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Présidentielle en Algérie : "J’appelle le pouvoir en place à retrouver la voie de la raison", Zoubida Assoul

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Porte-parole du mouvement Mouwatana créé en juin 2018 contre la perspective du 5e mandat d'Abdelaziz Bouteflika, Zoubida Assoul dirige le parti d'opposition UCP. Tout comme le Hirak, le mouvement de contestation, elle rejette l'organisation par le pouvoir algérien d'une élection présidentielle le 12 décembre 2019 et demande, au préalable, un "assainissement" du socle constitutionnel. Entretien.

TV5MONDE : Après neuf mois de contestation, l'élection présidentielle du 12 décembre semble se préparer comme si de rien n’était. Partagez-vous ce sentiment ? 

Zoubida Assoul : En Algérie, l’élection présidentielle revêt une importance capitale. En effet, jusqu’à présent et selon la constitution toujours en vigueur, le président dispose de tous les pouvoirs. Mais, ici, les citoyennes et les citoyens ne s’intéressent pas du tout à ce scrutin. La preuve, aucun candidat ayant déposé un dossier devant l’ANIE, l'Autorité nationale indépendante des élections - qui est elle-même anticonstitutionnelle- n’a réussi à recueillir les signatures de plus de 3% des 24 millions d’électeurs et d’électrices. Ce qui explique ce manque d’intérêt, c’est que les millions d’Algériens qui descendent dans la rue depuis maintenant neuf mois ne sont pas du tout d’accord avec ces élections. Pour eux, les visages du pouvoir de Bouteflika sont toujours là et le gouvernement qui organise les élections a été nommé par l’ancien président alors qu’il n’était pas encore démissionnaire. Ce que demande le peuple, c’est une période d’assainissement avant le retour au processus électoral.

Les cinq candidats retenus par l'autorité électorale, en attendant validation du Conseil constitutionnel, sont tous plus ou moins liés à Bouteflika...

Là encore, il suffit d’écouter le peuple ! Les gens qui descendent dans la rue ne se reconnaissent pas à travers ces candidats ! A des degrés divers, ces cinq personnes ont une responsabilité dans la gestion de l’Algérie au cours des vingt dernières années ! La majorité des cinq candidats sont âgés, ce qui va, là encore, à l’encontre des revendications d’une population jeune, qui représente 70 % de la population du pays et qui ne se reconnaît pas dans ces gens-là, dans leur pratique politique ancienne et dans le fait qu’on ne peut pas faire du neuf avec du vieux. Je pense que tout projet qui n’est pas basé sur l’adhésion populaire est voué à l’échec total.

Un manifestant à Alger le vendredi 4 octobre 2019.
Un manifestant à Alger le vendredi 4 octobre 2019.
© AP Photo/Toufik Doudou

En tant que responsable politique de l'opposition, que demandez-vous ? 

En essayant d’organiser, vaille que vaille, ces élections le 12 décembre prochain, le pouvoir commet une tentative de coup de force. Moi, en tant que cheffe de parti de l’opposition constructive, j’ai depuis le départ proposé une solution de sortie de crise, à savoir aller vers un dialogue inclusif afin d’assainir la situation, de rebâtir l’Etat sur de nouvelles bases, d’aller vers un processus électoral en ayant, au préalable, revu un certain nombre de dispositions constitutionnelles, en ayant revu tout l’arsenal juridique qui encadre l’opération politique afin de garantir une compétition loyale, transparente et qui garantisse l’égalité des chances et l’égalité des citoyens devant la loi. Aujourd’hui, nous considérons que ces élections ne peuvent pas avoir lieu car elles ne vont pas régler la crise, bien au contraire, elles vont l’aggraver. Il suffit de voir la crise qui secoue aujourd’hui le secteur de la justice, un secteur très important. L’usage de la force à l’encontre des magistrats dans l’enceinte même des juridictions est un dérapage très grave. On n’a jamais vu cela en Algérie et cela n’augure rien de bon.  

    Les Algériens ont atteint une maturité politique exceptionnelle, tout le monde a conscience des enjeux de la période que nous traversons.

    Zoubida Assoul, opposante algérienne

    Faut-il s’attendre à un durcissement des deux côtés ? 

    La chose la plus importante à signaler depuis février, c’est que le peuple a pris conscience de l’importance de rester pacifique. Les Algériens ont atteint une maturité politique exceptionnelle, tout le monde a conscience des enjeux de la période que nous traversons, par conséquent il ne peut pas y avoir et il n’y aura pas de violence de la part des citoyens et citoyennes. Du côté du pouvoir, en revanche, la violence et la répression sont utilisées. Ces derniers jours encore, des gens ont été incarcérés pour port de l’étendard Amazigh ou simplement pour leur opinion. Le pouvoir use et abuse donc de la répression et de l’incarcération des opposants mais je ne pense pas que l’armée algérienne qui est populaire et bénéficie d’un grand respect puisse user de la force contre les citoyens qui manifestent pacifiquement.

    Si ces élections ont lieu, quel rôle pourra jouer un parti d'opposition comme le vôtre ?

    Mon parti n’est pas le seul. L’UCP appartient à un regroupement baptisé le PAD, le Pacte de l’alternative démocratique dans lequel on retrouve des partis politiques, mais aussi la société civile et un certain nombre de collectifs et de syndicats qui appuient notre démarche basée sur la revendication d’une solution politique au lieu de s’accrocher à des élections qui n’apporteront certainement aucune réponse à cette crise politique inédite. A titre personnel, je doute fort que l’élection puisse avoir lieu et j’appelle encore une fois le pouvoir en place à retrouver la voie de la raison. Il n’est pas possible de continuer ainsi.

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