Somalie : les lourds enjeux de l'élection présidentielle

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Somalie : les lourds enjeux de l'élection présidentielle (1)
Une affiche de campagne du candidat Jamal Ahmed Ibrahim trône au-dessus d'un véhicule blindé de la Mission de transition de l’Union africaine en Somalie (ATMIS), dans une rue de Mogadiscio, le mardi 10 mai 2022. 
Farah Abdi Warsameh
Mis à jour le
14 mai 2022 à 16:02
par TV5MONDE Avec AFP
L'élection présidentielle somalienne se tiendra, dimanche 15 mai, avec un an de retard suite à des troubles dans le pays.  Lutte contre les islamistes radicaux shebab, famine imminente, réconciliation politique et économie à rebâtir figurent parmi les nombreux chantiers qui attendent le prochain président du pays. 

En quête de réconciliation

La Somalie sort de plus d'un an de tensions autour de l'organisation des élections. Les troubles ont culminé dans des affrontements armés en avril 2021 après l'annonce de la prolongation du mandat du président Mohamed Abdullahi Mohamed, dit Farmajo, arrivé à échéance.

Elles ont ensuite secoué l'exécutif avec plusieurs bras de fer entre le dirigeant et son Premier ministre, Mohamed Hussein Roble.

Ces frictions ont été préjudiciables à un pays déjà extrêmement fragile. "Ca a été une année de perdue pour la Somalie, estime Omar Mahmood, analyste au centre de réflexion International Crisis Group. Cette élection a été clivante (...) La réconciliation est le défi le plus immédiat. Il sera difficile d'avancer sur (certains sujets) qui nécessitent un certain niveau de coopération sans un certain apaisement et une vision commune."

La présidence de Farmajo a exacerbé les rivalités entre le gouvernement fédéral et certains Etats. A l’instar du Jubaland et du Puntland, opposés à la volonté du chef de l'Etat de renforcer le pouvoir fédéral de Mogadiscio. Au Jubaland notamment, des combats ont opposé forces fédérales et locales.

Tous ces épisodes ont également révélé une dangereuse politisation des forces de sécurité. "Il y a des divisions au sein des forces de sécurité qu'il faudra résoudre", souligne Samira Gaid, directrice exécutive de l'Institut Hiraal spécialisé sur les questions de sécurité. 

(Re)voir : Somalie : le président renonce à prolonger son mandat

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Une stratégie à adopter pour contrer la menace shebab

Depuis quinze ans, le pays fait face à l'insurrection des islamistes radicaux shebab. Ces derniers ont juré la perte du gouvernement soutenu par la communauté internationale et une force de l'Union africaine.

Le 30 mars, l'Organisation des Nations unies (ONU) a approuvé la continuation de cette force, présente dans le pays depuis 2007, dans une mission reconfigurée et baptisée Atmis (Mission de transition de l’Union africaine en Somalie). Celle-ci prévoit une stratégie militaire plus offensive, combinée à un retrait progressif d'ici fin 2024.

Selon Samira Gaid, une nouvelle administration pourrait demander à "renégocier" certains volets de ce plan, validé sous Farmajo.

De l'avis de nombreux observateurs et partenaires internationaux, les différends électoraux ont détourné les autorités de la lutte contre les shebab, qui ont consolidé leur implantation dans de vastes zones rurales et intensifié leurs attaques ces derniers mois.

Omar Mahmood estime qu’après quinze ans de lutte militaire, il est peut-être temps d'"explorer davantage une piste politique. Les signaux de la nouvelle administration, le ton qu'elle adoptera (envers les shebab) seront très importants dès le départ [...] Même si les shebab n'y sont pas disposés pour le moment, il s'agit en quelque sorte d'ouvrir un canal [...] pour préparer le terrain. C'est un processus, quelque chose de très long terme".

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La famine guette

La Somalie, comme l'ensemble de la Corne de l'Afrique, subit l'une de ses pires sécheresses de ces dernières décennies. Selon l'ONU, elle affecte 6,1 millions d'habitants (40% de sa population), dont 760.000 ont quitté leur foyer pour chercher de l'aide.

Les organisations humanitaires ont multiplié les appels à financement, alertant que sans une aide internationale rapide, le pays se dirige vers une famine comme celle de 2011, qui avait fait 260.000 morts.

Si le gouvernement dispose de peu de ressources pour soutenir sa population, il aura un rôle de sensibilisation de la communauté internationale et de coordination à jouer.

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Corruption endémique et économie fragile

Endettée et en manque d'infrastructures, l'économie somalienne est dépendante des aides internationales.

Selon la Banque mondiale, 71% des Somaliens vivent avec moins de 1,90 dollar par jour (1,80 euro). 

Les atermoiements électoraux menacent un programme d'aides cruciales du Fonds monétaire international (FMI), prévu pour s'arrêter automatiquement le 17 mai si une nouvelle administration ne valide pas certaines réformes. Le gouvernement a demandé un report de trois mois de cette échéance, qui n'a pas encore été examiné.

Estimée à 2,9% en 2019, la croissance économique a été ralentie en 2020 par la pandémie de Covid-19, une invasion de criquets et des inondations. Ces événements ont entraîné une contraction de l'économie de 1,5%, selon la Banque mondiale.

La Banque africaine de développement prévoyait une croissance de 2,9% pour 2021 et 3,2% pour 2022, "ce qui est toujours inférieur aux projections pré-Covid-19".

Une tâche majeure pour le futur gouvernement sera d'améliorer ses recettes fiscales, afin de gagner en autonomie et de consolider ses institutions. "La Somalie doit se protéger des futurs chocs externes, une façon d'y parvenir est de développer une base de revenus intérieure", avance Omar Mahmood.

La lutte contre la corruption reste également cruciale dans ce pays, classé comme l'un des plus corrompus au monde par l'ONG Transparency International (178e sur 180, à égalité avec la Syrie).

(Re)voir : Somalie : être forcé à l'exil par le réchauffement climatique

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