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Sénégal : quand Dakar vivait son mai 68

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© TV5MONDE

Il n'y a pas qu'en France que la révolte a grondé en mai 68. En Afrique aussi, comme au Sénégal. Omar Blondin Diop a incarné cette époque de Paris à Dakar. Il est mort à 26 ans. Le réalisateur Vincent Meesen s'est réapproprié son histoire dans un film et une exposition "Omar en mai". Retour sur le mai 68 sénégalais avec Ousmane N'diaye, rédacteur en chef Afrique de TV5MONDE.

Omar Blondin Diop est une des figures africaines de mai 68. Qui était-il ?

Ousmane Ndiaye : C'est LA figure de mai 68 au Sénégal parce qu'il l'a incarné jusqu'à sa mort. Et il est resté vivace dans l'esprit de la contestation au Sénégal et en Afrique de l'Ouest. Il était étudiant en philosophie à Nanterre (France), dans le mouvement maoïste, l'extrême gauche communiste. Il était radical et très charismatique. Ce charisme a été popularisé en 1967 par le film "La Chinoise" de Jean-Luc Godard où Omar Blondin Diop joue son propre rôle (...) Cette figure a participé à construire une sorte de légende dans le milieu intellectuel africain de Paris. C'était aussi l'un des acteurs clés du mai 68 parisien qui a démarré à Nanterre (...).

Qu'est-ce qui a déclenché le vent de contestation des étudiants au Sénégal ?

O. N. : Les raisons sont différentes du mai 68 français, même si plus tard elles vont se rejoindre. Premier élément de révolte : le Sénégal est en crise et l'Etat décide d'arrêter de subventionner l'arachide dont le pays est très dépendant. Il instaure une politique d'austérité. Deuxième élément, ce que les étudiants appelaient "l'africanisation de l'université". L'université de Dakar - historique en Afrique de l'Ouest car c'était l'université de la sous-région pendant l'Afrique occidentale française (AOF) - était rattachée à l'université de Bordeaux, puis à celle de Paris. Même avec l'indépendance, cette filiation est restée très forte : 90% des professeurs étaient Français.

Léopold Sédar Senghor, malgré son image d'humaniste, envoie l'armée sur le campus
Comment le pouvoir a-t-il réagit ?

O. N. : La répression fut brutale. Le pouvoir de Léopold Sédar Senghor, malgré son image d'humaniste, envoie l'armée sur le campus (...) Le mouvement est rapidement décapité et les principaux leader sont enrôlés dans l'armée (...).

Comment cette révolte transformée en crise sociale a-t-elle failli emporter le régime de Senghor ?

O. N. :  Le pouvoir était déjà en crise, mais c'était la première fois qu'il y avait une contestation forte et structurée. Et jusqu'ici Senghor était très bien vu des élites sénégalaises mais là c'est l'élite qui le contestait (...)

Toute la structuration de la vie politique et intellectuelle sénégalaise est issue de ce mai 68
50 ans après, quel héritage de ce mai 68 ?

O. N. : Je pense que toute la structuration de la vie politique et intellectuelle sénégalaise est issue de ce mai 68. Contraint et forcé, Senghor est obligé de rompre avec le parti unique. Il décrète ce qu'il a appelé un "multipartisme raisonné", c'est à dire un parti par courant. Deuxième héritage : il a fallu libérer les militants politiques qui ont constitué l'ossature de la gauche sénégalaise (...) Enfin, le parti RND (Rassemblement national démocratique) fondé par Cheikh Anta Diop, a été dirigé par Dialo Diop, le frère d'Omar Blondin Diop