armée.

Depuis le début de la semaine, le nord et le centre du pays sont en proie à de nombreuses protestations. La route principale menant à Cotonou a été coupée par des électeurs mécontents de l'absence de l'opposition au scrutin présidentiel. 

(Re)voir : Présidentielle au Bénin : des manifestations et des barrages bloquent la circulation
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"Candidats fantoches"

La réélection de Patrice Talon, ancien magnat du coton arrivé au pouvoir en 2016, accusé d’avoir engagé cet Etat ouest-africain dans un tournant autoritaire, fait peu de doutes. Ses adversaires s’avèrent être deux candidats quasiment inconnus du public, les anciens députés Alassane Soumanou et Corentin Kohoué. 

Ils sont tous deux taxés "de candidats fantoches" par la plupart des opposants béninois, qui n’ont pas été autorisés à se présenter.

Les grandes figures de l’opposition sont en exil ou condamnées à des peines d'inéligibilité. D'autres ont vu leur candidature recalée par la Commission électorale en raison d'un nombre insuffisant de parrainages (154 des 159 élus béninois appartiennent à la mouvance présidentielle).

En mars, une dirigeante de l'opposition a été incarcérée, accusée d’avoir voulu faire assassiner des personnalités politiques. 

Il y a quelques jours, un juge d’un tribunal spécial anti-corruption s’est enfui du pays. Il affirme avoir subi des pressions du pouvoir pour inculper des opposants. 
De leur côté, les autorités ont dénoncé "une manipulation politique" et accusé des personnalités à l’étranger de tenter de faire annuler l'élection voire même de lancer des appels au coup d’Etat.

Dans le sud du pays, la campagne se déroule normalement, presque sans heurt. Certains Béninois déplorent même une campagne sans ferveur.
 

Le taux de participation, enjeu du scrutin

Le président "plait beaucoup à la jeunesse éduquée et à l’élite du pays", affirme à l’AFP Mathias Hounkpe, de l’Open Society initiative for West Africa (Osiwa).

Au sortir de cinq ans de présidence, Patrice Talon revendique un bon bilan économique, à savoir, un assainissement des finances publiques, une amélioration du climat des affaires et une digitalisation de nombreux services publics. 

En dépit du coronavirus, le pays a réussi à maintenir une croissance positive en 2020. 
Même si son bilan est très positif, une élection n’est jamais gagnée d’avance”, tempère le directeur de la communication de M.Talon, Wilfried Houngbédji. "Nous espérons que le peuple ira massivement voter". 

C’est le véritable enjeu de ce scrutin pour le président, "pas tellement d’être réélu dès le premier tour, mais de l’être avec un fort taux de participation", selon M. Hounkpe.
38% des Béninois vivent encore sous le seuil de pauvreté, et ceux-ci n’ont pas vu leur condition de vie changer drastiquement. 
 
Pour les cinq prochaines années, le président qui affirmait prétendre à un mandat unique avant de se raviser, le promet : "le développement, ça y est", selon son slogan de campagne.

(Re)voir : Présidentielle au Bénin : une élection sous tension
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