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Sénégal : la hausse des frais universitaires en France inquiète la jeunesse de Dakar

A quelques jours de la présidentielle, voici un nouvel épisode de notre série de reportages sur la société sénégalaise. Faute de moyens, certains étudiants doivent renoncer à postuler dans des universités françaises. Mais la détermination à partir demeure intacte sur le campus de Dakar. Rencontres.

« Les Français se sont levés un jour et ont augmenté les frais d’inscription. C’est inadmissible. » C’est par ces mots, prononcés par le candidat Ousmane Sonko lors d’un meeting à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, que le sujet de la hausse des frais universitaires en France a fait irruption dans la campagne présidentielle sénégalaise, dimanche 3 février. 

Le candidat « anti-système » réagissait à l’annonce en novembre, par le premier ministre français, Edouard Philippe, d’une nette augmentation des frais de scolarité pour les étudiants extra-européens.

► Dès la rentrée 2019, les étudiants extra-européens devront débourser 2.770 euros contre 170 euros aujourd’hui pour une année de licence, et 3.770 euros pour un master et un doctorat, au lieu de 243 euros. Le but, officiellement: améliorer les conditions d’accueil des étudiants internationaux, et leur allouer davantage de bourses.

« Ça m’a fait mal quand j’ai appris »

Même si une quinzaine d’universités ont d’ores et déjà refusé d’appliquer cette hausse, cette annonce a déclenché la colère de la jeunesse sénégalaise. Chantal Coly, 24 ans, fait partie de ceux qui s’indignent. “Ça m’a fait mal quand j’ai appris cette nouvelle, parce que j’ai compris que je ne pourrai jamais trouver cette somme”, raconte l’étudiante en Master 1 de Portugaisen rappelant que « même avant, les prix de l’université représentaient un coût important pour un Sénégalais » . Alors que les contours de cette mesure restent encore flous, Chantal fait toutefois le pari que celle-ci n’entrera pas en vigueur dès cette année, et a déjà candidaté dans plusieurs universités à Nantes, Marseille ou Paris.

Sur le campus universitaire de Cheikh Anta Diop, à Dakar, l’entêtement de Chantal est partagé par beaucoup d’étudiants. En deuxième année de Master de Lettres modernes, Moussa Macalou, 25 ans, s’imagine depuis plusieurs années sur les bancs d’une université française. Alors après un premier échec il y a quatre ans, ce spécialiste de Jean-Jacques Rousseau tentera cette année d’intégrer la Sorbonne, où il ambitionne de faire sa thèse sur l’œuvre de l’auteur. Et pas seulement pour le prestige de l’université parisienne. “Au Sénégal, les conditions d’études sont très mauvaises. Les professeurs ne sont pas disponibles, et le choix de documents est très limité, explique-t-il. Faire ma thèse ici pourrait me prendre dix ans”.

Le taux de chômage des jeunes, qui atteint 16% selon les estimations officielles, pousse aussi de nombreux jeunes à poursuivre leurs études en France. Et ce, qu’il s’agisse de rester dans l’Hexagone une fois diplômé, ou de rentrer dans leur pays de naissance. “Si je reviens au Sénégal avec un diplôme français, je trouverais facilement du travail”, assure Chantal Coly.

Hausse continue du nombre de candidats

L’impact d’une hausse des droits universitaires est d’autant plus grand ici que le Sénégal est le sixième pourvoyeur d’étudiants étrangers en France – Union européenne incluse . Quelques 11.000 Sénégalais étudient actuellement dans l’Hexagone. Le nombre de candidats sénégalais est en hausse continue depuis plusieurs années, si bien que beaucoup voient dans cette mesure une façon de freiner ce mouvement en opérant une sélection financière. “Les Sénégalais qui vont étudier en France appartiennent à la classe moyenne. C’est eux qui seront touchés, et pas les jeunes très aisés, qui partent aux Etats-Unis ou au Canada”, estime Bernard Victor Ndione. A 27 ans, le jeune homme va postuler pour la deuxième fois dans des Masters en droits de l’homme, après avoir vu ses candidatures rejetées l’an passé.

A en croire les chiffres publiés le 5 février par Campus France, l’organisme public chargé de promouvoir l’enseignement supérieur français à l’international et d’accompagner les candidats, le nombre de dossiers pour une licence n’a toutefois pas baissé cette année au Sénégal, et a même encore augmenté de 11,5% par rapport à l’an passé. Des chiffres qui ne convainquent pas Bernard Victor Ndione. “L’année dernière à cette date, il fallait deux mois pour avoir un rendez-vous avec Campus France. Aujourd’hui on peut être reçu en moins d’un mois”, note-t-il, en montrant sur son smartphone le fil de discussion Whatsapp d’entraide entre postulants où “chaque jour quelqu’un se désiste”.

Au-delà du Sénégal, la hausse des droits universitaires en France semble bel et bien dissuader les candidats. Selon Campus France, le nombre de dossiers déposés pour une licence à la rentrée prochaine est en baisse de 10% dans les pays extra-européens.

>> Cet article est publié en partenariat avec l'école de journalisme du Celsa - Paris Sorbonne et son projet "Carnets du Sénégal".

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