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Rwanda : le chanteur et activiste Kizito Mihigo est mort

Kizito Mihigo lors du concert de commémoration des 20 ans du génocide "Kwibuka20", le 7 janvier 2014 à Kigali au Rwanda. © Creative Commons

Le chanteur rwandais Kizito Mihigo, dont la musique a été interdite par le pouvoir, a été retrouvé mort lundi 17 février dans sa cellule. La police affirme qu’il « s’est suicidé ».  Sa mort provoque émotion et réactions en RDC.

Le chanteur chrétien et activiste rwandais Kizito Mihigo a été retrouvé mort lundi 17 février au matin dans sa cellule. Il avait été arrêté il y a quatre jours alors qu'il tentait, selon la police, de traverser la frontière sud du Rwanda vers le Burundi.

Le porte-parole de la police John Bosco Kabera a déclaré que le chanteur avait reçu la visite de membres de sa famille et de son avocat durant sa détention. « Une enquête a été ouverte pour déterminer les raisons de son suicide », a-t-il rajouté.

Kizito Mihigo avait été accusé en 2014 d'avoir mobilisé des jeunes pour des mouvements rebelles en exil dont des membres sont accusés d'avoir activement participé au génocide de 1994 qui a fait 800.000 morts, essentiellement parmi les Tutsi, selon l'ONU. 

Il s'est attiré les foudres du Front populaire rwandais (FPR) en 2013 après avoir composé des chansons qui remettaient en question la façon dont le gouvernement exerçait un contrôle strict sur l'héritage de la tragédie de 1994.

L'une de ses chansons, Igisobanuro Cy'urupfu (L'explication de la mort), avait été interdite en 2014, car elle évoquait les crimes commis par les soldats FPR. 

Mihigo avait été condamné à une peine de dix ans de prison en 2015 pour «conspiration contre le gouvernement» avant d'être remis en liberté en septembre 2018. Il avait été gracié par le président Paul Kagamé avec 2000 autres prisonniers politiques.

Re(voir) : libération de Victoire Ingabire et Kizito Mihigo, avec 2000 détenus politiques

En RDC sa mort a suscité de vives réactions. Deux députés congolais, Patrick Muyaya et André Claudel Lubaya, ontremis en cause la thèse du suicide, le second dénonçant « les mains ensanglantées du pouvoir réactionnaire de Kigali. »

Le ministre rwandais en charge de l'Afrique de l'Est, Olivier Nduhungirehe a immédiatement réagi sur Twitter. 

De nombreux internautes congolais ont partagé sur la toile une chanson de Kizito Mihigo, « Mon frère congolais », qui exhorte à la réconciliation entre Congolais et Rwandais.

L'ONG de défense des droits de l'homme Amnesty international a demandé dans un communiqué « une enquête indépendante, impartiale et approfondie afin de déterminer la cause » de la mort du chanteur.

« Cette affaire ne doit pas être étouffée. L’enquête doit faire la lumière sur tous les faits, notamment sur l’implication possible d’autres personnes, et doit déterminer si les pratiques et les conditions de détention ont causé la mort de Kizito Mihigo ou y ont contribué. »
Deprose Muchena, directeur régional d'Amnesty International pour l'Afrique de l’Est et l'Afrique australe

Mihigo avait étudié l'orgue et la composition au Conservatoire de Musique de Paris en 2001 (avec le soutien financier du président Paul Kagamé). Il se présentait surtout comme un chantre de la réconciliation et de la paix. Il avait fondé une fondation dans ce sens la Kizito Mihigo Peace Foundation.
 

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