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Sénégal : en prison depuis 3 ans pour un post Facebook

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TV5MONDE / M. Chevance / C. Berthé / A. Renevier / V. Perez

Saer Kébé a été arrêté en mai 2015 pour "apologie du terrorisme" après avoir posté des commentaires sur la page Facebook de l'ambassade américaine au Sénégal. Plus de trois ans après, il attend toujours son procès. 

En ce jour de rentrée des classes, un élève manque à l'appel du lycée Demba Diop de M'bour, à 80km au sud de Dakar. Un groupe d'anciens camarades est venu soutenir Saer Kébé, arrêté en mai 2015 alors qu'il préparait le baccalauréat. Il est toujours en détention préventive. "Il devait être parmi ces élèves inscrits sur les listes pour cette année. Son avenir est en jeu. Imaginez, il est depuis trois ans en prison, un élève brillant, qui a perdu sa mère, qui devait être un soutien familial", témoigne son ami Douada Gueye. 

La cause de son arrestation : un message sur la page Facebook de l'ambassade américaine à Dakar posté en 2015. Il y dénonçait le soutien des Etats-Unis à Israël, après des bombardements sur des territoires palestiniens. 

Capture d'écran du commentaire
Capture d'écran du commentaire

Quelques semaines plus tard, il est arrêté pour "activité terroriste, apologie du terrorisme et association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes." 

Depuis, le jeune homme, en classe de terminale au moment de son arrestation, n'a pas eu le droit de passer l'examen du baccalauréat et sa demande de liberté provisoire a été rejetée. 

Réuni chez la grand mère de Saer, son comité de soutien affirme avoir saisi plusieurs autorités, dont le médiateur de la République, des responsables des ministères de la Justice et de l'Education nationale, en vain. Ses proches veulent se faire entendre : "Jusqu'ici l'appareil judiciaire a été sourd à nos revendications" explique Lamine Diagne, président du collectif de solidarité de Saer Kébé. "Si les choses ne bougent pas, nous comptons organiser une pétition des élèves, engager des marches et des rassemblements." 

La situation a chamboulé le quotidien de toute la famille. Son père ne va plus au travail. "Je suis fatigué. Quand je me lève,chaque matin, je vais soit au tribunal, soit à la prison apporter de la nourriture à mon fils. Le peu que j'ai, je lui donne" témoigne-t-il. Il réside en banlieue de Dakar, à plus d'une heure de route de la prison. Il soutient l'innocence de son fils et réclame la clémence des juges. 

Représenté par maître Assane Dioma Ndiaye, président de la Ligue sénégalaise des droits de l'homme, Saer Kébé n'est pas le seul dans cette situation. ​Pour son avocat, c'est une victime de plus dans un système inefficace : "Rien ne justifie cette détention. On est dans une spirale répressive extrêmement regrettable au Sénégal, les maisons d'arrêt sont pleines. Si vous faites le ratio, sur 1000 détenus, 800 sont en détention provisoire".

Amnesty International a fustigé cet été les longues détentions provisoires en matière de terrorisme au Sénégal : "des suspects dans des affaires de terrorisme ont été emprisonnés à l'issue de procès iniques, placés en détention provisoire pour des périodes prolongées ou empêchés de s'entretenir avec un avocat" précise le rapport, faisant notamment référence à l'affaire de l'imam Ndao. En 2016, le Sénégal, qui n'a jamais connu d'attentats, a renforcé son arsenal juridique, durcissant les peines qu'encourent les terroristes. En juillet 2018, au moins 30 personnes se trouvaient en détention pour des infractions en relation avec le terrorisme. Quatorze d'entre elles ont été acquittées depuis.
Un autre étudiant sénégalais, Ousseynou Diop, est en détention provisoire depuis novembre 2015, après avoir posté sur Facebook des commentaires sur l'attaque de Charlie Hebdo avec des menaces d'attentat. L'information de son dossier n'est pas close et l'affaire n'a toujours pas été renvoyée devant le procureur.

La famille de Saer Kébé vient d'apprendre que son procès pourrait avoir lieu d'ici la fin de l'année. Si le jeune homme  est jugé coupable, il risque cinq ans de prison ferme.

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