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Vidéo - Togo, l’autre football

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©Simon RODIER, Julien MUNTZER, Robin MONJANEL, Jahëna LOUISIN et Raphaël NTALE / TV5MONDE

Tous les regards sont braqués sur le Mondial de Russie qui commence ce jeudi 14 juin 2018. TV5MONDE a suivi de jeunes espoirs africains qui rêvent d'atteindre ce niveau international. En France, un tournoi rassemble les meilleures pépites du football. Et pour la première fois, une équipe togolaise était en lice. Une équipe qui n'existait pas, il y a encore quelques mois. L'histoire de cette épopée collective a commencé à Lomé. Reportage. 

Aucun spectateur, pas de tribunes... Dans le sud de la France, en cette fin du mois de mai, les Togolais font figure d’anonymes du football. Pourtant, ce moment sera historique. Il y a trois mois, cette équipe n’existait pas.

Le patron des sélections nationales, Claude Leroy, est chargé d’éveiller les consciences : "Vous êtes des privilégiés dès le départ donc il faut tout donner, c'est bien clair ? Les mecs qui sont pas prêts à faire des efforts dans la récupération collective, ils dégagent." C’est leur chance : ces jeunes joueurs vont disputer un tournoi international. 

Leur histoire a commencé trois mois plus tôt à Kpalimé, à 100km au nord de Lomé au Togo. Les entraîneurs ont reçu une mission : créer une équipe … à partir de rien. "Il y a des regroupements, et il y en aura encore d'autres et au fur et à mesure on essaiera de trier mais... On essaie de tout faire pour ne pas se tromper." Dans ce stage, les consignes sont répétées, appuyées, même les plus simples parfois.

A Kpalimé, il faut trouver des pépites pour être prêt à jouer en France, dans seulement deux mois. Ils ne seront pas tous choisis, pas de pitié dans le football. 

Ils font une prière à chaque match, à chaque entraînement…  pour puiser une force collective, se donner toutes les chances de réussir.

Claude Leroy, le sélectionneur du Togo est venu observer ces jeunes. Encore trop tendres. "Montrez que vous êtes venus là et que vous avez gagné vos places, de confirmer vos places ou de piquer la place de quelqu'un parce que la vie du foot c'est ça, c'est de la concurrence en permanence. Regardez combien vous êtes, il y en a que 11 sur le terrain..."

Se démarquer

A ce moment-là, au mois de mars, dans cet embryon d’équipe un des joueurs a su se démarquer, très vite. Il joue en 1ère division au Dynamic de Lomé. Guillaume Yenoussi a séduit, jusqu’à obtenir de précieux conseils. Il fera partie des sélectionnés pour le voyage en France. Il a su se faire remarquer parmi des dizaines d’autres et pourtant ce n’est pas le genre de footballeur à se mettre en avant.

Guillaume Yenoussi est plutôt un joueur de quartier, détecté par hasard. C’est dans le quartier d'Adeticopé à Lomé qu’il a tapé ses premiers ballons. Dès qu’il peut, il revient parmi les siens. « J’ai plus le temps de jouer avec les petits », confie-t-il.  Il a vécu dans ce quartier jusqu’à l’adolescence, avec sa mère. Elle tient une petite boutique. « Ça, ce sont les petites choses (des épices, ndlr) que je vends pour faire vivre ma famille. Je sais qu’un jour si mon fils réussit, il m’aidera à agrandir mon magasin… ma prière c’est que Dieu l’aide à réussir, comme ça moi aussi je suis tranquille et mon commerce va se développer. »

Elle voit son fils, Guillaume seulement quelques heures par semaine. Il vit chez un tuteur. Il a dû partir quand sa maman a eu des problèmes d’argent. Alors chaque fois qu’il vient, elle prend soin de lui. « Je le soigne pour qu’il ait de la force, pour qu’il accomplisse sa mission », raconte sa mère. 
 

On était avec maman et la petite sœur dans une pièce chez le grand père donc depuis l'enfance, raconte Guillaume, quand j'ai pris le football comme un métier, je voulais coûte que coûte aller loin pour pouvoir construire et les mettre dedans. 

Guillaume Yenoussi, espoir du foot togolais.

Guillaume trouvera facilement les raisons de réussir, quand le football l’emmènera en Europe ou ailleurs… Là-bas, le paradis est trompeur. Le décor cache la concurrence féroce, la victoire nécessite du courage et de la force.

Dans le sud de la France, Guillaume a déjà franchi une étape. Dans quelques jours, il jouera le tournoi international de Provence, le plus haut niveau mondial pour les joueurs de son âge.

Joueurs de la diaspora

Pour ce tournoi de Provence, le staff a aussi convoqué des joueurs issus de la diaspora, plus solides encore. Ils jouent en Europe. C’est le cas de Kevin, un colosse, de même pas 18 ans. Son club français du Nîmes Olympique fait partie de l’élite. Mais même pour lui, cette sélection, scrutée par Claude Leroy, est un tremplin pour accéder à l’équipe A du Togo, celle des grands. Le symbole de réussite.

Kevin, même s’il est visiblement plus entraîné que les autres, n’a pas de passe-droit
On lui demande toujours plus de rigueur, plus de précision… la bataille contre l’Ecosse, s’approche.

Ce n'est pas toujours facile d’être sérieux à cet âge. Chez le kiné ce jour-là, Kevin manque à l’appel… Dans l’équipe du Togo comme ailleurs, ça ne passe pas. Il réapparait 15 minutes  après son rendez-vous. Un retard : sanction immédiate. Kevin est emmené à part. « Ici c’est une sélection Kevin ! lui rappellent les encadrants. Tu joues en plus dans un club pro… tu te compliques la vie… Il t’a mis une amende et tu la discutes ? Je te la double ! Quand il t’a mis 15 euros, je te mets 30 et c’est moi qui vais aller voir Claude.  Prends ça comme un avertissement pour ta vie. »

Dans ce groupe, on ne plaisante pas avec les règles. L’incident pourtant est vite oublié.
Le joueur ne montre rien ; il ne doit rien montrer, car sans en avoir l’air, il représente l’exemple pour tous ses coéquipiers. « Le but, c'est de jouer en Europe pour eux, donc du coup quand ils nous voient, raconte Kevin Denkey, ils se disent qu'on donne l'image qui est en Europe, donc si on n'est pas exemplaire, il y a un problème. J'aime qu'on soit derrière moi, qu'on ne me laisse pas faire tout ce que je veux... comme ça me fait progresser.»

Premier match international

Kevin suit le chemin des professionnels. Le même que Ronaldo ou Zidane, passés eux aussi par ce tournoi de Provence. Le tournoi justement, nous y voilà. Direction Aubagne. L’équipe n’a jamais été aussi calme.

Dans quelques minutes, ces jeunes vont jouer le tout premier match international de leur vie, face à l’Ecosse. Sur ce tableau, 11 noms sont écrits, les titulaires, les élus, après des mois de détection. Guillaume jouera, arrière gauche. Kevin patientera sur le banc. 

L’Ecosse aligne des joueurs de Premier League anglaise, le meilleur championnat du monde. Ils s’entraînent tous les jours dans des structures professionnelles.

Il faut seulement deux minutes pour s’apercevoir de la détermination des Togolais. Un but hargneux d’entrée de match. Un petit miracle. L’Ecosse va vite revenir au score. Comme prévu, le Togo recule. Les Britanniques sont plus puissants. Une tête écossaise ouvre une arcade. Guillaume n’y échappe pas; son épaule a tourné

Des recruteurs européens

A l’énergie, ils tiennent le coup. Ils ont raison : dans les tribunes, d’étranges spectateurs ont le pouvoir de changer leur vie. Ils griffonnent des carnets de note. Ce sont des recruteurs pour les grands clubs européens : portugais, français, italiens, allemands… peu bavards. A part Paco le recruteur de l’équipe anglaise de Leeds United. "Il y a joueur que j’aime bien, un Togolais qui me plait bien{qui pourrait jouer avec Leeds United ], nous répond-il. Mais je ne vais pas vous donner d’indice…"

Il s'agit en fait d'Hakim, le numéro 5. Il vient d’entrer dans la base de données d’un grand club anglais…

Le Togo a marqué les esprits : score final 1-1 contre l’Ecosse, résultat exceptionnel. Guillaume sort épuiser du match, avec une entorse à l’épaule : "Le niveau était un peu haut... On devait jouer en équipe, être fort mentalement. Pour un première participation, c'était bien."

Pour lui, comme pour tous, cette histoire n’est qu’un début. Les prémices d’une carrière, peut-être, pour les plus optimistes et les plus combatifs. 
 

Dans ce genre de tournoi, quand on n'a aucun élément de comparaison, on peut prendre une correction, mais on sait que de toute façon le travail part de là. Et l'avenir prouvera qu'il y a beaucoup de joueurs qui ont démarré de là et dont on parlera dans 10 ans encore.

Claude Leroy

Ces jeunes vont garder des souvenirs pour toute la vie, quelques séquelles aussi, elles vont vite s’oublier…

Le Togo a réussi son pari. Créer une équipe à partir d’une feuille blanche.
Regrouper une bande de gamins, leur faire découvrir un autre monde, celui des professionnels.