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Quel futur pour le football féminin en Afrique ?

Un symposium sur le football féminin en Afrique s'est tenu cette semaine à Marrakech à l'initiative de la Confédération africaine de football. Si l'événement a exploré les pistes d'un possible développement du football féminin sur le continent, celui-ci reste soumis à bien des hypothèques.

Un constat réaliste


Autour du mot d’ordre « relevons le défi » s'est réuni à Marrakech 48 heures durant, du 5 au 7 mars, un symposium sur le football féminin en Afrique. Une grande première sur le continent africain, que le président de la Confédération africaine de football, le Malgache Ahmad Ahmad, a ouvert ce lundi. « Ce symposium existe parce que j’ai pris des engagements clairs lors de ma campagne d’élection à la présidence de la CAF. Le football féminin doit rattraper son retard, mieux s’organiser, disposer de moyens accrus et devra populariser sa pratique », a déclaré le dirigeant dans son discours d’ouverture. « Je vous invite à approfondir la réflexion sur tous les thèmes retenus, à discuter pied à pied, à casser les tabous s’ils se présentaient et enfin à décider d’une ligne de progrès qu’il faudra suivre », avait ajouté le successeur d'Issa Hayatou.

Ahmad Ahmad (Président de la CAF)


Après une séance plénière, à laquelle assistait la secrétaire générale de la FIFA, la Sénégalaise Fatma Samoura, les participants, répartis en sept groupes de travail, ont exploré toutes les facettes du sujet : du développement de la pratique à la formation des éducateurs, en passant par le sponsoring, le rôle du sport dans la promotion et la socialisation de la femme sans oublier la question de sa médiatisation.

Une batterie de recommandations


Qu'est-il ressorti de ces deux journées d'échange ? Diverses recommandations, qui seront examinées par le comité exécutif de la CAF lors d'une prochaine session. Citons en matière de formation l’obligation pour toutes les associations nationales de disposer d’entraîneurs féminins à la tête des équipes et/ou des clubs. Sur les compétitions, participantes et participants ont proposé d'augmenter le nombre de femmes entraîneurs et le nombre de compétitions féminines au niveau local, zonal et continental. Toujours dans cette approche quantitative des enjeux, l'idée d'une augmentation du nombre d’équipes participantes à la CAN a été émise. La création d'une Ligue des Champions féminine avec les clubs des pays les mieux classés à la CAF a été suggérée. Dans le but de développer le sponsoring pour le football féminin, diverses préconisations ont été formulées, appelant notamment à la promotion du football féminin dès la base à travers les écoles, à l’engagement des gouvernements à promouvoir le football chez les filles, à encourager les clubs à se doter de sections féminines.

Une première mesure concrète


En attendant qu'une suite concrète soit éventuellement donnée à ces recommandations, le président de la CAF a profité de son discours de clôture pour annoncer la création d’un nouveau département du football féminin. Installé au niveau de l’administration centrale de la Confédération, « cet organe nouveau a des attributions précises, a précisé Ahmad. Il devra organiser et optimiser tout l’environnement du football féminin sur le continent. Il devra veiller à la stricte application des décisions du Comité Exécutif en matière de football féminin, soutenir les fédérations nationales dans leur mission locale pour dynamiser la pratique de masse, organiser les compétitions et faire naître des équipes d’encadrement à tous les niveaux. » Signe de sa volonté en la matière, Ahmad Ahmad a annoncé la nomination de Clara Weah, « First Lady » du Liberia, au poste d’ambassadrice du football féminin en Afrique.

Un problème de civilisation ?


La tâche s'annonce difficile. Comme son « grand frère » masculin, le football féminin africain pâtit de la faiblesse - voire de l'absence - des infrastructures et du manque de moyens et de structuration des clubs. Dans son discours d'ouverture du Symposium, le président de la Confédération africaine de football insistait aussi sur un autre problème, plus sociétal voire civilisationnel. « Nous sommes en Afrique où le poids de nos traditions, l’influence de nos coutumes pèsent sur le contexte de la pratique sportive féminine », disait Ahmad Ahmad. Est-ce partout le cas sur le continent ? Mohamed Bouguerra ne manque pas de répondant sur le sujet. Journaliste pour le bihebdomadaire algérien Botola, ce confrère a été à l'initiative du développement d'une rubrique consacrée au football féminin dans les colonnes du journal, qui présente chaque année un numéro consacré à 100% au sujet à l'occasion de la Journée internationale du droit des femmes. « Les femmes sont une écrasante majorité des diplômés des grandes universités. La voiture s'est démocratisée aussi, toutes les filles conduisent. Résultat, le foot est la dernière chasse gardée des garçons. Le football féminin fait contre lui l'unanimité des laïcs et des religieux », analyse Mohamed Bouguerra, pour qui les instances dirigeantes font fausse route.

La base plutôt que la vitrine...


« L'émergence du foot féminin est artificielle, poussée par la FIFA et encouragée par les sponsors face à la saturation du marché masculin. Tous les pays ont été obligés de se lancer, à marche forcée. En Algérie, par exemple, cette campagne est tombée au moment où le gouvernement combattait l'intégrisme. Le football féminin a donc été très soutenu en 1994 et lors des années suivantes. Mais le soufflet est vite retombé quand la paix est revenue. Beaucoup de pays ont ainsi mis la charrue avant les boeufs. » Appelées à se mobiliser, les Fédérations n'ont ni les moyens ni, bien souvent, la volonté de le faire dans la durée. L'exemple récent du Bénin, qui décide de retirer au dernier moment son équipe féminine du tournoi de l'UFOA de peur de la voir se ridiculiser, en témoigne : qu'avaient fait les autorités sportives du pays pour présenter à ce tournoi une escouade compétitive ?

Manuella Mongombe (capitaine de la sélection centrafricaine)


Capitaine de l'équipe nationale de Centrafrique, Manuella Mongombe déplore un total manque de moyens : « Cela fait 9 ans que l'équipe féminine de Centrafrique ne participe à aucun tournoi, ni aux éliminatoires des compétitions. » La solution ? « Faire tourner normalement le championnat et aussi créer des centres de formation dans tous les pays d'Afrique », répond Manuella Mongombe. « Il faut agir à la base avant de s'occuper de la vitrine. Le football féminin africain a besoin de massification. Avant d'envisager des CAN élargies, il faut se pencher sur les besoins des joueuses en éducateurs. Ce doit être la priorité, poursuit Mohamed Bouguerra. Faute de quoi, on en restera à du bricolage, avec seules quelques joueuses qui arrivent au sommet. La plupart de celles que j'interviewe me disent encore qu'elles ont appris dans la rue. L'Afrique ne peut plus s'en contenter. »