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RDC : l'Eglise rend hommage aux morts du 31 décembre

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TV5MONDE

Le 4 janvier est un jour traditionnellement férié en République démocratique du Congo, qui marque un épisode fondateur de la marche vers l'indépendance du pays en 1960. Une commémoration qui, ce jeudi 4 janvier 2017, s'est tenue dans un contexte tendu, quatre jours après la marche des catholiques sévèrement réprimée par les forces de l'ordre.

Officiellement, l'office célébrait la mémoire des "martyrs" du 4 janvier 1959, victimes de l'administration coloniale belge, qui avait interdit et réprimé leur manifestation : un épisode fondateur de la marche vers l'indépendance du 30 juin 1960.

Ce jeudi 4 janvier 2018, l'Eglise catholique de la République démocratique du Congo a poursuivi ses attaques contre le régime du président Kabila, dénonçant les "brutalités policières" au cours d'une messe à Kinshasa, quatre jours après la marche des catholiques sévèrement réprimée.

Morts d'hier et d'aujourd'hui

Très sévère envers le président Joseph Kabila, le cardinal de Kinshasa Laurent Monsengwo a estimé que ces "martyrs de l'indépendance rappellent les morts d'aujourd'hui qui ont subi les brutalités policières. (...) Ils sont morts parce qu'ils nous rappelaient que pacta sun servanda." 

Des mots en latin qui signifient : les accords doiventêtre respectés. Une allusion forte, directe, à l'accord de la Saint-Sylvestre, qui prévoyait la tenue d'élections présidentielles avant le 31 décembre... Le puissant épiscopat congolais avait parrainé fin décembre 2016 un accord majorité-opposition prévoyant des élections en décembre 2017 pour organiser la succession du président Kabila, dont le dernier mandat a pris fin le 20 décembre 2016. Le dimanche 31 décembre 2017, les forces de sécurité ont dispersé une marche organisée par une "coordination laïque" proche de l'église catholique exigeant le respect de cet accord.

Dans l'assistance, de nombreux fidèles qui ont défilé dimanche pour protester contre le président Joseph Kabila et son refus d'honorer cet accord. Egalement présents, les prêtres de leurs paroisses, encore sous le choc des évenéments... "A mi-chemin, la marche a été réprimé violemment (...) et après quand nous avons commené à ramasser les blessés, nous avons vu qu'il y en avait qui étaient blessés à balle réelle", a déclaré l'abbé Vincent Tshomba, curé de la paroisse Saint Joseph. Nous ne voulons plus d'un peuple amorphe qui ne peut que subir nous voulons un peuple debout qui joue son jeu démicratique de façon permanente. C'est cela la vraie démocratie.

En ce jour férié, le cardinal s'exprimait dans la cathédrale Notre-Dame du Congo pleine à craquer avec, au premier rang, deux des principaux opposants, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe. Dans l'assistance figuraient également des activistes du mouvement citoyens "Congolais Debout" et des proches des victimes de dimanche dernier. "Cela doit nous renforcer dans notre conviction que c'est le début de la fin de la dictature dans notre pays. D'autres actions doivent absolument suivre très rapidement", a déclaré après la messe Vital Kamerhe, ancien président de l'Assemblée nationale passé à l'opposition.

Répression et tirs à balles réelles ?

Devant la Cathédrale de Notre-Dame jeudi, plusieurs fidèles blessés durant la marche ont montré leurs blessures aux caméras. D'autres familles également présentes ont déclaré n'avoir toujours pas réussi à récupérer ou enterrer les corps de leurs proches. 
Richard Ibanda a perdu son neveu : Héritier Ibanda, 28 ans, est mort à la sortie de la messe.

Selon son oncle, le jeune homme a décidé de rentrer chez lui après les premiers tirs de sommation des policiers. C'est sur le chemin entre l'église et chez lui qu'il est tombé sur une jeep de policiers et de militaires qui lui ont tiré dessus, a-t-il déclaré. "Mon neveu n'est pas un terroriste comme l'affirment les autorités. Il avait une femme et deux enfants qui sont orphelins. Ce n'est pas un brigand, c'est un maçon que tout le monde connait dans le quartier", a ajouté Richard Ibanda.

Richard Ibanda et ses proches a amené son corps à la morgue de l'Hôpital général de référence de Kinshasa, le 31 décembre 2017. Ils y sont retournés le 2 janvier avec son avocat pour faire embaumer la dépouille d'Héritier mais ils ont été interpellés pendant plusieurs heures avant d'être libérés. Le lendemain, le 3 janvier, ils ont fait toutes les formalités nécessaires mais, selon lui, au moment où le corps devait être embaumé, la procédure a été stoppée net...

Polémique autour du bilan

Les actions et motivations des manifestants sont au coeur d'une polémique, tout comme le bilan de la répression des marches de dimanche. Selon les autorités, les violences ont fait quatre morts dont un policier, mais selon les organisateurs des marches, une douzaine de personne a été tuée.

Vendredi 5 janvier, le haut Commissariat aux Droits de l'Homme des Nations unies a pubié un communiqué avec un bilan actualisé des violences de la journée du 31 décembre 2017 :  "d'après les dernières informations recueillies, au moins cinq personnes ont été tuées, 92 blessées, et 180 autres ont été arrêtées. La majorité des personnes arrêtées ont été libérées", précise le communiqué.

Selon l'ONU, "les forces de sécurité auraient tiré à balles réelles, ainsi qu’avec des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes, y compris à bout portant dans certains cas". "Nous pensons que les chiffres des victimes des manifestations du 31 décembre 2017 pourraient être plus élevés. Nos collègues sur le terrain se sont vus refuser l'accès aux morgues, aux hôpitaux et aux centres de détention et ont été chassés de certains sites par les forces de défense et de sécurité, les empêchant ainsi de mener à bien leurs activités pour rendre compte de la situation des droits de l’homme", ajoute le communiqué.