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Quel futur pour le football féminin en Afrique ?

Un symposium sur le football féminin en Afrique s'est tenu cette semaine à Marrakech à l'initiative de la Confédération africaine de football. Si l'événement a exploré les pistes d'un possible développement du football féminin sur le continent, celui-ci reste soumis à bien des hypothèques.

Le 14 juin, débutera en Russie la Coupe du Monde 2018. Parmi les cinq équipes africaines qualifiées pour cette vingt-et-unième édition, quatre comprendront une proportion plus ou moins importante de joueurs binationaux dans leur effectif de 23 joueurs : le Maroc, le Nigeria, le Sénégal et la Tunisie. Pour ces joueurs, le choix des couleurs sous lesquelles va se dérouler leur carrière internationale est bien souvent difficile, voire cornélien. Cela n'a pas toujours été le cas. Jusqu’en 1964, il était en effet possible pour les footballeurs de jouer successivement pour plusieurs équipes nationales à condition d’en avoir la nationalité : soit par la double-nationalité, soit en ayant été naturalisé. La Fédération internationale de football (FIFA) est alors intervenue pour réguler les choses. Depuis, les binationaux ne peuvent changer de nationalité sportive qu’à un moment donné de leur carrière. Jusqu'en 2009, ce choix devait intervenir avant l'âge de 21 ans : un jeune joueur ayant par exemple défendu les couleurs françaises en catégories juniors ou espoirs ne pouvait opter pour celles d'un autre pays après cet âge-là. Le congrès de la FIFA à Nassau en 2009 a voté l'abolition de la limite d'âge pour changer de maillot national. Décidé sous l’impulsion des fédérations africaines, cet assouplissement n'a pas tardé à se traduire par un afflux parfois massif dans les sélections du continent de joueurs nés en Europe et non retenus en match officiel par l'équipe nationale « A » de leur pays de naissance. « J'ai commencé en jouant en équipe de France jusqu'à l'âge de 20 ans, et j'ai changé ensuite de nationalité sportive en optant pour le Mali », se souvient Brahim Thiam, ancien défenseur central de Caen et Reims, aujourd'hui consultant sur BeIN Sport.

Le double dilemme d’Issa Diop


Ce changement de réglementation a modifié la donne et impacté durablement le métier de sélectionneur en Afrique. Le réservoir de joueurs disponibles s’en trouvant agrandi, les techniciens en charge des équipes nationales africaines y voient des occasions supplémentaires d’enrichir leur effectif. En ces mois de préparation pour la Coupe du Monde, les manœuvres s’accélèrent. Le Sénégal a déjà obtenu cet automne les renforts de Youssouf Sabaly, latéral droit de Bordeaux formé au PSG, et de Mbaye Niang, actuel attaquant du Torino et présenté au début de la décennie comme l’un des grands espoirs du football… français à son poste. D’autres joueurs pourraient rejoindre les Lions de la Teranga avant le grand rendez-vous russe.

Issa Diop (France/Sénégal/Maroc)


Parmi ces possibles, le cas d’Issa Diop fait particulièrement débat. Ce prometteur défenseur central de Toulouse a vu le Sénégal, pays de son père, et le Maroc, patrie de sa mère, se disputer ses services. Petit fils de Libasse Diop, joueur sénégalais professionnel aux Girondins de Bordeaux dans les années 1970, le jeune homme de 21 ans se donne un peu de temps pour se décider. Autant que les possibles hésitations entre ses deux pays d’origine, l’espoir d’une prochaine sélection en équipe de France « A » justifie cette temporisation d’Issa Diop, confronté à un double dilemme.

Skhiri dit oui, Khedira dit non


Déjà riche de ses binationaux nés en France et aux Pays-Bas, le Maroc n’est pas le seul pays à puiser dans un double réservoir. Avec plus ou moins de succès. C’est ainsi que la Tunisie a récemment officialisé le renfort du milieu de terrain franco-tunisien de Montpellier, Ellyes Skhiri, en même temps que son homologue germano-tunisien d’Augsbourg, Rani Khedira, déclinait poliment l’invitation.

Rani Khedira (Allemagne/Tunisie)


« Je suis fier et honoré [que la Fédération tunisienne de football] ait pensé à moi pour disputer le Mondial sous les couleurs de la Tunisie, mais je ne parle qu’allemand. C’est ce qui m’a conduit à refuser », a expliqué Rani Khedira, frère cadet de l’international allemand Sami Khedira. Cette dernière fratrie ne sera pas répartie entre deux équipes nationales, comme ce fut le cas des Boateng, avec Jerome le défenseur sous les couleurs de l’Allemagne et Kevin Prince le milieu offensif sous celles du Ghana.

Le sélectionneur, garant du bon « mix »


Telles les mobylettes d’antan, une bonne partie des sélections africaines d’aujourd’hui fonctionnent donc grâce à un mélange. Comment assurer l’alchimie féconde de ces éléments, produits de réalités parfois très différentes ? « Quand j'arrivais en sélection, je gardais mon bagage "européen", mais j'étais là pour défendre les couleurs des Aigles et tout donner », raconte Brahim Thiam. Bien souvent, une série de mauvais résultats fera rejaillir dans les pays concernés une controverse entre adeptes d’une équipe nationale à ossature « locale » et partisans du recours aux joueurs binationaux. Un faux débat aux yeux du sélectionneur du Nigeria, Gernot Rohr.

Gernot Rohr (sélectionneur du Nigéria)


« L'équilibre ne dépend pas du nombre de nationaux ou de binationaux, mais de l'état d'esprit de chacun », juge celui qui conduira les Super Eagles en juin prochain lors du Mondial 2018. « Les joueurs peuvent s'adapter les uns aux autres. Ceux évoluant dans les Championnats européens peuvent donner des conseils et inversement, les locaux peuvent aider les premiers à appréhender le contexte des matchs en Afrique », estime Brahim Thiam. « Quand vous arrivez sur un terrain gorgé d'eau, vous ne pouvez pas jouer comme en Europe. » Garant de la bonne symbiose entre ses joueurs et de l’homogénéité du groupe, le sélectionneur joue plus que jamais un rôle clé dans ce délicat mélange.

La réglementation bientôt assouplie ?


La donne pourrait encore changer dans les mois ou les années à venir. Selon la BBC, le Cap-Vert aurait émis une proposition pour assouplir les règles dédiées aux binationaux. Si cette réforme est adoptée, un joueur ne comptant qu’une poignée de sélections avec un pays donné pourrait néanmoins changer de nationalité sportive par la suite.

Congrès de la FIFA


En attendant, les équipes nationales africaines devraient continuer à compter sur toutes leurs forces vives, locales comme binationales. « C’est une très bonne chose que l’Algérie puisse compter sur des joueurs nés en France et qui ont profité de la formation française. Ils ont rendu de grands services et nous avons besoin d’eux, maintenant et à l’avenir, déclarait ainsi récemment Rabah Saadane, ancien sélectionneur et actuel directeur technique national de l’Algérie. On ne peut pas se passer des binationaux, c’est une évidence. »

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