Présidentielle en Côte d'Ivoire : la désinformation pullule sur les réseaux sociaux

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A l'orée de l'élection présidentielle ivoirienne, samedi 31 octobre, les fausses informations foisonnent sur les réseaux sociaux. En 2018 déjà, Alassane Ouattara avait  annoncé une loi pour endiguer le phénomène, mais elle n'est jamais entrée en vigueur.
Rebecca Blackwell (AP)
Mis à jour le
28 novembre 2020 à 18:35
par TV5MONDE Avec AFP

Fausses déclarations, images détournées, vidéos sorties de leur contexte... Les réseaux sociaux en Côte d'Ivoire se sont transformés en vaste terrain de désinformation avant la présidentielle de samedi, qui se tiendra dans un climat déjà tendu.

Les partisans d'Alassane Ouattara, candidat à sa succession et ceux de l'opposition, qui estiment qu'il viole la Constitution en briguant un troisième mandat, n'ont pas attendu la campagne officielle pour afficher leurs rivalités.

Ces dernières semaines, sur les réseaux sociaux et sur la messagerie WhatsApp, chacun a accusé la partie adverse à coup de fausses publications.

Certains ont prétendu montrer des photos de "prisonniers politiques sous Ouattara", en utilisant des images de 2006 dénonçant les conditions de détention dans les prisons ivoiriennes.

D'autres ont affirmé que des bus de l'opposition avaient provoqué des accidents mortels en diffusant des photos d'accidents survenus au Ghana entre 2018 et 2020. L'annonce de la fermeture pour travaux du stade d'Abidjan à quelques jours d'un grand meeting de l'opposition a aussi circulé...

Autre publication virale: une militante pro-Ouattara en train de préparer des bulletins de vote pour "bourrer" les urnes. En réalité, elle manipulait des spécimens destinés à expliquer la procédure du vote à la population.

Armes et mercenaires

D'anciennes images de manifestations ont aussi été ressorties en les faisant passer pour des protestations actuelles.

Certaines rumeurs, plus anxiogènes et difficilement vérifiables, faisaient état de livraisons d'armes (machettes, fusils d'assaut Kalachnikov...) dans des quartiers d'Abidjan et de province. Ou de l'arrivée de mercenaires des deux bords.

Une trentaine de personnes sont mortes dans des violences pré-électorales et des affrontements intercommunautaires depuis le mois d'août.

Les réseaux sociaux amplifient les risques d'escalade et de violences dans un pays où les rivalités politiques et appartenances ethniques se superposent souvent.

La crainte de nouveaux incidents meurtriers est forte, dix ans après la crise post-électorale de 2010-2011, née du refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale face à Alassane Ouattara.

"La désinformation fait partie de la guerre que se livrent les politiques. C'est une modalité d'expression entre eux", explique Fahiraman Rodrigue Kone, chercheur à l'African Security Sector Network (ASSN). "Ce qui est nouveau, c'est que les réseaux sociaux amplifient cette désinformation".

En août, une photo de soldats français arrivant à Abidjan a suffi à répandre la rumeur selon laquelle des renforts français débarquaient pour soutenir Ouattara, dix ans après l'intervention de la France pour l'installer au pouvoir et mettre fin à la crise. Il s'agissait en réalité de la relève de routine du contingent présent dans le pays.

Plusieurs publications sur les réseaux sociaux et même des articles dans la presse ivoirienne ont affirmé qu'un "constitutionnaliste international" jugeait que le président sortant Alassane Ouattara était bien éligible pour un troisième mandat. Cet éminent spécialiste du droit constitutionnel existe-t-il ?

(Re)voir : En Côte d'Ivoire, un soutien fantôme pour Alassane Ouattara [à vrai dire]

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"Rancoeurs et frustrations"

Des images de mouvements de contestation en Guinée, Nigeria ou Mali voisins ont aussi été "recyclées".

Une vidéo d'un péage en feu prétendument à Abidjan a ainsi abondamment circulé. Pour les uns, c'était l'oeuvre de "milices" favorables au pouvoir, pour les autres une action de l'opposition qui prône la "désobéissance civile". Il s'agissait d'images du péage de Lekki à Lagos, un des points névralgiques de la contestation au Nigeria.

Face à la recrudescence des publications fausses ou trompeuses, le président Ouattara avait annoncé en juin 2018 une loi contre les "fake news", mais elle n'est jamais entrée en vigueur.

L'article 173 du Code pénal ivoirien sanctionne "la publication ou reproduction de nouvelles fausses ou falsifiées" de peines pouvant aller jusqu'à trois ans de prison et 5 millions de francs CFA (7.500 euros).

Facebook agit de son côté. Le réseau a démantelé, en juin 2020, un réseau lié à une firme tunisienne, Ureputation, impliquée dans des opérations d'influence dans les élections de plusieurs pays africains, dont la Côte d'Ivoire.

"Nous prenons très au sérieux les interférences électorales étrangères et nationales et nous avons mis en place des équipes spécialisées et des technologies dédiées pour mettre fin à ce genre d'activités en Côte d'Ivoire, en Afrique et dans le monde", a déclaré une porte-parole de Facebook, jointe par l'AFP.

Pour Fahiraman Rodrigue Kone, le meilleur moyen de lutter contre les fausses publications est d'agir sur ses causes. "Les fake news montrent les frustrations et les rancœurs, car les réconciliations nécessaires à la paix après la crise de 2010 n'ont pas eu lieu", souligne-t-il. "La responsabilité en incombe aux hommes politiques".

(Re)voir : Exclusif - Laurent Gbagbo à TV5MONDE : "Ce qui nous attend, c'est la catastrophe"
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