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Présidentielle en RDC : la Lucha, une vie de lutte

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©TV5MONDE / Reportage : A. Fouchard - R. Monjanel

Les militants de la Lucha étaient venus réclamer de l’eau. Ils sont devenus les parias d’un régime autoritaire. Ce mouvement citoyen, né en 2012 sur des revendications sociales est régulièrement reprimé en République Démocrattique du Congo. Ces militants sont arrêtés, emprisonnés et torturés mais continuent de se battre pour leurs idéaux. Reportage à Goma, berceau de la Lucha, à moins de deux semaines des élections présidentielles.

«Au début, tout allait bien», sourit doucement Rebecca Kabugho, une des figures de la Lucha à Goma. Il est 5 heures ce matin et elle est revenue avec un de ses camarade sur la plage du Peuple, au quartier Himbi. Dees dizaines de personnes puisent de l’eau dans l’immense lac Kivu et remplissent de lourds bidons qu’il faut ensuite acheminer à pied jusque dans les quartiers. «C’est à partir de ce moment qu’on s’est dit que ce n’était pas normal. Que des jeunes soient obligés de manquer les cours pour aller puiser de l’eau pour la journée, alors qu’on a des réserves immenses mais simplement pas les infrastructures».

Nous on veut que la population soit exigeante pour avoir un gouvernement redevable. Ce qui nous motive chaque jour, le pourquoi de la lutte, c’est faire en sorte que la population exerce ses droitsRebecca Kavugho, militante de la Lucha

Mais à mesure que le président de la République, multiplie les stratégies pour se maintenir au pouvoir, les revendications sociales laissent place aux exigences politiques. Les Luchéeens s’attaquent à la corruption, à la mauvaise gouvernance et même à l’Église. Avant de réclamer l’alternance et le départ de Joseph Kabila.

Prisonniers politiques

En 2016, Rebecca devient la plus plus jeune prisonnière politique au monde, selon Amnesty International. Elle passe 6 mois derrière les barreaux pour avoir préparé une manifestation contre le président. Deux semaines avant sa libération, «on est venu m’annoncer que j’avais eu une grâce présidentielle. J’ai refusé. Ils m’ont mis dehors de force», se souvient-elle. Elle a eu le temps d’écrire son mémoire de fin d’étude de psychologie en prison. «C’est sur les conditions de vie des femmes incarcérées», explique t-elle. Presque un pied de nez aux autorités.

Autre victime de la répression, Trésor Muyisa, surnommé Lumumba. C’est dans un petit hôtel de Bukabu à plus d’une centaine de kilomètres en bateau de Goma, que nous le rencontrons. Mi-novembre, il a été kidnappé et torturé. Il garde les traces de ses sévices et un lourd traumatisme psychologique. Simulation de noyade, menaces. Trésor a cru mourir.

Ils m’ont amené de l’eau et ils mettaient ma tête dans l’eau du seau. Ils ont répété ça plusieurs fois. Après cette torture ils ont joué avec mes parties intimes. Et après ça, ils sont venus prendre mes mesures du corps, ils sont venus avec le cercueil et ils m’ont mis dedansTrésor Muyisa, militant de la Lucha

Les ravisseurs sont inconnus. Mais pour les militants de la Lucha, c’est le pouvoir qui est derrière cet enlèvement. Ce quee nie formellement le gouverneur de la région du nord-kivu, Julien Paluku. " Vous vous imaginez tout un gouvernement s’occuper d’un monsieur qui se surnomme « Lumumba » ? Vous vous imaginez tout le gouvernement de la RDC qui s’occupe de ce monsieur qui nous inquiéterait au point d’organiser un kidnapping ? La Lucha ne constitue pas une menace, on a aucune raison d’arrêter quelqu’un simplement parce qu’il s’appelle Lucha."

Pas question pour les militants d’abandonner la lutte. Sur les réseaux sociaux leurs publications acerbes et critiquees hérissent le pouvoir. Leur manifestation sont reprimées, interdites, dispersées, souvent dans la violence.
Mais pas ce matin, a quelques jours des élections, une trentaine de jeunes traversent la ville en courant, pancartes à la main, en direction du siège de la Monusco. La police est déjà là, mais les laisse déposer un mémorandum aux Nations-Unies. Claude Kinyuyi expliique que : «Les élections qu’on est en train de nous organiser c’est une parodie, c’est une occasion pour la monusco de protéger les activistes et la population congolaise. Faire pression sur le régime en place pour que le choix du peuple congolais soit respecté.» Les Luchéens fanfaronnent devant le commandant de police qui finit par repartir avec les forces de l’ordre.

Révolution citoyenne

Tous, veulent des élections crédibles. Impossible selon eux, avec les machines à voter, électroniques. Des machines à voler comme ils les appellent. Même au sein de la Lucha les débats sont vifs. Certains voudraient boycotter le scrutin, d’autres appellent à ne pas se démobiliser. Claude Kinyuyi voudrait que cette «parodie d’élection puisse être utilisée comme une feuille de route pour une révolution et une transition citoyenne». Un vœu pieux.
La Lucha, c’est l’histoire d’une jeunesse congolaise qui se bat pour une vie meilleure. Même si cela implique des sacrifices. Justin, quue tout le monde appelle «Croco», vient de se marier. Sa femme avoue avoir peur de le perdre. Lui rigole, en promettant le contraire.
Christian Samba son père, a peur lui aussi. Mais il soutient son fils et son engagement. « Notre pays c’est la République démocratique du Congo. Si réellement cette démocratie était bien appliquée, il n’y aurait pas de problème. Malheureusement il y a toujours de la répression, même sur une marche pacifique… »

Les élections sont prévues pour le 23 décembre. L’ensemble du matériel électoral n’a pas encore été deployé et un enttrepôt de la Commission électoralenationale indépendante a brûlé a Kinshasa. Les militants de la Lucha eux seront dans les bureaux de vote, partout au Congo pour «s’assurer que le scrutin ne soit pas volé».

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