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Un an du Hirak en Algérie : avancées et échecs

29 novembre 2019, un vendredi de manifestation presque ordinaire à Alger. ©AP Photo/Toufik Doudou

L'Algérie est secouée depuis un an par une contestation massive, le "Hirak". Ce mouvement a obtenu la démission du président Abdelaziz Bouteflika mais il continue de réclamer une véritable rupture avec le "système" politique en place depuis l'indépendance en 1962. Qu'a-t-il réellement obtenu jusqu'à présent ? Où sont les  blocages ? On fait le point.

"Pas de 5e mandat", "Ni Bouteflika, ni Saïd" , les slogans se multiplient en ce 22 février 2019 dans les rues d'Alger et des grandes villes du pays. Au pouvoir depuis deux décennies, Abdelazziz Bouteflika, 82 ans, très affaibli depuis un AVC en 2013, avait annoncé le 10 février qu'il briguerait un cinquième mandat. Mais la rue n'en peut plus et rejette en masse le système en place depuis l'indépendance de l'Algérie, en 1962.
 

Abdelazziz Bouteflika démissionne....

Après des semaines de protestations où les rangs grandissent de vendredi en vendredi, le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah, qui avait jusqu'alors multiplié les mises en garde à la rue, affirme que l'armée "partage" les "mêmes valeurs" que le peuple. Le lendemain, Abdelaziz Bouteflika renonce à se présenter à la présidentielle. Nous le sommes le 11 mars.

Quatre jours plus tard, des manifestations ont lieu dans 40 préfectures sur 48. Des diplomates évoquent "des millions" d'Algériens dans les rues. Le général Gaïd Salah demande que le président soit déclaré inapte à exercer le pouvoir ou qu'il parte. Le 2 avril, il exige la mise à l'écart immédiate d'Abdelaziz Bouteflika qui démissionne dans les heures qui suivent.

(Re)lire : Algérie : Bouteflika, de la revanche à la chute
 

...mais le système perdure    

Le 5 avril, les Algériens descendent en masse dans la rue, déterminés à se débarrasser de l'ensemble du "système". Le président du Conseil de la Nation (Chambre haute), Abdelkader Bensalah, est nommé le 9 avril président par intérim. 

Le 20 mai, le général Gaïd Salah, nouvel homme fort du pays, rejette les principales demandes de la contestation: le report de la présidentielle convoquée le 4 juillet et le départ des figures du "système". Le 2 juin l'élection présidentielle est annulée.

Le 18 septembre, l'armée durcit le ton, indiquant qu'elle empêchera désormais les manifestants des autres régions de se joindre aux cortèges d'Alger.

Le 12 décembre, Abdelmadjid Tebboune, un ancien fidèle d'Abdelazziz Bouteflika, remporte la présidentielle boycottée par l'opposition et marquée par une abstention record (plus de 60%).  Le 23, le général Gaïd Salah décède d'une crise cardiaque à 79 ans. 

Aller plus loin : Algérie : Abdelmadjid Tebboune lance sa réforme constitutionnelle​
 

La rue s'est libérée

Chaque vendredi, hommes, femmes, jeunes, retraités sont au rendez-vous du cortège hebdomadaire du "Hirak". A Alger, la capitale, où les manifestations étaient interdites depuis 2001, les étudiants occupent aussi les rues les mardis. Des manifestations qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes et qui restent toujours pacifiques. Le pays n'avaient pas connu un tel mouvement de protestation depuis l'indépendance.

Les femmes notamment sont en première ligne. Dans l'espace public, jusqu'à présent essentiellement masculin, elles se sont imposées. Et chaque semaine, à Alger, les féministes font entendre leur voix. Regroupées dans un carré bien visible, sous des banderoles où l'on peut lire "Pas d’Algérie libre et démocratique sans liberté des femmes", elles réclament l'égalité des droits. Invitée de MOE sur TV5MONDE, Amélie Le Renard, chercheuse au CNRS, nous explique la place qu'occupent les femmes dans le mouvement du Hirak. 
 

(Re)voir notre reportage : Les féministes algériennes toujours dans la rue : une révolution avec et pour les femmes
 

Des ex-responsables condamnés               

Le 25 septembre, un tribunal militaire condamne Saïd Bouteflika - frère de l'ancien président - et deux ex-chefs du renseignement à 15 ans de prison pour "complot". Leurs peines ont été confirmées en appel le 10 février 2020.

Deux ex-Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, jugés pour corruption, écopent en décembre respectivement de 15 et 12 ans de prison. D'autres ex-hauts dirigeants politiques et grands patrons proches de M. Bouteflika sont également condamnés.
 

Liberté de ton sur les réseaux sociaux

Caisse de résonance du "Hirak", les réseaux sociaux ont façonné et accompagné le mouvement de contestation antisystème. Dans ce pays de 42 millions d'habitants, 23 millions sont des utilisateurs actifs des médias sociaux​, notamment les jeunes. A l'image de Zahra Rahmouni  qui chaque semaine informe en direct ses abonnés sur Facebook, Instagram et Twitter.
 

Face au black-out médiatique des chaînes privées -proches du pouvoir- et de la télévision publique, qui a fait l'impasse quasiment toute l'année sur les manifestations, les réseaux sociaux sont devenus une des principales sources d'information.
 

"Répression généralisée"   

En novembre, Human Rights Watch dénonce une "répression généralisée". Le Parlement européen condamne "l'arrestation arbitraire et illégale", "les intimidations et les attaques" de journalistes, syndicalistes, défenseurs des droits humains et manifestants.

Depuis le début 2020, plusieurs dizaines de prisonniers poursuivis dans le cadre du "Hirak" ont retrouvé la liberté après avoir purgé leur peine ou avoir été relaxés. Mais une centaine reste en détention, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

(Re)lire : En Algérie, avec la famille d'un prisonnier du Hirak

Pour sa part, Amnesty International a appelé, début février, les autorités à "garantir la liberté d'expression et de réunion" et toutes les "libertés fondamentales" qui doivent être le "point fort" de la prochaine révision de la Constitution promise par le Président Tebboune.

Aller plus loin : Révolte, rébellion, révolution... les mots de la contestation

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